Et demain ? On verra bien.
lundi 30 juin 2014
dimanche 29 juin 2014
Insérée dans un écrin de verdure dans les beaux bois de Tursac, l'auberge de Layotte est à coup sûr un établissement qu'il convient de découvrir. Depuis 18 ans, Régis Gagnadre rêve son restaurant et fait partager son rêve de cuisinier avec passion et générosité.
Il existe plusieurs façons d'aller au restaurant. On peut y aller par nécessité. On est en déplacement, on veut se nourrir, on choisit ce qui semble le moins mal. On se contente de ce qui semble être le meilleur rapport qualité-prix en fonction de ses attentes et de ses moyens. On ne recherche pas la gastronomie ou le plaisir, il s'agit juste d'une question de survie.
On peut chercher un restaurant selon ses envies du moment. On ira dans une pizzeria parce que l'envie de pizza est présente, on choisira tel autre restaurant parce que l'on sait que l'on y mangera ce que l'on cherche. On réservera une table dans un bel établissement pour telle ou telle raison.
Et puis, on peut aussi partir à la découverte d'une cuisine parce que l'on en a entendu parler, parce que on nous l'a conseillée, parce que l'on est curieux de constater par soi-même.
En Périgord, on parle beaucoup de gastronomie et de cuisine. On peut avoir le sentiment, parfois, que la cuisine périgourdine est figée autour des sempiternels foies gras, confits, magrets, pommes de terre sarladaises, soupes paysannes et autres grands classiques. Et pourtant, il existe au moins un lieu où l'on se laisse surprendre par l'ingéniosité et la culture du cuisinier. Il s'agit de cette auberge de Layotte. Régis Cagnadre cuisine à l'émotion ce qu'il cultive, déniche, cueille. Cela fait dix-huit ans qu'il tient son auberge située dans les bois. Vraiment dans les bois. Ce n'est pas une vue de l'esprit. Pour s'y rendre, il faut accepter de s'enfoncer sous les frondaisons en empruntant un chemin et laisser sa voiture au parking pour descendre par un autre chemin jusqu'au restaurant. Le lieux est insolite et puissamment décoré d'un bric-à-brac échappé de l'officine d'un brocanteur fou. L'amoncellement d'objets bizarres et incongrus montre que le maître des lieux doit aimer chiner. Ce goût immodéré pour la brocante est présent jusqu'aux tables dressées d'assiettes dépareillées, de soupières anciennes, de cafetières de tôle émaillée. Sous l'appentis qui sert de salle d'été, de vieux outils sont pendus et accrochés. Tout cela crée une ambiance joyeuse.
L'accueil est des plus sympathique et le ton est donné dès l'arrivée. Ici, place à la bonne humeur, au bon humour, à la bonne ambiance, à la décontraction. On vous installe à une table et on vous apporte aussitôt une bonbonne de trois litres d'apéritif. Libre à vous de vous servir comme vous l'entendez. Ce jour, il s'agissait d'un apéritif à la violette. Rien de bien violent ! Un savant mélange de fleurs de violette, de vin rosé et de sucre. Un parfum très subtil, à boire bien frais. Une grande corbeille de tranches de pain dur accompagnées d'une tête d'ail arrive avec une pleine soupière de potage à l'ortie et aux petits légumes, petits pois, chou fleur, carottes, haricots verts. Le message est clair. Vous êtes invités, et vivement invité, même, à frotter les tranches de pain avec force gousses d'ail et d'en tapisser la généreuse assiette creuse avant de verser quelques belles louches de potage par dessus. La soupe est délicieuse, relevée juste comme il le faut. Du coup, vous vous resservez.
C'est d'ailleurs la spécificité de l'auberge. Ici, vous mangez à volonté. Ne vous inquiétez pas, c'est largement calculé et il n'y a aucun risque pour que vous sortiez d'ici avec la faim au ventre. Il est assez improbable que vous ayez à demander plus mais si le cas se présentait, vous seriez entendu et servi avec le sourire.
Sur la table, une grosse bouteille d'eau fraîche et un magnum de vin rouge. On ne lésine pas, je vous l'ai dit. On passe à une salade de fleurs délicieuse avant d'attaquer la terrine de sanglier et le jambon fumé maison.
Vous avez encore faim ? Ça tombe bien parce que c'est loin d'être terminé. Alors à présent, on passe aux plats proprement dits. On apporte des pommes de terre à l'échirlette et du canard qu'accompagnent d'excellentes giroles fraîches, cueillies dans les bois alentour. Attendez, ne vous goinfrez pas trop, le mouton au curry arrive ! Le vin coule dans le gosier. Pas mauvais, ce vin de table d'origine pas trop définie. Sans doute, peut-être, un vin de Bergerac sans prétention. Là, on commence à ne plus avoir vraiment la faim tenaillée au ventre. On est entré dans le monde de la gourmandise pour ne pas dire de la goinfrerie.
Ah ! Les fromages ! Le plateau est conséquent. Vieille mimolette, Salers, vieux Saint-Nectaire, bleu d'Auvergne. Toujours à volonté, bien entendu. Là, il faut penser à laisser un peu de place pour le dessert. Un plateau arrive sur la table. Pas un petit plateau. Un grand plateau avec deux gâteaux. Un gâteau aux noix, un gâteau à la rhubarbe. Comme on ne sait que choisir, on prend des deux. Et on en reprend parce que c'est bon. Sur un autre plateau, cinq bols de sirop pour arroser les gâteaux. Sirops de rose, de bourgeons de sapin, de courge... C'est délicieux. Vraiment.
Bien. Là, on ne doit plus avoir faim du tout. Juste un peu de place pour le café et pour le digestif maison. Liqueur au piment d'Espelette et à la cannelle, eau de vie de prune, d'autres produits encore. Vous déclarez forfait. Votre organisme pense sérieusement à passer à une longue digestion et il n'est plus question d'avaler quoi que ce soit. Ouf.
L'auberge de F Layotte — 24620 Tursac — 05 53 06 95 91
www.aubergelayotte.com
coordonnées GPS : N 44° 58' 38""-E 1° 0' 53"
Compter un peu moins de 40 euros par personne tout de même.
Uniquement sur réservation !
vendredi 27 juin 2014
Je rentre de Domme où je suis allé faire quelque chose qui ne vous regarde a priori pas. Je n'ai pas une folle envie de faire quelque chose pour le blog. Je tire une pièce de ma poche, je l'envoie en l'air. Pile j'écris ou montre quelque chose, face je laisse tomber. Je la regarde effectuer des pirouettes dans les airs, se tourner, virevolter, rebondir sur un nuage de fumée, bifurquer vers la droite, effectuer un virage sur l'aile, s'élever vers le plafond, entamer un superbe piqué avant de redresser le manche à l'approche du sol, parcourir quelques centimètres en rase-motte et enfin se poser avec délicatesse sur le tapis persan cousu de fils de soie brodé d'or et de pierres précieuses. Je me penche, la regarde. J'affine la mise au point, l'image se forme, d'abord imprécise sur la rétine de l'œil gauche, l'œil bande ses muscles et finit par focaliser avec acuité. Le nerf optique transmet l'information au cerveau qui l'analyse. Il passe le résultat à la partie chargée de la compréhension et je sais de quel côté est tombée la pièce.
C'est face. Bonne nuit !
jeudi 26 juin 2014
Soit disant, selon certaines rumeurs, d'après ce que l'on dit et entend, par ci, par là-bas si j'y suis, il pourrait bien se passer du chamboulement sur les antennes de France Inter.
Moi, je suis un auditeur de France Inter. Un auditeur moins assidu qu'il y a des années mais toujours aussi fidèle. A ma décharge, je vis dans une bicoque où je ne peux guère recevoir autre chose d'intéressant que France Inter. Il y a des années, j'étais un vrai auditeur-admirateur de ce que l'on pouvait écouter et laisser entrer entre les deux oreilles provenant de cette station de radio généraliste. Il ne fallait pas compter sur moi pour rater certaines émissions que j'aimais particulièrement et, parmi celles-ci, il y avait "Là-bas s'y j'y suis" de Daniel Mermet, diffusée depuis 1989.
Daniel Mermet est un journaliste producteur d'un genre un peu bizarre. Il est né en 1942 et il a donc, attendez que je calcule vite, 72 ans. Ou il va les avoir. Parfois, j'oublie ce détail mais il explique tout de même un peu que Daniel aille moins faire le reporter à l'autre bout de la planète. C'est étonnant de constater ainsi qu'il a vieilli à la même vitesse que moi. Même si, pour être honnête, j'ai parfois le sentiment désagréable de l'avoir rattrapé puis dépassé. Oui, à voir la pêche, la niaque, qu'il a encore, j'en attrape le bourdon et me sens bien vieux.
Aujourd'hui, j'entends le camarade Mermet laisser entendre que l'on ne le retrouvera peut-être pas à la rentrée de septembre sur la grille de France Inter ou que, peut-être, il ne sera plus là qu'à un rythme hebdomadaire. Déjà, on lui avait sucré quelques minutes quotidiennes en plus de la journée du vendredi. Celui que l'on disait indéboulonnable vacille. Il faut reconnaître qu'il sait déranger, Daniel Mermet. C'en est un vrai délice, un plaisir mordant, une petite jouissance un peu méchante. Il titille, il gratte, il pousse et tire. Ce n'est pas un mou tiède. Il a ses opinions, bien tranchées. Il est politique, partisan mais il sait se montrer plein de tendresse, aussi. Certaines de ses émissions vous font monter les larmes aux yeux ou la colère aux tripes ou encore le sourire aux lèvres.
On a dit plein de choses sur ses méthodes, sur son despotisme, son intransigeance, son caractère de cochon. On trouve des témoignages de journalistes qui sont passés par l'équipe et en sont sortis brisés, abattus, dépressifs. Tout ça, je ne sais pas. Je ne suis pas juge dans cette affaire. Je suis un simple auditeur, même pas un de ceux qui laissent des messages sur le répondeur de l'émission ou qui fréquentent les "cafés repaires", lieux de rendez-vous des "auditeurs modestes et géniaux" selon la formule consacrée. Je ne peux pas ne pas donner un minimum de crédit à ces personnes qui dénoncent l'attitude dictatoriale de Mermet qui, à n'en pas douter, n'est pas le moins du monde modeste si tant est qu'il est génial. Mermet, ce que l'on peut lui reprocher un peu, tout de même, au passage, c'est qu'il a la certitude pour lui. Celle d'être un pourfendeur du capitalisme, celle d'être un défenseur des petits, des faibles, des victimes, celle d'être un penseur qui dispense la bonne parole sur les ondes de la France entière. Prétentieux et prêt à tout, c'est bien possible. Un homme pas aussi bon et proche des gens qu'il voudrait l'être, pas impossible non plus. On en est tous là.
Pour ma part, j'ai commencé à le trouver un peu gonflant du jour où ses émissions ont plus servi à diffuser les idées du patron que de nous faire découvrir le monde et les gens qui le composent. C'est devenu un peu trop moralisateur à mon goût. J'ai continué à écouter mais, si j'avais à m'absenter, si je ne pouvais pas écouter, je n'en faisais pas une maladie.
Il y a de cela quelque temps, l'immonde Val a été débarqué de la présidence de France Inter. Il n'avait pas réussi à virer Mermet. Les deux hommes ne semblent pas s'aimer follement. Cette fois-ci, ce sera peut-être la bonne. Un Mermet débarqué de l'antenne, ou retranché dans une heure d'émission un samedi ou un dimanche, ça va faire du bruit, je pense. On va hurlé à la censure, au règlement de compte politique. Mermet dit qu'il nous tiendra informés par le site de Là-bas s'y j'y suis.
mercredi 25 juin 2014
mardi 24 juin 2014
Un titre un peu tiré par les cheveux pour la photo du jour. Aujourd'hui, c'est service minimum. Pas envie de trop me fatiguer les boyaux de la tête à trouver ou faire quelque chose pour le blog. Je me rabats sur une photo faite l'autre jour pour tester un vieil objectif Nikon 50mm f:1.4 sur le Canon. Il s'agit sans doute d'un objectif qui valait cher et était considéré comme "bon" à son époque mais qui, aujourd'hui, m'apparaît comme très mauvais. Pour le test, j'ai voulu faire une photo à pleine ouverture. Le résultat est d'une mollesse exquise agrémentée de jolies franges colorées à proximité des zones de contraste. Bref, l'image est passée en noir et blanc et arrive sur le blog.
lundi 23 juin 2014
Pour en terminer avec cette affaire de Deux Chevaux exposées à Périgueux pour les 75 ans de la naissance de la petite Citroën, je vous ai réservé une sélection de modèles bizarres.
C'est un personnage. Jean-Pierre Monmarson, si vous êtes déjà allé au marché de Périgueux ou si vous vous êtes déjà trouvé à participer à une manifestation en plein-air dans la ville, vous l'avez sans doute aperçu ou entrevu. On l'entend de loin. Un roulement de tambour, une voix puissante et chantante, c'est lui, sous son képi, plaque de la Loi sur le poitrail. C'est le garde-champêtre des vieux quartiers de la ville. Bonhomme, il se prête au jeu avec les photographes. Il prend la pose. Roulement de tambour, il harangue la foule une fois de plus. Mais la question est : "vrai ou faux garde-champêtre ?".
Parmi les 2cv présentes, une authentique voiture ayant participé au mythique Paris-Kaboul 1970. De cette époque aventureuse, elle a conservé les autocollants et des traces qui sont autant de trophées.
Décapotable, la 2cv l'est depuis le début. Décapotable, mais pas cabriolet. Et voilà que certains ont considéré que la 2cv aurait mérité mieux en matière de voiture de loisirs. Qu'à cela ne tienne, si Citroën ne le fait pas, on le fera. Les transformations sont plus ou moins heureuses et plus ou moins artisanales. Certaines entreprises ont commercialisé des kits permettant de changer la 2cv en cabriolet.
Plus radical, on peut, à partir de sa 2cv, créer un véhicule qui lorgne du côté des cyclecars d'anthologie. Nous avons déjà vu la Lomax, place à la Patron. Sur cette dernière, on peut aller loin dans les détails. On note particulièrement les couvre-culbuteurs qui permettent de masquer un peu plus encore l'origine populaire de la machine.
Mais de toutes les voitures présentées, il en est une qui m'a particulièrement attiré. Autant le dire, on ne peut pas rester indifférent face à cette personnalisation très... personnelle. Au départ, lorsque je l'ai aperçue, j'ai été à deux doigts de la nausée. Franchement, il est difficile de l'aimer, cette chose. Voyons voir. Une 2cv aux ailes coupées, décapitée, les portes réduites à leur minimum, de la fourrure synthétique pour habiller la planche de bord, de gros phares de Traction Avant, des petits clignotants montés sur le capot, le tout servi avec une peinture que l'on jugera prudemment de spéciale.
N'écoutant que mon courage, je m'approche tout de même du monstre, à l'abri derrière mon appareil photo. Et là, je n'en crois pas mes yeux, je m'aperçois que je suis en présence d'une 2cv légendaire ! Et je pèse mes mots. Oui. Mes yeux sont attirés par un petit bout de papier glissé sur le pare-brise. Incroyable !
Je vous explique. Cette voiture, j'en ai entendu parler pour la première fois il y a une petite quinzaine d'années. Celui qui m'en avait parlé me racontait l'histoire de cette 2cv, dont il n'avait aucune photo, construite par son frère. Pas de photo, plus aucune trace de la 2cv modifiée et réceptionnée par le service des mines. Peu d'éléments à se mettre sous la dent. Si l'on ajoute à cela que l'on ne peut pas vraiment porter crédit, d'une manière générale, aux dires de la personne qui me racontait l'histoire, je peux vous assurer que j'étais dans le doute le plus profond.
La voiture existait donc et, plus surprenant encore, existe toujours. Elle a été achetée au début des années 80 par son propriétaire actuel qui l'a repeinte et l'a conservée dans l'esprit de son concepteur. Il admet que cette voiture ne peut pas plaire à tout le monde. Pour moi, elle est le reflet d'une époque et elle a le mérite d'exister et d'avoir été préservée. Ce n'est pas la plus belle des 2cv du monde mais, au moins, elle est étonnante et fait tourner les têtes.
Plus "classique" l'UMAP dont je vous ai déjà montré une photo. Apparemment, son propriétaire a choisi de la conserver dans son jus à moins qu'elle ne soit dans l'attente d'une restauration complète. Le plus difficile est, bien entendu, de trouver les pièces qui lui sont spécifiques.
Et pour terminer, un petit jeu. Il s'agit de donner la marque ce cette automobile qui s'était introduit dans la manifestation.
vendredi 20 juin 2014
Hier soir, à Périgueux, l'Echappée Belle fêtait son dix-huitième anniversaire. Pour l'occasion, Le Grand Ordinaire, fanfare périgourdine, avait sorti saxophones, percussions et bonne humeur.
A la tête de L'Echappée Belle, Jean-Charles Pouyot diffuse à 250 000 exemplaires, en Dordogne et dans de nombreux offices du tourisme en France, le très beau guide touristique Périgord Découverte riche d'une multitude de magnifiques photos de Bernard Dupuy, artiste photographe qui, mieux que personne, parvient à magnifier les paysages de Dordogne.
Ce guide distribué gratuitement est financé par des dons de partenaires, par la publicité. Depuis sa création, une indépendance totale est de mise et on a refusé de présenter le département selon un découpage administratif ou trop artificiel comme l'est celui par couleurs[1].
Ici, on a préféré opter pour des territoires, des pays. Celui de Périgueux, celui de Brantôme, de Sarlat, de l'Auvézère ou de la vallée de la Vézère pour n'en citer que quelques uns. Rédigé en anglais et en français, le guide est une invitation à découvrir ce pays merveilleux si riche en paysages sublimes et en châteaux majestueux. Un patrimoine tellement riche que j'en viens à penser qu'il est impossible de le connaître complètement.
Et donc, pour ces dix-huit ans d'existence, âge de la majorité, l'Echappée Belle faisait la fête dans la vieille ville de la capitale périgourdine, dans les ruelles Renaissance où elle a son siège. Les vins de Bergerac étaient de la partie, on avait bien fait les choses. Des petits fours, des toasts, une exposition d'œuvres du peintre José Corréa et du photographe Bernard Dupuy et, surtout, pour créer une ambiance festive et joyeuse, Le Grand Ordinaire ! Des saxophones de toutes sortes, un répertoire très Nouvelle Orléans, beaucoup d'humour et de générosité. Du bonheur tout simplement.
De nombreuses personnes s'étaient donné rendez-vous pour l'occasion. Comme il faisait vraiment très beau, on s'arrêtait pour profiter de l'instant, pour se retrouver, pour parler, pour rire, boire et manger. L'anniversaire était une réussite totale.
Cette fête était aussi sans doute l'occasion de marquer la réussite de l'entreprise un peu folle de Jean-Charles Pouyot. Comment, durant 18 ans, parler du Périgord, des Périgords, des terres et territoires, des villages et des sites, de l'histoire et de la gastronomie, de l'économie et des paysages sans épuiser son sujet ? Le dernier numéro en date de Périgord Découverte est dédié à Michel Grégoire qui donnait sa plume pour enchanter un peu plus encore ce pays.
Moi, j'étais là parce que l'on m'avait vivement incité à y être. Habituellement, on ne me trouve pas beaucoup dans ce genre de fête où je ne connais pas grand monde et où j'ai le sentiment de jouer le pique-assiette. Je ne suis pas resté trop longtemps, j'ai été bien sobre, aussi. Il n'empêche que j'ai découvert avec plaisir cette fanfare dont j'avais maintes fois entendu parler sans jamais avoir eu l'occasion de l'écouter.
Demain, peut-être, je reprends la série sur les Deux Chevaux.
[1] Périgords vert, pourpre, blanc et noir.
jeudi 19 juin 2014
Avant d'aller dépanner un PC forcément en panne, je continue mon compte-rendu du rassemblement de 2cv à Périgueux organisé pour fêter les 75 ans de la naissance de cette automobile.
Qu'est-ce qui fait donc la force de la deux pattes Citroën ? Est-ce sa gueule atypique ? Cette face avant qui nous montre deux ailes rebondies surmontées de petits phares ? Ce profil immédiatement identifiable tracé d'un trait simple qui fait qu'un enfant ou qu'un mauvais dessinateur peut dessiner une 2cv reconnaissable ? Cette suspension dansante qui amuse ? Ce petit moteur au son aigrelet ? Cet agencement de solutions techniques avancées et d'économies de bouts de chandelle qui constitue un ensemble bizarre ? Je ne le sais pas. Il m'a toujours semblé que l'on ne pouvait pas acheter et conduire une 2cv par hasard. On peut refuser la solution proposée par Citroën et lui préférer un ersatz ou un autre. Certains, à une époque, lui ont préféré, allez savoir pourquoi, la 4L qui, pourtant et selon moi, ne possède aucun argument en sa faveur. On ne peut pas avoir d'attitude tiède vis-à-vis de la deuche. On l'aime ou on la fuit.
Pour moi qui suis très partisan, la 2cv est un véhicule éminemment sympathique. Elle n'est pas prétentieuse, elle est modeste. Elle est rigolote, amusante, on lui pardonne beaucoup. Elle peut pétarader dans un nuage de vapeur d'huile, se traîner sur la route, on l'excuse. La conduite d'une 2cv ancienne, c'est quelque chose ! Vous êtes assis sur une sorte de hamac tendu par des élastiques et vous avez ce volant en fer devant vous. A droite, vous avec le levier de changement de vitesse. Un tube coudé surmonté d'une boule. Devant vous, ce qui constitue le tableau de bord. Un ampèremètre et trois tirettes. Une pour le starter, une pour le contact et une pour le démarreur. Oui. Sur les vraies vieilles 2cv, pas de clé de contact. Pas plus de serrure de porte. Qui veut l'utiliser peut la prendre. A vos pieds, les trois pédales qui commandent l'embrayage, les freins et les gaz. Des pédales qu'il faut enfoncer droit devant vous en appuyant sur des tampons ronds de caoutchouc. L'accélérateur, lui, est une palette que l'on peut plaquer contre le tablier sans crainte. La 2cv est la seule voiture au monde que l'on peut mener à fond sur de nombreux kilomètres sans rien craindre pour sa santé.
Vous tirez le contact, vous maintenez la tirette de starter et vous glissez l'index et le majeur de votre main droite sous celle du démarreur. Un bruit se fait vite entendre. Le démarreur s'engrène sur la couronne du moteur qui commence sa rotation dans un bruit qui n'a rien de rassurant. Avec un peu de chance, ça démarre. La voiture est prise de secousses, de tremblements, de trépidations. Des sons arrivent de partout, ça vibre des ailes, du capot, du moteur, de partout ! Bien. Vous y êtes. Il faut agir ! Votre pied gauche pèse sur la pédale d'embrayage, la paume de la main droite empoigne le levier de vitesse et le bascule vers la gauche avant de pouvoir le tirer vers l'arrière. Vous êtes en première. Vous plongez vers le bas, vous tirez légèrement le levier de frein à main, le pivotez et le relâchez. Votre pied soulage l'embrayage tandis que l'autre appuie sur l'accélérateur. Comme vous aviez les roues braquées, la 2cv commence à rouler en faisant des bonds qui vous inquiètent. Etes-vous en train de tout casser ? Bien sûr que non ! C'est normal ! Normal mais, tout de même, ça fait peur. Le volant vous indique qu'il n'est pas d'accord. Vous devez le tenir fermement et vous ressentez les secousses jusque dans les épaules. Vous ne faites pas trop le fier, la sueur perle à votre front, vous terminez votre demi-tour en serrant les dents et vous remettez les roues droites. Ça va mieux. Accélération, le moteur rugit. Il faut passer la deuxième vitesse. Pied gauche à fond sur la pédale, pied droit relevé, main droite qui pousse le levier de vitesse, qui le laisse reprendre sa position centrale et qui pousse à fond, loin en avant. Vous êtes en seconde. Jeu de pieds, vous gagnez de la vitesse. C'est grisant. Le moteur prend les tours et montre sa bonne volonté. L'aiguille du compteur, dans le coin gauche du pare-brise, vous donne une indication approximative de votre allure. Vous roulez, la direction est douce, la suspension fait descendre et monter la voiture au gré des creux et bosses de la chaussée. Associée à la mollesse des sièges, vous vous promenez sur un axe vertical en même temps que vous avancez sur un axe horizontal. Là, c'est au choix le sourire ou la nausée qui vous arrive aux lèvres.
Vous passez la troisième. Simple ! Il suffit de tirer le levier droit vers vous en arrière. Immédiatement, l'aiguille du compteur s'envole. Parce que vous avez pensé à rouler la capote, le sommet de votre crâne frise d'une brise rafraîchissante bienvenue. Cette petite route de campagne en légère descente vous incite à passer la surmultipliée. Attention, manœuvre délicate à venir ! Un coup d'œil rapide sur le tableau de bord vous indique la technique. De la troisième, vous basculez le levier vers la droite et là, vous poussez à fond très loin en avant. Ah oui, ça surprend au début. Et là, vous accélérez tout ce que vous pouvez. Le moteur ne prend plus guère de tours. Vous êtes au maximum de la vitesse possible. Qu'indique le compteur ? 70 km/h ? Ce n'est déjà pas si mal pour un moteur de 375cc qui développe moins de chevaux qu'un petit vélomoteur de 125cc actuel.
Mais on le sait bien, le bonheur ne dure qu'un instant et voilà un traître faux plat qui se profile à l'horizon proche. Le moteur baisse les bras. Il faut déjà repasser en troisième. Si vous n'êtes pas trop chargé, vous pouvez espérer conserver une allure de l'ordre des 60 km/h. Un peu plus loin, vous devez tourner et prendre la petite vicinale. Vous cherchez les clignotants ? Laissez tomber. Il n'y en a pas. Vous levez la demi-vitre et tendez le bras pour indiquer votre intention aux autres usagers de la route. Rétrogradage, braquage, la 2cv est prise de soubresauts inquiétants. Enfin on s'y fait, on apprend vite à élargir les virages serrés. Accélération, troisième, ça roule vite sur cette route défoncée. On comprend l'intérêt de cette suspension géniale. La voiture reste très confortable. On s'amuse, on se prend à chercher les nids de poule exprès, pour voir.
Et à présent, voilà que la route devient une belle descente pleine de virages raides. A fond de surmultipliée, vous foncez en agrippant le volant avec volonté. La caisse penche dangereusement mais les roues ne quittent pas le macadam. Par contre, vous le sentez bien, il faut imposer votre idée au volant. Attention de ne pas le lâcher, les roues reviendraient bien vite en ligne droite. Vous filez ainsi de virage et courbe et, pour une fois, vous semez tout ce qui roule ou presque. Vous conduisez sportivement à allure modérée. Un bonheur à nul autre pareil.
Seulement voilà. En cette saison, le temps est changeant. La pluie arrive. Il faut s'arrêter pour remettre la capote en place. Les épaules trempées, vous reprenez place dans la voiture. Comment on met les essuie-glaces, sur cette foutue bagnole ? J'ai beau tiré la molette sous le compteur, il ne se passe rien ! Serait-ce en panne ? Si je tourne la molette, les balais se promènent sur la vitre mais sinon, ça ne fonctionne pas. Mince, ça doit être cassé. Et non ! Bon sang, mais c'est bien sûr ! C'est le câble du compteur qui entraîne le système ! Il faut rouler pour que ça fonctionne. Plus on roule vite, plus ça essuie vite. Pas bête. La nuit tombe. Il faut mettre les phares en tournant la commande fixée sur la colonne de direction. Hum. J'éclaire un peu bas. Une molette sous la planche de bord permet de régler ça aisément. Bien pensé. Mais c'est qu'il commencerait presque à faire frais, ma foi. On plonge sous la planche de bord, deux bouches de chauffage permettent de faire entrer l'air chaud puisé au niveau des culasses dans l'habitacle. Efficace, finalement.
Je reviens à mon point de départ. Je vais avoir du mal à reprendre ma voiture avec ABS, turbo-Diesel, aides à la conduite de toutes sortes, climatisation, phares au xénon, intérieur cuir et système de sonorisation huit hauts-parleurs, régulateur de vitesse et boîte robotisée 7 vitesses, deux-cents chevaux sous le capot et fermeture centralisée des portes, GPS et bluetooth pour le téléphone.
mercredi 18 juin 2014
Les prétextes légèrement spécieux qui présidaient à la tenue de ce rassemblement de deux chevaux Citroën dans la cité pétrocore étaient d'une part les 75 ans de la 2cv et la fête des pères.
"Un art de vivre". Rien de moins. Un temps, je m'en souviens, certaines 2cv indiquaient, sur un autocollant apposé sur la lunette arrière, l'avertissement suivant : "Je ne roule peut-être pas vite mais je suis devant vous". Si ma mémoire ne me fait pas défaut, mon grand-frère avait marqué sur la porte de malle la devise suivante : "Rigole pas, bourgeois, ta fille est peut-être à l'intérieur". Je ne suis pas sûr qu'il reste encore une trace iconographique de la chose dans les archives familiales. Je me renseignerai à l'occasion.
Quoi qu'il en soit, dans le cahier des charges originel, il n'était pas fait état d'art de vivre. Pierre Boulanger qui présidait aux destinées de Citroën depuis que la marque était tombée dans le giron de Michelin après le suicide de André CItroën avait défini ses attentes d'une manière laconique mais précise. Il voulait une voiture "pouvant transporter quatre personnes et 50 kg de pommes de terre, à la vitesse de 60 km/h, pour une consommation de 3 litres d'essence aux 100 km... elle devra être conduite par une femme ou un débutant... et l'esthétique, je ne veux pas en entendre parler !". En charge au bureau d'études de se débrouiller avec ça. Faible consommation, ça veut dire faible poids. Le poids, c'est l'ennemi. On a pensé utiliser des matériaux nobles. Magnésium, aluminium. Ce fut de la tôle mince qui fut choisie. Moins chère.
L'histoire de la 2cv a été émaillée de rebondissements, d'errements et de questionnements qui nous montrent combien, en ces années trente, l'industrie automobile était encore une affaire d'ingénieurs et de bricoleurs de génie. Ce qui fait la force incontestable de la 2cv, c'est cette vision que Pierre Boulanger avait de ce que devait être la voiture populaire. Dans ces années lointaines, la France était encore principalement rurale. Les routes étaient encore bien souvent des chemins blancs et l'attente, les besoins, étaient dans une automobile utilitaire et facile.
"Un parapluie sur quatre roues", dira-t-on plus tard. Tout à été pensé et choisi en fonction du maigre cahier des charges. Une capote ? Parce que c'est moins lourd que la tôle. Les grandes roues ? Pour passer les nids de poule. Des phares ? Oui... Mais la réglementation n'en impose qu'un ! On gagne du poids. Les sièges ? Une simple structure tubulaire tendue de tissu. Pierre Boulanger refusait d'entendre parler d'une quatrième vitesse. On n'en mit pas. Ou plutôt, on l'appela malicieusement "surmultipliée" avec un "S" pour l'indiquer sur le schéma explicatif du passage des vitesses peint sur le tableau de bord.
La 2cv est "la" voiture intelligente. Elle peut partager ce titre, peut-être, avec la Ford T. Si elle est aujourd'hui objet de convoitise et de dévotion, il faut se souvenir de l'accueil moqueur qu'elle a reçu à sa présentation publique. Elle est laide, la 2cv. Objectivement. Laide mais pleine de charme.
Lors de ce rassemblement, des modèles de toutes les années étaient présentés. La plus belle, la plus ancienne, la mieux restaurée était cette Type A de 1951. C'est là la "vraie" 2cv, celle qui répond le mieux au cahier des charges. Elle ne roule pas vite mais elle emmène bien son chargement prévu sur les petites routes. La légende dit que Walter Becchia, l'ingénieur génial, aurait conçu le moteur en une nuit. Et génial, le moteur l'est aussi ! Un petit flat-twin culbuté robuste, vif, fiable. Il acceptera de grossir au fil des ans sans jamais rien perdre de ses qualités.
Rapidement, le cœur de cible de la 2cv sut s'élargir et tout le monde voulut sa 2cv. Les jeunes virent là le véhicule qui allait pouvoir leur permettre de parcourir le vaste monde et découvrir de nouveaux horizons. Après la croisière jaune et la croisière noire, Citroën renouait avec ses raids motorisés. Une 2cv présente à Périgueux était un témoin "vivant" de cette époque.
Chez Citroën, ont su prendre conscience de la mine sur laquelle on était assis. On avait une base mécanique qui permettait toutes les folies automobiles. Une plate-forme et un moteur, une transmission et des suspensions qui autorisaient tout. On fit des utilitaires, des véhicules ludiques, des automobiles plus cossues, des véhicules à quatre roues motrices. Que ce soient les Méhari, les AMI 6 et AMI 8, les Dyane, les 2cv Sahara ou les fourgonnettes diverses, tout a été tenté sur cette base. Tout ou presque. Citroën a été quelque peu frileuse mais heureusement, des acteurs extérieurs planchèrent aussi sur la question.
Pourquoi Citroën n'a pas osé aller voir du côté du véhicule réellement amusant ? Pourtant, la 2cv s'y prête merveilleusement ! N'oublions pas que certains prototypes ont utilisé un moteur de moto BMW. La 2cv, finalement, est peut-être la première motocyclette à quatre roues. Il est d'ailleurs amusant de voir que, longtemps, la seule "caisse" qui gréaient aux motards était la deux pattes !
La Méhari est née en 1968. Son lancement a été un peu raté à cause des événements menés par de dangereux gauchistes. C'est là aussi une voiture géniale qui n'est pas sans rappeler tout à la fois la célèbre Jeep et la Mini Moke. C'est un véhicule de loisirs. A l'aise sur les petits chemins et en ville, facile d'accès, amusante à conduire, capable d'accueillir des charges volumineuses, elle est aujourd'hui l'objet d'une économie parallèle qui fait que son prix la rend plus ou moins inabordable. Ceci étant, il est possible aujourd'hui, si l'on y met le prix, d'acheter sa Méhari "neuve", entièrement refaite avec un maximum de pièces refabriquées.
Bien plus rare et certainement pas moins chère, était présente une UMAP. Il s'agit d'un ravissant petit coach sportif capable d'atteindre un bon 100km/h construit à la fin des années 50. Moins de cent exemplaires auraient été produits. Qui irait, à l'arrêt, démasquer une 2cv sous cette carrosserie aguichante ? Ah ! Par contre, dès que le moteur est lancé, on dévoile la supercherie ! C'est bien le son aigrelet du bicylindre Citroën qui se fait entendre. Cette rare UMAP mériterait une bonne restauration mais la sauvegarde en état authentique, dans son jus comme on dit, est respectable également.
La suite demain !
mardi 17 juin 2014
A l'initiative de je ne sais qui, de je ne sais quelle obscure organisation, au prétexte du soixante-quinzième anniversaire de cette automobile, de nombreuses 2cv Citroën et dérivés s'étaient donné rendez-vous sur l'esplanade Robert Badinter, à Périgueux, à côté du théâtre. Sur les prochains jours, je vous présente quelques photos de la manifestation, une première sélection d'une longue série.
Il faisait beau et cela a certainement contribué à la réussite du rassemblement. Venues de Dordogne et des départements limitrophes, les 2cv investissaient l'esplanade Robert Badinter.
Sur le site de la ville de Périgueux, l'événement était annoncé et l'on y pouvait y apprendre que, je cite, "La mise en route de ces voitures reprendra après la guerre, en 1941.". Je sais que la ville est repassée à droite mais je ne me doutais pas que c'était à ce point. Il faut dire que le nouveau maire UMP, M. Audi[1], s'est déjà fait connaître par un bel arrêté municipal interdisant la mendicité dans la ville. Un arrêt municipal inapplicable comme partout ailleurs où un tel arrêté a été pris mais qui doit satisfaire une certaine frange (fange ?) de la société. Passons, ce n'est pas le sujet.
Cet intermède révisionniste qui est un bijou de perle à rebours[2] passé, et même si l'on ne peut nier que pour la France la guerre "officielle" s'est bien arrêtée en 1940, nous pouvons reprendre le fil du sujet qui nous intéresse aujourd'hui.
Donc, la 2cv et ses soixante-quinze ans. Bien. La toute première question qui me vient à l'esprit est : pourquoi fêter les 75 ans de la 2cv ? Ça représente quoi, 75 ans ? Trois quarts de siècle, oui, certes, mais encore ? Je ne vois pas. Cette année, on aurait pu fêter les 80 ans de la Traction Avant, si l'on avait voulu fêter la marque aux chevrons, comme on dit chez les journalistes.
Mais enfin, ne boudons pas notre plaisir. J'ai une sympathie particulière pour la 2cv et ce dimanche était une bonne occasion pour en voir de toutes sortes. Des vieilles, des plus récentes, des transformées, des authentiques, des modèles dérivés, des cousines, des membres de la famille. De la Méhari à la Dyane en passant par les AMI 6 et 8, beaucoup de modèles basés sur la 2cv étaient représentés.
Parmi les plus anciennes, on pouvait voir une Type A de 1951 magnifiquement restaurée. On la jurerait sortie de concession la veille. Ce modèle est le modèle original. On le reconnaît à plusieurs détails. La capote qui descend jusqu'à la plaque d'immatriculation, le capot soudé équipé de béquilles pour rester ouvert, l'absence de serrures de porte et de clé de contact. Il est doté du petit 375cc qui délivre comme il peut une cavalerie de 9 chevaux réels lui permettant un petit 70 km/h.
En fin de matinée, de nombreuses voitures se dégourdissaient les bielles pour une parade sur les boulevards périgourdins. Les badauds s'arrêtaient assez souvent pour regarder avec sourire cette file de 2cv. C'est que, en bonne populaire, elle a été présente dans de nombreux foyers, la 2cv de chez Citroën. La production ne s'est arrêtée qu'en 1990 et seuls les plus jeunes peuvent aujourd'hui ne pas connaître ce véhicule qui était il y a peu encore, très présent sur les routes.
Au sortir de la deuxième guerre mondiale, la France avait besoin de véhicules. Chez CItroën, on avait cette 2cv dont la conception datait de la fin des années 30. On allait la ressortir de ses cartons, la finaliser et la commercialiser à partir de 1948. Au passage, si l'on a quelque notion de mathématique élémentaire, quelque connaissance basique en terme de calcul, on s'amusera à comprendre la notion de soixante-quinzième anniversaire. Dans les années 50, la demande de 2cv était tellement importante qu'il fallait se faire inscrire sur une liste d'attente et s'armer de patience pour espérer pouvoir posséder un jour sa 2cv.
La voiture évoluera au fil des ans et, sans jamais vraiment s'embourgeoiser, connaîtra bien des modifications et améliorations. Le moteur augmentera de puissance, les portes avant perdront leur ouverture "dans le bon sens", le capot perdra sa tôle ondulée, une vitre de custode apparaîtra. La ligne, elle, restera fidèle et identifiable jusqu'à la fin de la production.
Bonne à tout, dure à la tâche, bonne fille, simple à entretenir et à conduire, la 2cv est attachante. Sur sa plate-forme, on imaginera plusieurs avatars comme cette Acadyane. Beaucoup d'encre coule et a coulé sur la Dyane, la petite sœur mal aimée de la 2cv. Personne n'a jamais vraiment compris ce qui a prévalu à sa naissance. On a parlé, pour expliquer cette naissance, du rachat de Panhard par Citroën.
Je suppose que du côté du quai de Javel[3], on pensait que le public désirait passer à autre chose et demandait une voiture plus moderne. Si la 2cv, intrinsèquement, n'est pas une belle voiture, la Dyane est carrément moche. C'est simple, on dirait presque une Renault. D'ailleurs, il est amusant de voir que l'histoire existe aussi chez la marque au losange[4] avec le couple Renault 4 et 6, la seconde, plus cossue, vraisemblablement chargée de tuer la 4L. Ni chez Citroën ni chez Renault la manœuvre fonctionnera.
Par contre, la plate-forme de la 2cv sera utilisée pour des modèles bien plus intéressants. L'AMI 6 et sa lunette arrière si caractéristique, l'AMI 8 qui lui succèdera, la Méhari qui est l'une des automobiles les plus jouissives qui soient. Ah la Méhari ! Cette petite voiture en plastique qui permet de rouler le nez à l'air sur les petites routes, qui peut rester sous la pluie sans craindre la funeste rouille, qui se lave au jet d'eau ! Ça c'est de la voiture intelligente !
Dans les années 80, on pouvait facilement trouver une 2cv pour rien. Il y en avait partout, dans toutes les casses auto, pour toutes les bourses et dans tous les états. Il n'y avait pas encore de contrôle technique obligatoire et, ma foi, tant que ça voulait rouler, on faisait avec. Il n'y avait parfois plus de plancher, les ailes pouvaient être tordues et embouties, le moteur pouvait bien s'époumoner dans des panaches de vapeurs d'huile brûlée, ça avançait.
Seulement, il ne faut pas se voiler la face. En ces années 80, l'automobile changeait de forme. On bougeait de plus en plus, on allait de plus en plus loin, on avait de plus en plus de véhicules sur les routes et on ne voulait plus rouler en 2cv. Les ventes commençaient à s'effondrer, la 2cv ne répondait plus aux normes de sécurité et de pollution. La production continuait grâce à des dérogations qui s'ajoutaient à des arrangements de convenance. Chez Citroën, passé dans le giron de Peugeot depuis déjà des années, on avait la tête ailleurs. On avait fait un gros coup avec la Charleston qui a connu un beau succès mais il fallait tuer la 2cv, en finir avec ça.
Hélas et par bonheur, des inconditionnels de la 2cv ne l'ont pas entendu de cette oreille et se sont mis en tête de continuer à faire rouler ces voitures. Ils les ont restaurées, ils les ont reconstruites, ils les ont sauvées. De populaires qui ne valaient rien, les 2cv sont devenues des voitures de collection avec tout ce que cela traîne comme malheurs. Les prix ont commencé à exploser, toute une économie s'est mise en place avec ses marchands, ses commerçants, ses revues. Aujourd'hui, les possesseurs de 2cv se croient des gens à part. Ils forment une "grande famille" au sein de laquelle tout n'est pas tout rose. Il y a des clubs, des grands rassemblements, on s'y retrouve pour parler 2cv mais je n'ai pas l'impression qu'il y ait une vraie communauté fraternelle derrière tout ça. Je ne fais partie d'aucun de ces clubs mais j'ai des oreilles et des yeux qui traînent. Il me semble bien que le mot d'ordre est le "chacun pour sa gueule". On achète les pièces auprès de commerçants qui vendent à prix d'or des fins de stock et des refabrications douteuses qui permettent de continuer à faire rouler sa 2cv. A Périgueux, j'ai vu une 2cv fourgonnette même pas si vieille, même pas en si bon état, à vendre pour 5500 euros. Ce n'est pas rien ! L'âme de la 2cv s'est perdue en même temps que la deuche entrait dans le monde de l'automobile de collection. Qu'une Type A méticuleusement restaurée ait un prix conséquent, ça ne me choque pas. Qu'une deux pattes pourrie des années 70 soit proposée à plus de 3000 euros, ça me fait tousser.
Une 2cv n'est ni une Bugatti ni une noble auto rare et prestigieuse. Aujourd'hui, tout semble montrer que les "deuchistes" se croient assis sur un tas d'or. J'écoutais une discussion lors de cette réunion périgordine entre deux personnes dont une expliquait qu'elle avait acheté sa 2cv a un prix conséquent et qu'elle pensait pouvoir la revendre, après un bon nettoyage, un changement de batterie et quelques bricoles, un prix encore plus élevé. Bel esprit.
En fait, je pense que le monde des collectionneurs et amateurs de 2cv est assez artificiel. Entrer dans ce petit monde, c'est à n'en pas douter, pour plusieurs personnes, se donner un petit but dans la vie, comme si avoir une 2cv était la garantie d'être une bonne personne, sympathique, cool. "Ceci n'est pas une voiture, c'est un art de vivre", affirme un autocollant posé sur la lunette arrière de plusieurs 2cv. C'est triste et pathétique.
La suite demain.
lundi 16 juin 2014
J'ai déjà produit une photo de cette chapelle bâtie au bord de la roche. Hier, alors que je revenais d'aller voir les 2cv à Périgueux, je me suis amusé à me perdre un peu. Au détour d'une toute petite route que je ne connaissais pas, j'aperçois la chapelle. J'ai un point de vue que je ne pouvais pas obtenir au pied de la falaise.
vendredi 13 juin 2014
Hier, mon pot de miel de vieil ours mal léché s'est renversé. En d'autres temps, ça serait passé inaperçu. Il a fallu qu'il fasse chaud. Le miel s'est liquéfié et s'est répandu sur quelques uns de mes dessins. Pour pouvoir nettoyer, j'ai sorti mes dessins sur le pas de la porte. Du miel s'est donc retrouvé au seuil de la porte. Voilà le contexte.
Tout à l'heure, alors que je m'apprêtais sans grand enthousiasme à procéder à l'encrage d'un dessin pourri, laissant libre cours à mon côté oisif, je me mets à regarder ce qu'il se passe au dehors. Et là, j'observe une scène amusante. Il n'aura pas fallu très longtemps pour qu'une fourmi découvre le trésor que j'avais laissé là ! Elle est allée chercher ses copines et elles font bombance. Je peux vous dire qu'elles y vont avec application et, probablement, gourmandise. Ça m'a fait penser à ces animaux qui se retrouvent autour du point d'eau et qui observent une trêve le temps d'étancher leur soif. J'ai observé les fourmis durant quelques minutes. Ça se bouscule, ça frétille des antennes, ça s'englue un peu, aussi. C'est amusant. Je me suis imaginé dans la même situation, découvrant, par exemple, une montagne de cocaïne ou de caviar. Ou des tonnes de pâtisseries diverses. J'imagine tout un tas de bonshommes et de bonnes femmes agglutinés autour du festin libre d'accès, s'en mettant plein la lampe pour pas un sou. L'aubaine miraculeuse, le cadeau tombé du ciel. Un coup à croire en une intervention divine. C'est un coup à ne plus douter de l'existence providentielle, un truc pareil. Je me suis demandé si ça pouvait nous arriver, à nous autres humains, de tomber sur une quantité pareille de nectar. Dans le genre, oui, on peut tomber sur des mûres à profusion, sur un arbre fruitier qui n'attend que nous, sur une explosion de cèpes dans les bois. Je ne sais pas si c'est tout à fait pareil. Pour les fourmis, franchement, ça semble être l'affaire du siècle. Pour nous, je me demande ce que ça pourrait représenter.
La photo n'est pas géniale mais elle m'amuse.
jeudi 12 juin 2014
C'est un dessin qui débute vraiment bien. Il me plaît vraiment, pas à dire. Mais voilà, impossible de le terminer. Je bute sur un truc et je ne m'en sors pas. Ça arrive. C'est comme ça. Je m'acharne pendant des heures pour trouver. Je trace, je gomme. Ça ne vient pas. Tant pis. Je pose le dessin, je tente de conjurer le sort en faisant un autre dessin, juste pour me changer les idées, avec l'espoir que le nœud va se défaire tout seul et que je vais pouvoir finir le dessin qui m'importe. Mais non. Pas moyen. Je laisse tomber pour aujourd'hui. Je vais m'occuper de me faire à manger. Demain, si j'ai le temps, j'essaierai encore.
mercredi 11 juin 2014
Depuis ce matin ou presque, le blog a été en panne et moi, je m'en réjouissais. Oui, j'étais heureux de cette panne. J'allais pouvoir la mettre à profit en n'ayant pas à me préoccuper de trouver quoi publier pour le billet du jour. Et patatras, voilà que le blog retombe en marche ! Je suis maudit.
J'en ai marre de ce blog. C'est cyclique. Parfois, je suis heureux d'avoir à disposition ce mode d'expression. Parfois aussi, ça me gonfle bien. En ce moment, il m'agace, le blog qui nuit (très) grave ! Aujourd'hui, par exemple, j'étais bien content qu'il ne fonctionne pas. Sans doute une histoire de maintenance sur les serveur de bases de données chez free. J'ai pu bosser sur un truc bien prise de tête. J'ai bien avancé. Bon, je ne comprends pas tout à fait encore ce que l'on me demande de faire, les instructions sont assez vagues et changeantes, mais j'avance et dans la bonne direction.
Et voilà que les serveurs de chez free sont repartis. Mince. Et pourquoi ai-je voulu vérifier qu'ils étaient toujours en panne ? Vous pouvez me l'expliquer, vous ? Franchement ? Vous, si vous pouvez éviter de faire quelque chose que vous n'avez pas envie de faire et que, pour ne pas le faire, vous pouvez vous appuyer sur le fait que l'outil est cassé, vous allez vous empresser à faire réparer l'outil ? Bien sûr que non ! Je vous sais au moins aussi fainéants que moi. Ne niez pas. Si vous étiez des acharnés du boulot, vous ne perdriez pas votre temps précieux sur le blog. Vous seriez en train de bosser, d'arroser vos plants de tomates, de faire le ménage, de monter un mur, de repeindre un portail ou je ne sais pas quoi d'autre. Si je n'étais pas fainéant, je vous l'assure, j'aurais de quoi m'occuper !
Et si ça se trouve, tenez, je suis moins fainéant que vous. C'est vrai après tout, c'est qui qui fait tout le boulot ici ? Ah oui ! Je pense déjà vous entendre. Oui, oui. "Et qui c'est qui écrit les commentaires ?". J'en étais sûr. Cette bonne blague ! C'est un peu plus facile d'écrire des commentaires que d'écrire ce qui va les provoquer ou que de poster une photo parmi les plus belles jamais vues ! Non, celui qui bosse, c'est moi.
Une autre preuve que vous êtes des fainéants, c'est que si vous acceptiez un tant soit peu de faire un minimum d'efforts, vous iriez plutôt sur des sites ou des blogs où vous pourriez apprendre quelque chose, vous instruire, vous sortir de cette fange dans laquelle vous pataugez, gros cochons que vous êtes. Au lieu de ça, vous êtes attirés par la facilité, par le truc qui va pas faire bouillir votre cervelle. Aucun risque de frôler l'affolement de soupapes, là-haut ! Ah ça non, c'est calme plat sous le cuir chevelu. Vous avez raison, quand on n'a pas trop l'habitude de faire marcher sa cervelle, faut y aller doucement, tout doucement.
Sur ces bonnes paroles bien senties, je vais aller manger un morceau. Bonne soirée.
mardi 10 juin 2014
Je fais service minimum. C'est que, ces jours derniers, je bosse sur des travaux assez complexes et relativement difficiles à comprendre. Ça me prend pas mal de temps et j'en manque un peu pour le blog. Toutefois, aujourd'hui, je vous propose enfin une Sanglas. C'est celle de Pascal, une Sanglas qui accuse son âge mais qui a le mérite de rouler, malgré quelques petits soucis électriques. Il est à noter les magnifiques freins installés il y a peu.
lundi 9 juin 2014
Je vous ai raconté que j'étais parti voir des Sanglas. Il n'y a pas que ces motocyclettes espagnoles dans la vie ! Hier, je vous parlais d'une américaine, aujourd'hui il est question d'une allemande. Une BMW. C'est comme ça.
J'aime bien les BMW. Celle présentée aujourd'hui, une 600 série 7, n'est pas si vieille. Elle a quoi ? 25 ans ? Pas encore tout à fait une moto ancienne mais assurément une classique. On voit encore des BMW de cette époque sillonner nos routes au quotidien, utilisées au quotidien, parfois dans un état cosmétique bien avancé. C'est de la moto qui ne fait pas dans l'ostentatoire. On n'a pas cherché à faire particulièrement aguicheur. Bon, ok, il faut reconnaître que la firme de Munich s'est fait une spécialité de pourvoir les administrations, flicaille en tête, en motocyclettes. Cela fait que certains se permettent d'accuser les personnes roulant au guidon des BMW de conduire des bécanes de flic. Je veux bien entendre le reproche mais alors il faudra le servir également à celles et ceux qui roulent en Harley-Davidson, en BSA, en Ratier ou CEMEC, en René-Gillet, en Yamaha et bien d'autres marques encore dont Moto Guzzi. L'argument ne tient pas la route. Une autre attaque perfide consiste à faire allusion au prix des machines bavaroises plutôt élevé. Enfin bon, on ne va pas s'étendre sur le sujet. Chaque marque a son lot de détracteurs et lorsque l'on ne trouve pas de marque à vomir, on s'épanche sur l'origine de la moto. On a pissé sur les anglaises comme sur les italiennes, sur les allemandes comme sur les japonaises. Le monde de la moto est bien compliqué et difficile à suivre.
dimanche 8 juin 2014
vendredi 6 juin 2014
L'autre jour, mes roues m'ont mené jusqu'aux grilles d'une ancienne carrière désormais utilisée comme décharge pour gravas et autres détritus provenant de chantiers de rénovation de logements. Les sacs de ciment côtoient des lavabos brisés, des débris de planches de coffrage, des blocs de parpaings explosés et des fragments de carrelage dépareillés. Rien ici ne laisse penser que l'on peut s'adonner à l'humour ou à une certaine forme de poésie et pourtant, c'est le portail qui vient fermer les lieux qui nous détrompe. Fermer un portail avec une chaîne et un cadenas, c'est banal. Fermer un portait avec une chaîne dont les maillons sont constitués pour partie de cadenas tous identiques, c'est déjà un acte artistique. On pense au Pont des Arts de Paris et à ses cadenas d'amour. L'histoire ne dit pas ce qui a poussé une personne à imaginer une pareille chaîne pour fermer l'accès à ce site perdu en pleine nature et, de ce fait, peut susceptible à visites. Un acte gratuit artistique et humoristique.
jeudi 5 juin 2014
Selon wikipedia : " Calopteryx virgo, le Caloptéryx, vierge est un insecte odonate du sous-ordre des zygoptères ou demoiselles qui fait partie d'une famille qui ne comprend, en Europe, qu'un seul genre, Calopteryx. " Et oui.
mardi 3 juin 2014
J'ai trouvé ce graffiti sur le mur d'une ancienne gare désaffectée. J'ai failli passer à côté sans y prêter plus d'attention mais la date inscrite m'a incité à m'y arrêter un moment. Je n'ai pas compris tout de suite la teneur du message. Après réflexion, j'imagine qu'il est inscrit que les personnes nommées ont participé à une opération de mise en bottes de paille ou de foin en 1939. Ce que l'on peut noter et qui fermera leur caquet à celles et ceux qui trompettent à tue-tête que l'on écrivait mieux et avec moins de fautes autrefois, c'est que l'écriture ne semblait pas être maîtrisée parfaitement par l'auteur. Quelques hésitations quant au sens des lettres, beaucoup d'approximations orthographiques. Un beau témoignage du passé.
dimanche 1 juin 2014
Ce matin, alors que rien ne pouvait le laisser présager, j'ai eu l'idée d'un dessin.
Ce matin, peu après l'avalage de café, une idée de dessin est apparue sur le papier. Ça a commencé un peu bizarrement d'une inspiration inattendue. J'ai pris une feuille de papier et un crayon et c'est parti. En fin de matinée, je suis parti et je suis rentré il y a assez peu de temps. J'ai terminé le crayonné et vais tenter de me lancer dans l'encrage. Comme je ne suis pas sûr de le terminer, cet encrage, je vous propose de vous satisfaire, pour le moment du moins, de ce crayonné.
Et la version encrée.