2cv Citroën à Périgueux

2cv-petit.pngA l'initiative de je ne sais qui, de je ne sais quelle obscure organisation, au prétexte du soixante-quinzième anniversaire de cette automobile, de nombreuses 2cv Citroën et dérivés s'étaient donné rendez-vous sur l'esplanade Robert Badinter, à Périgueux, à côté du théâtre. Sur les prochains jours, je vous présente quelques photos de la manifestation, une première sélection d'une longue série.

Il faisait beau et cela a certainement contribué à la réussite du rassemblement. Venues de Dordogne et des départements limitrophes, les 2cv investissaient l'esplanade Robert Badinter.
Sur le site de la ville de Périgueux, l'événement était annoncé et l'on y pouvait y apprendre que, je cite, "La mise en route de ces voitures reprendra après la guerre, en 1941.". Je sais que la ville est repassée à droite mais je ne me doutais pas que c'était à ce point. Il faut dire que le nouveau maire UMP, M. Audi[1], s'est déjà fait connaître par un bel arrêté municipal interdisant la mendicité dans la ville. Un arrêt municipal inapplicable comme partout ailleurs où un tel arrêté a été pris mais qui doit satisfaire une certaine frange (fange ?) de la société. Passons, ce n'est pas le sujet.

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Cet intermède révisionniste qui est un bijou de perle à rebours[2] passé, et même si l'on ne peut nier que pour la France la guerre "officielle" s'est bien arrêtée en 1940, nous pouvons reprendre le fil du sujet qui nous intéresse aujourd'hui.
Donc, la 2cv et ses soixante-quinze ans. Bien. La toute première question qui me vient à l'esprit est : pourquoi fêter les 75 ans de la 2cv ? Ça représente quoi, 75 ans ? Trois quarts de siècle, oui, certes, mais encore ? Je ne vois pas. Cette année, on aurait pu fêter les 80 ans de la Traction Avant, si l'on avait voulu fêter la marque aux chevrons, comme on dit chez les journalistes.
Mais enfin, ne boudons pas notre plaisir. J'ai une sympathie particulière pour la 2cv et ce dimanche était une bonne occasion pour en voir de toutes sortes. Des vieilles, des plus récentes, des transformées, des authentiques, des modèles dérivés, des cousines, des membres de la famille. De la Méhari à la Dyane en passant par les AMI 6 et 8, beaucoup de modèles basés sur la 2cv étaient représentés.

Type A superbement restaurée
Parmi les plus anciennes, on pouvait voir une Type A de 1951 magnifiquement restaurée. On la jurerait sortie de concession la veille. Ce modèle est le modèle original. On le reconnaît à plusieurs détails. La capote qui descend jusqu'à la plaque d'immatriculation, le capot soudé équipé de béquilles pour rester ouvert, l'absence de serrures de porte et de clé de contact. Il est doté du petit 375cc qui délivre comme il peut une cavalerie de 9 chevaux réels lui permettant un petit 70 km/h.

La course avec une Renault
En fin de matinée, de nombreuses voitures se dégourdissaient les bielles pour une parade sur les boulevards périgourdins. Les badauds s'arrêtaient assez souvent pour regarder avec sourire cette file de 2cv. C'est que, en bonne populaire, elle a été présente dans de nombreux foyers, la 2cv de chez Citroën. La production ne s'est arrêtée qu'en 1990 et seuls les plus jeunes peuvent aujourd'hui ne pas connaître ce véhicule qui était il y a peu encore, très présent sur les routes.

Capote roulée
Au sortir de la deuxième guerre mondiale, la France avait besoin de véhicules. Chez CItroën, on avait cette 2cv dont la conception datait de la fin des années 30. On allait la ressortir de ses cartons, la finaliser et la commercialiser à partir de 1948. Au passage, si l'on a quelque notion de mathématique élémentaire, quelque connaissance basique en terme de calcul, on s'amusera à comprendre la notion de soixante-quinzième anniversaire. Dans les années 50, la demande de 2cv était tellement importante qu'il fallait se faire inscrire sur une liste d'attente et s'armer de patience pour espérer pouvoir posséder un jour sa 2cv.

Acadyane
La voiture évoluera au fil des ans et, sans jamais vraiment s'embourgeoiser, connaîtra bien des modifications et améliorations. Le moteur augmentera de puissance, les portes avant perdront leur ouverture "dans le bon sens", le capot perdra sa tôle ondulée, une vitre de custode apparaîtra. La ligne, elle, restera fidèle et identifiable jusqu'à la fin de la production.
Bonne à tout, dure à la tâche, bonne fille, simple à entretenir et à conduire, la 2cv est attachante. Sur sa plate-forme, on imaginera plusieurs avatars comme cette Acadyane. Beaucoup d'encre coule et a coulé sur la Dyane, la petite sœur mal aimée de la 2cv. Personne n'a jamais vraiment compris ce qui a prévalu à sa naissance. On a parlé, pour expliquer cette naissance, du rachat de Panhard par Citroën. Je suppose que du côté du quai de Javel[3], on pensait que le public désirait passer à autre chose et demandait une voiture plus moderne. Si la 2cv, intrinsèquement, n'est pas une belle voiture, la Dyane est carrément moche. C'est simple, on dirait presque une Renault. D'ailleurs, il est amusant de voir que l'histoire existe aussi chez la marque au losange[4] avec le couple Renault 4 et 6, la seconde, plus cossue, vraisemblablement chargée de tuer la 4L. Ni chez Citroën ni chez Renault la manœuvre fonctionnera.

Encore une 2cv
 Par contre, la plate-forme de la 2cv sera utilisée pour des modèles bien plus intéressants. L'AMI 6 et sa lunette arrière si caractéristique, l'AMI 8 qui lui succèdera, la Méhari qui est l'une des automobiles les plus jouissives qui soient. Ah la Méhari ! Cette petite voiture en plastique qui permet de rouler le nez à l'air sur les petites routes, qui peut rester sous la pluie sans craindre la funeste rouille, qui se lave au jet d'eau ! Ça c'est de la voiture intelligente !

Rouillée, c'est beau aussi
Dans les années 80, on pouvait facilement trouver une 2cv pour rien. Il y en avait partout, dans toutes les casses auto, pour toutes les bourses et dans tous les états. Il n'y avait pas encore de contrôle technique obligatoire et, ma foi, tant que ça voulait rouler, on faisait avec. Il n'y avait parfois plus de plancher, les ailes pouvaient être tordues et embouties, le moteur pouvait bien s'époumoner dans des panaches de vapeurs d'huile brûlée, ça avançait.
Seulement, il ne faut pas se voiler la face. En ces années 80, l'automobile changeait de forme. On bougeait de plus en plus, on allait de plus en plus loin, on avait de plus en plus de véhicules sur les routes et on ne voulait plus rouler en 2cv. Les ventes commençaient à s'effondrer, la 2cv ne répondait plus aux normes de sécurité et de pollution. La production continuait grâce à des dérogations qui s'ajoutaient à des arrangements de convenance. Chez Citroën, passé dans le giron de Peugeot depuis déjà des années, on avait la tête ailleurs. On avait fait un gros coup avec la Charleston qui a connu un beau succès mais il fallait tuer la 2cv, en finir avec ça.
Hélas et par bonheur, des inconditionnels de la 2cv ne l'ont pas entendu de cette oreille et se sont mis en tête de continuer à faire rouler ces voitures. Ils les ont restaurées, ils les ont reconstruites, ils les ont sauvées. De populaires qui ne valaient rien, les 2cv sont devenues des voitures de collection avec tout ce que cela traîne comme malheurs. Les prix ont commencé à exploser, toute une économie s'est mise en place avec ses marchands, ses commerçants, ses revues. Aujourd'hui, les possesseurs de 2cv se croient des gens à part. Ils forment une "grande famille" au sein de laquelle tout n'est pas tout rose. Il y a des clubs, des grands rassemblements, on s'y retrouve pour parler 2cv mais je n'ai pas l'impression qu'il y ait une vraie communauté fraternelle derrière tout ça. Je ne fais partie d'aucun de ces clubs mais j'ai des oreilles et des yeux qui traînent. Il me semble bien que le mot d'ordre est le "chacun pour sa gueule". On achète les pièces auprès de commerçants qui vendent à prix d'or des fins de stock et des refabrications douteuses qui permettent de continuer à faire rouler sa 2cv. A Périgueux, j'ai vu une 2cv fourgonnette même pas si vieille, même pas en si bon état, à vendre pour 5500 euros. Ce n'est pas rien ! L'âme de la 2cv s'est perdue en même temps que la deuche entrait dans le monde de l'automobile de collection. Qu'une Type A méticuleusement restaurée ait un prix conséquent, ça ne me choque pas. Qu'une deux pattes pourrie des années 70 soit proposée à plus de 3000 euros, ça me fait tousser.
Une 2cv n'est ni une Bugatti ni une noble auto rare et prestigieuse. Aujourd'hui, tout semble montrer que les "deuchistes" se croient assis sur un tas d'or. J'écoutais une discussion lors de cette réunion périgordine entre deux personnes dont une expliquait qu'elle avait acheté sa 2cv a un prix conséquent et qu'elle pensait pouvoir la revendre, après un bon nettoyage, un changement de batterie et quelques bricoles, un prix encore plus élevé. Bel esprit.
En fait, je pense que le monde des collectionneurs et amateurs de 2cv est assez artificiel. Entrer dans ce petit monde, c'est à n'en pas douter, pour plusieurs personnes, se donner un petit but dans la vie, comme si avoir une 2cv était la garantie d'être une bonne personne, sympathique, cool. "Ceci n'est pas une voiture, c'est un art de vivre", affirme un autocollant posé sur la lunette arrière de plusieurs 2cv. C'est triste et pathétique.

La suite demain.

Notes

[1] Ne serait-ce que pour le nom, je n'aurais pas voté pour le bonhomme.

[2] 1941, quoi ! Enfin !

[3] un autre truc de journaliste pour appeler la marque aux chevrons.

[4] Sacrés journalistes !

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