Moins que rien, logiquement, ça ne doit pas être possible. Ne reculant devant aucun défi, j'essaie de réaliser celui-ci en ayant confusément l'impression que j'ai déjà foiré. Mince. On tentera de faire pire demain.
jeudi 28 février 2013
jeudi 28 février 2013
Moins que rien, logiquement, ça ne doit pas être possible. Ne reculant devant aucun défi, j'essaie de réaliser celui-ci en ayant confusément l'impression que j'ai déjà foiré. Mince. On tentera de faire pire demain.
mercredi 27 février 2013
Ce soir, je rentre tard de Périgueux. Je ne pensais pas rentrer si tard. Ce soir, j'avais un truc à faire, un rendez-vous. Je suis arrivé trop tard. Ça m'apprendra à vivre sans montre. Mis à part cela, je n'ai strictement rien à raconter.
mardi 26 février 2013
Retour à Pont-Aven sur un fond de brouillage de temps. Retour à Pont-Aven ? Oui, sans doute pour le moment ! Gageons que cela ne sera qu'une péripétie de plus pour les personnages de cet incroyable feuilleton que le monde entier nous envie. Mettant à mal les règles inexistantes établies par moi-même en plein exercice dictatorial et en plein accord avec moi-même, je décide de prendre la suite. Une envie, des idées. C'est comme ça.
Une veste « pied de poule » pour l’un, « prince de Galles » pour l’autre, les Chapraudt descendent la rue principale de Pont-Aven. Depuis qu’ils ont été mis à pied, ils ont l’interdiction de porter l’uniforme.
— Ça te fait pas bizarre d’être habillé comme ça, toi ?
— C’est qu’on a plus l’habitude. Reconnais que c’est tout de même plus seyant que l’uniforme.
— Seyant, je sais pas. J’ai l’impression qu’on nous regarde.
— C’est parce qu’on est chics.
— T’as peut-être bien raison.
La clochette du café à José tinte. Chapraud et Chapraut s’installent à leur table, dans le fond de l’établissement. C’est l’heure creuse, ils sont seuls. José vient avec sa lavette et en passe un coup sur la table avant de demander ce que les deux gendarmes souhaitent consommer.
— Deux limonades, s’il te plaît, José.
— Limonade ? Vous êtes malades ?
— Faut qu’on soit sérieux. C’est notre carrière qui est en jeu. Comme nous a dit le chef, faut qu’on se ressaisisse et qu’on redore nos blasons.
— C’est qu’on a joué avec l’honneur de la gendarmerie nationale ! C’est mal. Deux limonades, José.
— Deux limonades ! Ça roule !
José revient avec deux hauts verres qu’il pose sur la table.
— Je peux m’asseoir un instant pour vous parler de quelque chose dont on parle en ce moment ?
— Nous ne sommes pas en service. Si tu as quelque chose à dire d’officiel, il faut aller à la brigade.
— Non, juste pour discuter d’un truc... En toute amitié, quoi.
— D’accord.
— Vous êtes au courant pour la maison Labornez ?
— On ne veut plus en entendre parler ! Hein Chapraut, qu’on veut plus rien avoir à faire avec cette maison Labornez ?
— Affirmatif !
— Vous savez pas, alors ?
— Quoi ?
— Elle n’est plus détruite.
— Comment ça, elle n’est plus « détruite » ?
— Bah... Elle est comme elle était avant qu’elle soit détruite, quoi. Comme avant et même mieux. On dirait presque qu’elle est neuve. Etrange, non ?
— Il y a moins d’une semaine, c’était rien qu’un tas de pierres et de poutres. Etrange.
— Tu dis pas ça pour te moquer de nous, José ?
— Non ! Ecoutez, j’y ai pas cru non plus quand Kermitt est venu nous raconter ça, l’autre soir. Tout excité qu’il était, le père Kermitt. Vous le connaissez ? Toujours à raconter des trucs incroyables. Surtout quand il en a un coup derrière la cravate. Bref, l’autre soir, le voilà qu’il débarque avec l’une de ses pétoires. Il avait l’air complètement halluciné.
— Ça, c’est le LSD à la Labornez, on connaît.
— Hein ? Le quoi à la Labornez ?
— Chut. Secret défense.
— Vous en avez déjà trop dit. C’est quoi cette affaire ?
— Tu dis rien, Chapraud !
— Je dis rien.
— Alors, vous saurez rien pour Kermitt. Tant pis.
José se lève et retourne derrière son comptoir.
— Allez ! Fais pas gueule José ! Raconte-nous !
— Secret défense, messieurs. Motus et bouche cousue.
— José ! Sois pas vache.
— Non, non et non. J’ai rien à dire à des gendarmes mis à pied qui n’ont pas confiance en moi.
— José. Si on veut, on va demander directement à Kermitt.
— Ça m’étonnerait.
— Et pourquoi ça ?
— Parce que Kermitt, il est plus là. Disparu, le Kermitt. Pfiout ! Effacé, vaporisé, le Kermitt. Plus de trace.
— José ?
— Quoi encore ?
— Et si on te dit ?
— Chapraud ! Voyons !
— On peut tout de même y dire un peu, Chapraut ! Vous avez pas envie de savoir pour Kermitt et la maison Labornez ?
— Ça nous regarde plus, tout ça. Et puis, je préfère pas savoir. Regardez où on en est réduit à boire de la limonade à cause de ces affaires. Non. Je préfère pas en savoir plus. Pour moi, c’est entendu. Après la mise à pied, je reprends le service et j’attends la retraite sans faire de vagues.
— Pfff... Vous êtes pas marrant, Chapraut. Vous allez tout de même pas me dire que vous allez rester à la limonade jusqu’à la fin de vos jours ? Ce serait trop triste ! Et puis, vous me laisserez pas boire du calva tout seul en buvant votre eau gazeuse sucrée ? Ce serait trop cruel !
— Je ne vous interdit pas de partager l’eau gazeuse sucrée avec moi, Chapraud. Je pensais que tout ça vous aurait mis un peu de plomb dans la cervelle mais je vois que vous êtes prêt à recommencer à boire et à salir le corps de la gendarmerie. Je ne vous dis pas bravo. Vous me dégoûtez, Chapraud ! Je suis très déçu.
Les regards de Chapraud et José se croisent subrepticement. Ils se portent alors sur Chapraut qui, se sentant observé, lève la tête vers les deux hommes avant de s’effondrer en larmes.
— Pardon, Chapraud. Pardon, mon frère ! Je ne pensais pas ce que j’ai dit. C’est que j’ai peur, Chapraud ! J’ai les foies, les chocottes. Je flippe, comme disent les jeunes. J’ai la trouille d’être viré de la gendarmerie, de ne plus être rien, d’être un civil. C’est terrifiant. Je n’en dors plus. Je fais des cauchemars horribles, la nuit. Si je vous disais que j’ai été prêt à tout vous mettre sur le dos pour m’éviter la honte, Chapraud ? J’ai honte de moi. Je ne me reconnais plus. Pardon, Chapraud ! Pardon !
Chapraud semble marquer le coup. Il se redresse et se laisse aller contre le dossier de sa chaise. Il tord sa moustache, signe de contrariété.
— Vous seriez allé jusque là, Chapraut ? Je vous croyais mon ami.
— Je ne l’ai pas fait ! se défend Chapraut, reniflant.
— Vous avez songé à le faire, rétorque Chapraud, agitant un index réprobateur.
— Mais je ne l’ai pas fait.
— C’est vrai, Chapraud, il ne l’a pas fait. Vous allez pas casser une pareille amitié pour cette pécadille, tente José depuis son comptoir.
— Pardon, Chapraud ! Mille pardons ! Si vous saviez combien j’ai honte !
— Chapraut, vous êtes mon meilleur ami sinon le seul que j’ai au monde. Vous et moi, c’est comme qui dirait les deux pouces d’une même main. Nous deux, c’est comme les Dupondt de Tintin et Milou ; comme Blèque et Mortimère ; comme Satanas et Diabolo ; comme la peste et le choléra ! Je vous pardonne, Chapraut.
Chapraud tend son mouchoir de percale à Chapraut.
— Essuyez vos larmes, Chapraut. Tenez.
— Merci, Chapraud. Chapraud ! Mon ami, mon moi-même, mon double ! Dans mes bras, Chapraud !
Et les deux gendarmes laissent exploser les larmes en se serrant dans les bras mutuellement sous le regard émotionné de José qui, pour sauver les apparences, plonge les avant-bras dans le bac à vaisselle. Quelques larmes viennent s’ajouter au mélange d’eau tiède et de produit détergent.
— Les gars ?
— Oui, José ?
— Pour Kermitt, je vais vous dire...
— On va te dire aussi pour le LSD à la Labornez. Hein, Chapraut ?
— Oui, on va te dire.
José s’essuie les mains à son torchon et sert deux limonades qu’il apporte à la table. Il s’assied.
— C’est pour moi, les gars.
— Merci, José. Quand nous reprendrons nos fonctions, nous n’oublierons pas ce geste.
— Je le fais pas pour ça. C’est au nom de l’amitié, mes amis.
— Bon. Je commence. Donc, l’autre soir, Kermitt débarque au guidon de sa pétrolette. Je sais pas laquelle. Il s’installe au comptoir et il a l’air plus que nerveux. Il a une cigarette aux lèvres et je lui dis, gentiment, qu’on n’a pas le droit de fumer ici. La loi c’est la loi, que je lui dis. Bon. Je le fais pas méchamment. Juste que je n’ai pas envie d’écoper d’une amende. Et le voilà qu’il commence à m’injurier et à me dire qu’après ce qu’il a vu, rien ne peut plus lui donner d’ordre. Au début, je crois qu’il est bien beurré.
— Connaissant le personnage, ce n’est pas du domaine de l’impossible, juge Chapraud. Il avait un casque quand il est arrivé ?
— Chapraud ! Sermonne Chapraut. Nous ne sommes pas en service !
— Pardon. La force de l’habitude. Continuez, José.
— Donc, je pense qu’il est bourré mais non. Enfin pas trop. Je lui demande ce qu’il veut boire et il me répond pas. Je comprends qu’il y a malaise.
— Sûr !
— Il jette des coups d’œil furtifs partout. A droite, à gauche, derrière. Au moins deux fois, il sort regarder ce qu’il se passe dehors. Et puis, il revient au comptoir et il me demande, comme ça, si je suis au courant pour la maison de la Labornez. « Si elle a explosé ? », que je lui demande. Bien sûr que je suis au courant ! Tout le pays est au courant, je lui dis. « Non ! », il me répond. « Pas ça ! Qu’elle est reconstruite. », qu’il me répond.
— C’est le calva à la Labornez, ça !
— Chut, Chapraud !
— Alors vous pensez bien, tout le monde a rigolé de cette bonne blaque, dans le bar. Et voilà que Kermitt monte sur ses grands chevaux et qu’il dit qu’il sait ce qu’il dit sur ce qu’il a vu et que si on le croit pas, on a qu’à y aller voir, chez la Labornez. Là-dessus, il demande un calva. Je lui sers, il le boit et il en redemande un aussi sec. Il le boit aussi et là, il s’arrête sur la pendule. « Elle marche pas, ta pendule ! » qu’il me dit. Je me retourne et je lui réponds « bien sûr que si, qu’elle marche ». « Pas la même heure qu’à la mienne », qu’il répond. Il commande un autre calva qu’il boit peut-être encore plus vite que les précédents et il me dit de marquer ça sur sa note. Après, il sort et le voilà parti comme une fusée sur sa bécane. Depuis, plus eu de ses nouvelles. Personne l’a vu. Il est pas chez lui, il est nulle part. Et sa note, je sens qu’elle va me passer sous le nez.
— Etrange.
— Et attendez. Parce que ça se termine pas là. Il y en a qui sont allés voir chez la Labornez, en allant voir s’ils trouvaient Kermitt. Et bien tenez-vous bien... La maison est debout. Comme neuve ! Je l’ai vue de mes yeux vue. Oui messieurs, comme je vous vois.
— Bizarre.
— Je ne vous le fais pas dire.
— Et plus de Kermitt ? Et toujours pas de Labornez ?
— D’ici qu’ils seraient ensemble...
— Non Chapraud. Ils pouvaient pas se sentir, ces deux là. Rapport à la Résistance.
— Vrai.
— Bon. Vous savez tout. Et l’affaire du LSD de la Labornez ?
— Vous promettez de rien dire ?
— Juré !
— Bon. Chapraud et moi, à fins d’enquêter sur l’affaire, nous nous sommes rendus chez la Labornez. Nous avons vu la maison en ruine et en fouillant on a trouvé la cave. Dans la cave, on a trouvé des bouteilles qu’il nous a fallu analyser.
— Conscience professionnelle ! précise Chapraud.
— Donc, on ouvre une bouteille et on goûte vu qu’on n’avait pas notre matériel de chimie sur nous. Et là, paf ! On trouve un tunnel avec un train électrique, des rails, des vieux téléphones, une barque en cuivre et tout le tintouin. Finalement, sans savoir ni quoi ni qu’est-ce, on se retrouve la 4L dans l’étang et avec une mise à pied au cul.
— Rapport à ce que l’analyse des pontes de la gendarmerie, ils ont trouvé une substance illicite proche du LSD dans les bouteilles de la Labornez. Et m’est avis que la Labornez, elle tremperait dans du trafic de drogue que ça m’étonnerait pas.
— Même avis que Chapraut pour moi. Du trafic de drogue et de produits stupéfiants, j’ajouterais bien.
— Ben dites donc ! La mère Labornez ? J’y crois pas !
— Il faut pas croire que les criminels ont des figures de criminels.
— Oui mais tout de même ! La mère Labornez ? Non !
— Et si !
— Vous avez l’heure, José ? J’ai l’impression que ma montre déconne.
— Dix heures trois. J’ai l’impression que le temps passe pas vite, en ce moment.
— Midi moins douze pour moi, José.
— J’ai que neuf heures et demi, moi, semble se plaindre Chapraud.
— On est quel jour, déjà ?
— Mardi !
— Non voyons ! Nous sommes jeudi !
— Bien étrange tout ça.
— Et si l’on allait voir cette maison de la Labornez ? Hum ? Chapraud ?
— J’osais pas le proposer.
— Je viens avec vous ! Il n’y a pas un chat depuis quelques jours, de toutes les façons. J’enfile une veste et j’arrive.
En chemin, nos trois comparses notent qu’effectivement, il n’y a pas foule dans Pont-Aven. Ils ne croisent quasiment aucun véhicule sur la route qui les mène au chemin qui conduit vers chez Kermitt puis, un peu plus loin, chez la Labornez. Il fait plutôt doux pour la saison et les nuages présents n’annoncent rien de bien fâcheux.
— Il fait meilleur qu’hier, philosophe Chapraud.
— Ah non ! Hier, il faisait plus chaud, assure José. J’ai même sorti la terrasse.
— Il ne pleuvait pas ? s’étonne Chapraut.
— Je sais plus. Depuis quelques jours, j’ai comme le sentiment que le temps est très changeant. Très inexistant. Je pourrais pas dire ce que j’ai fait avant-hier.
— Possible que ça soit le contre-coup du calva frelaté ?
— Bien possible.
En un temps qui semble assez long pour Chapraud, plutôt court pour José et «normal» pour Chapraut, voilà nos trois hommes devant la maison de Kermitt.
— On va voir ?
— On va voir !
— Oui !
Ils frappent à la porte. Pas de réponse. Ils regardent par la fenêtre, ils ne voient rien. Ils font le tour de la maison, rien de suspect. Ils entrent dans la grange, les motos sont là. Ils retournent tambouriner à la porte d’entrée. Aucun signe de vie.
— Faudrait pas qu’il soit mort !
— On ne peut rien faire, Chapraud. Nous sommes mis à pied.
— Bon. On va chez la Labornez ?
— On y va.
En un temps toujours assez relatif, ils parviennent à proximité de la maison de Gaëlle. Ils s’arrêtent. La maison est bien là. Entière. Il y a des voitures. Une Mercedes noire, une ambulance et une Peugeot columbesque.
— On dirait qu’il y a du monde.
— Et la maison est bien entière, comme je vous l’ai dit, messieurs.
— On dirait bien ! Incroyable !
Ils s’approchent et observent à distance. Rien ne donne à penser qu’il y a quelqu’un. Pourtant, les véhicules ne sont pas arrivés seuls et leurs occupants n’ont pas de raison, a priori, de partir en les laissant là.
— Peut-être ces gens sont-ils allés se promener à pied ?
— Eventualité intéressante, Chapraud. Approchons-nous encore !
Ils regardent dans les automobiles. Elles sont vides et les portes sont fermées. A pas mesurés, ils font le tour de la maison. Aucun bruit. Courbé en avant, sur la pointe des pieds, Chapraud avance vers la porte d’entrée. Il baisse la poignée, la porte s’ouvre. Il se retourne en ayant l’air de demander à ses deux amis ce qu’il convient de faire.
— On entre ! décide Chapraut.
— Vous croyez ? dit José, peu assuré.
— On entre ! confirme Chapraud qui pousse l’huis et pénètre dans la maison.
Tout y est à sa place, comme si rien ne s’était jamais passé ici. Les chaises, la cuisinière, un « Nous-Deux » posé sur la table de la cuisine. Après une rapide inspection de la salle-à-manger et de la chambre à coucher, Chapraud décide de chercher l’entrée de la cave. Il la trouve au bout du couloir. Il hisse la trappe et bascule l’interrupteur. Il fait signe de le suivre.
— Il n’y a plus de bouteilles, note tristement Chapraut.
— Elles ont été prises par le chef, sûrement, propose Chapraud.
— Là ! Le foudre dont vous parliez ! montre du doigt José.
Chapraud s’approche et cherche le mécanisme d’ouverture. L’avant du foudre bascule sur ses gonds laissant apparaître un nouvel escalier en béton. L’interrupteur est à sa place. Il l’actionne, la lumière se fait. Ils descendent.
A peine ont-ils descendu quelques marches que le foudre se referme derrière eux. Ils s’immobilisent. Les Chapraudt ont le réflexe de porter leur main à l’emplacement réglementaire de l’étui à pistolet automatique affecté à chaque gendarme. En pure perte. Ils sont désarmés.
— On aurait pas dû, murmure José d’une voix peu assurée.
— On y est, maintenant. On ne peut plus sortir, annonce Chapraud qui tente d’ouvrir le foudre. C’est bel et bien fermé. Il faut descendre ces marches avant que l’électricité soit coupée.
Ils descendent donc et les Chapraudt se font la réflexion mutuelle que ces lieux sont bien ceux qu’ils ont déjà visité précédemment.
— Il y a du mystère derrière tout ça, note Chapraud.
Ils avancent et arrivent au train électrique. Chapraut prend les commandes et le train se met en branle. Ils arrivent ainsi au quai où se trouvait la barque. Elle n’est plus là. Les téléphones et autres dispositifs sont absents également. Il ne leur reste plus pour seule perspective que d’emprunter la mince corniche bordant le canal. A la queue leu leu, ils progressent lentement, le dos plaqué à la paroi humide, en direction de la lumière qui laisse présager la présence d’une pièce ou, tout du moins, d’un endroit large. Leurs pieds doivent parfois pousser des rats qui s’écartent en poussant de petits cris de mécontentement.
— Je ne sais pas où on va mais j’aimerais mieux être ailleurs, avoue José.
— Surtout que nous ne sommes pas armés, confirme Chapraud.
— Chut ! J’entends du bruit ! Nous arrivons !
En effet, ils arrivent. Et ils sont accueillis. Il y a là quelques uns des principaux protagonistes de l’histoire. Ficelés, menottés, entravés, on trouve Gaëlle, Kermitt, Etzelle, Alice, Roland, Robert et Arthur. Ils ont le regard éteint et halluciné. Pour les surveiller, Maurice, Uma et Günther ainsi qu’un grand noir borgne et ce que l’on pourrait prendre pour un hybride entre le docteur Strangelove et le le professeur Frankenstein. Ce dernier est installé à un pupitre généreusement garni en boutons, interrupteurs, potentiomètres, cadrans, manettes, rhéostats, écrans de contrôle, vumètres, fiches, câbles et chevillettes divers et variés. Il s’active et converse avec une personne à l’aide d’un microphone et d’un casque d’écoute qui peine à couvrir ses oreilles étonnamment grandes. Il se retourne et note la présence des visiteurs.
— Ja ! Ils sont arrifés. Jawohl mein Herr ! Danke.
Déjà, Maurice à l’arme au poing et désigne un banc scellé dans la paroi aux arrivants.
— Prenez place, chers amis !
Chapraud, Chapraut et José n’ont pas l’intention de jouer les héros et vont s’asseoir. Silencieux, le grand noir borgne vient les attacher.
— Avez-vous fait bon voyage jusqu’à nous, Messieurs ? Puis-je vous proposez un rafraîchissement ? Calva ? Ça ira ?
— Plus de calva ! disent les Chapraudt d’une seule voix.
— Pour moi non plus, dit José.
— Bien. Il ne manque plus grand monde. Nous allons les attendre bien sagement. Ils ne devraient pas mettre bien longtemps avant de se joindre à nous. N’est-ce pas, docteur Gemenle ? Où sont-ils ?
— Ils approchent, ils approchent. Le Land Rover vient vers nous comme prévu, Herr Maurice !
— Bien !
— Je ne me suis pas présenté. Monsieur Maurice. Je vous présente le docteur Gemenle, de Guntzbourg, en Allemagne. Je vous présente également Günther et Uma, deux androïdes particulièrement bien dressés. Et bien sûr, notre brave Östäl. Je vous conseille de ne pas même penser à vous détacher et vous évader. Assis en face de vous, je ne vous présente pas monsieur Kermitt et madame Labornez que vous connaissez déjà. A côté d’eux, je vous présente mademoiselle Alice et madame Etzelle ainsi que messieurs Arthur, Roland et Robert. Je ne pense pas que vous vous connaissiez. Sauf sans doute le facteur, bien sûr. Pour ainsi dire, vous êtes étrangers à cette affaire dont vous ne devez connaître ni les tenants ni les aboutissants. Vous n’êtes là que parce que vous avez été trop curieux et parce que, en découvrant ces lieux, vous en savez déjà beaucoup trop même si vous pensez ne rien savoir du tout. Ou ne rien comprendre à rien, devrais-je dire. Mais passons. Il ne me revient pas de savoir ce que nous allons faire de vous. J’aurais bien ma petite idée mais ce n’est pas à moi de décider de cela. Vous nous êtes inutiles et ne représentez qu’un poids mort. Je pense que nous devrions vous liquider. Toujours pas de petit calva pour vous remonter le moral ?
— C’est que vu comme cela et à la réflexion, cède Chapraut.
— Sûr que si c’est notre dernier, ça ne nous tuera pas, juge Chapraud.
— Il faut bien mourir de quelque chose, conclut José.
Maurice sert trois bonnes doses de calvados dans des timbales métalliques dans lesquelles il plante des pailles. Il dispose le tout sur un petit chariot qu’il approche des prisonniers afin qu’ils puissent boire. Chapraud tire le cou pour s’approcher de la paille et la repousse en arrière subitement.
— C’est du calva empoisonné ? On ne me la fait pas !
— Non, pas empoisonné. C’est même du très bon.
Maurice boit une lampée de calvados à même la bouteille.
— Vous voyez, vous pouvez y aller. Je vous le conseille vivement, vraiment excellent.
Chapraut se penche et aspire le calvados.
— Vrai qu’il est bon.
— Excellent, oui ! Confirme Chapraud.
— C’est pas le meilleur que j’ai pu boire mais il est très correct, modère José.
Pendant ce temps, le docteur Gemenle s’affaire devant ses appareils d’une haute technicité. Des sons sinusoïdaux chuintent du haut-parleur. Il abaisse le correcteur épiloïdique à découplage de phase de sa main gauche tandis que, du bout du pied droit, il agit avec mesure sur la pédale du variateur de voltage. La main gauche vole d’un potentiomètre à l’autre comme un bourdon le ferait de fleur en fleur dans une prairie printannière. Le pied gauche, lui, reste simplement posé au sol.
— Docteur, vous vous amuserez avec vos appareils plus tard. Il faut changer la jambe de Günther avant notre départ.
— Was ? M’amusser ? Fous en afez de ponnes ! Zi fous kroyez que che m’amusse ! Fous, fous pufez du kalvados et moi, tintin !
— Docteur ! Günther ! Vous avez compris ?
— Ja, ja. Ch’ai kompris. Chancher la champe de Günther. Ach ! Mein Günther ! Ja.
Le docteur Gemenle va chercher sa boîte à outils et en maugréant, il va s’occuper du cyborg. Le grand noir borgne est là pour lui prêter main-forte.
— Recartez ce qu’ils ont fait de mein cyborque ! Tout kassé. Kaputt. Ah les saufaches ! Ou ai-che mis la klé de dreizhen ? Scheiße de scheiße ! Rekardez ! La champe est toute foutue ! Il faut tout chancher. Scheiße.
Alors que le docteur s’affaire, court de place en place pour chercher outils et pièces détachées, Maurice s’approche de Uma qu’il commence à caresser lascivement.
— Epargnez-nous vos dégoûtantes perversions ! s’exclame Chapraud.
— C’est dégueulasse, ajoute José.
— Elle est plutôt jolie, remarquez, juge Chapraut, quelque peu émoustillé.
— Chapraut ! C’est un robot ! C’est contre nature !
— Rhôôô... Me faites pas croire que vous seriez insensible à ses charmes si jamais ce « robot » était dans votre lit, Chapraud.
— Je préfère encore une poupée gonflable. C’est tout de même plus naturel !
— Je ne vois pas la différence.
— Tout de même ! Là, c’est un robot, Chapraut !
— Un cyborg, messieurs. Un cyborg. Voyez-vous, Uma est en partie humaine. Vous ne connaissez donc vraiment rien à la science-fiction ? Que vous apprend-on dans les écoles de gendarmerie ?
— N’empêche que c’est une... une... une vulgaire machine ! crache Chapraud en tournant la tête de dégoût.
— Non. Ce n’est pas une vulgaire machine. C’est même une partenaire très agréable. Quel dommage qu’il ne vous soit pas offert de l’essayer par vous-même.
Avec un sourire sadique, Maurice entreprend le déshabillage de Uma. Les prisonniers découvrent une plastique irréprochable, une poitrine au-dessus de tous soupçons, des hanches hautes et bien dessinées.
— Arrêtez ! C’est insupportable ! crie Chapraut qui ne peut cacher son trouble. Arrêtez ! Arrêtez ou détachez-moi !
— Chapraut ! Un peu de tenue ! Calmez-vous ! Pensez à autre chose. Pensez à votre mère.
Dans un rire que l’on qualifierait volontiers de démoniaque, Maurice rhabille Uma et s’adresse aux prisonniers.
— Un autre petit calvados pour vous remettre de vos émotions, messieurs ?
— C’est pas de refus.
— Au point où on en est.
— Juste un petit alors...
— Messieurs. Je vais vous expliquer la suite du programme. Nous attendons quelques personnes et puis nous allons partir d’ici. Ces personnes devraient arriver d’ici quelques minutes. Après... Nous allons faire un petit voyage et vous rencontrerez le patron. C’est lui qui décidera de votre avenir. Avenir qui promet d’être assez bref....
Un hurlement de sirène se fait entendre.
— Docteur ! Je crois que nos hôtes arrivent.
— Ch’ai pas fini.
— Docteur, vous finirez plus tard.
En râlant, le docteur lâche ses outils et s’approche de son pupitre. Il bascule un interrupteur, tourne une molette, baisse un levier et une image s’affiche sur l’écran de contrôle. Un Land Rover apparaît. Des personnes en sortent. Elles s’approchent de la caméra et font un signe de la main. Le docteur baisse un autre levier, l’image montre les personnes dans la maison de Gaëlle Labornez. Un autre levier, elles sont dans la cave. Encore un autre et elles sont sur la mince corniche. Quelques minutes plus tard, Colette fait son entrée suivie de Frédéric et Pédro qui portent le corps évanoui de Gérard.
— Mais qu’est-ce qu’il fout là, lui ? s’exclame Maurice.
— On ne pouvait pas le laisser derrière nous, se justifie Colette.
— Il fallait le supprimer.
— J’ai pas pu. Il est bête mais c’est tout de même mon mari !
— Ach ! L’amour ! ricane le docteur Gemenle.
Colette lui lance un regard mauvais.
Frédéric et Pédro posent Gérard à même le sol.
— Pfiou, pas léger, le Gérard.
— Il y a rien à boire ?
— La bouteille de calva est sur la tablette.
— Merci.
— Proposez-en aux gendarmes et au bistrotier. Ils aiment ça.
Frédéric a attrapé la bouteille et va en verser dans les gobelets.
— Merci, m’sieur, remercie Chapraut
— Pas de quoi.
Frédéric avale une gorgée de calva et passe la bouteille à Pédro. Il se tourne vers Maurice.
— Bon. Nous sommes tous là ? On attend quoi ?
— On ne va plus tarder à venir nous chercher, maintenant. Docteur, veuillez prévenir que nous sommes au complet. Et vous finissez Günther rapidement. Après, vous mettez en route les cyborgs et vous réveillez les prisonniers.
— Che dois tout faire ici ! Che kommence à en afoir marre !
— Je vais vous aider, dit Colette en s’approchant.
— Danke.
Colette va chercher une malette, l’ouvre et sort des seringues, des aiguilles et des flacons. Elle s’approche de Gaëlle, Etzelle, Alice, Robert, Roland, Kermitt et Arthur, et, après s’être assurée qu’ils sont bien attachés, elle commence à leur injecter un produit rose fluo à la douce odeur de vanille de Tahiti.
Les malheureux se réveillent. Ils semblent étonnés d’être là. D’ailleurs, ils ne semblent pas comprendre où ils se trouvent. Ce qui est, admettons-le, logique. Le contraire serait pour le moins étonnant.
— Où qu’on est ? Qu’est-ce qu’on fait là ? questionne Robert.
— On dirait un bunker, tente Etzelle.
— Ou un blockhaus ? essaie Gaëlle.
— Peut-être une casemate, avance Roland.
— C’est quoi, la différence entre tout ça ? demande, ingénue, Alice.
— C’est tout des synonymes, explique Robert.
— On est dans un synonyme ? s’étonne Kermitt.
— On est plutôt dans la merde, répond Arthur.
— Tiens, il y a les Chapraudt et le José, reconnaît Kermitt.
— Ah oui, ce sont bien eux, confirme Gaëlle.
Alors que le docteur Gemenle peste et maugrée dans son coin en tapant sur la tête de Östäl, Maurice se place au milieu de la pièce et, ménageant son effet théâtral, reste fixe et silencieux pour faire comprendre qu’il va s’exprimer. Tous les yeux se tournent vers lui. Le silence se fait.
— Mesdames, messieurs, bonjour. Comme je l’ai précédemment expliqué à messieurs Chapraud, Chapraut et José (dont je ne connais pas le patronyme), nous allons faire un petit voyage dès que le bon docteur Gemenle aura fini de réparer les cyborgs. Pour ce voyage, nous allons être obligés de vous enlever vos entraves. Je vous recommande de ne pas essayer de vous échapper ou de tenter quoi que ce soit d’autre. Nous avons la faculté de vous supprimer sur l’instant. Grâce à notre matériel très haut de gamme de fabrication germanique...
Le docteur Gemenle se redresse et acquiesce d’un hochement de tête.
— Ja !
-... grâce à notre matériel, donc, disais-je, nous maîtrisons le temps. Nous pouvons vous arrêter dans votre mouvement. Il va sans dire que les ondes de ce matériel ne nous atteignent ni nous ni nos cyborgs. Bref. Nous vous libèreront et nous pourrons prendre place dans notre «véhicule» qui, je le pressens, va vous intéresser au plus haut point ! D’ailleurs, il apparaîtra d’ici peu. Je l’entends déjà faire surface.
Et en effet, précédé de son télescope de cuivre somptueusement ouvragé apparaît dans toute sa splendeur le Nautilus issu des profondeurs abyssales du canal que l’on n’aurait pas cru si insondable. Il accoste et Maurice s’approche du sous-marin qu’il amarre à l’aide d’un solide filin. La porte de l’appareil s’ouvre à l’instant ou le docteur Gemenle met en marche les cyborgs qui se mettent aussitôt au garde à vous. Un escalier escamotable se déploie et vient se poser sur le quai. Lafleur apparaît alors, un verre à cocktail à la main.
— Mesdames, messieurs, bonsoir ! s’exclame-t-il, légèrement titubant, un étrange sourire éclairant un visage aux yeux rieurs.
lundi 25 février 2013
Ce matin, en allant au boulot, il y avait un peu de neige... mais pas sur la route. Pour autant, j'ai vu deux voitures qui étaient sorties de la route pour aller faire des tonneaux dans les champs.
Pour les quelques périodes de neige de cet hiver, je ne compte plus les véhicules qui parviennent à sortir de la route alors qu'il ne semble pas y avoir tant de raisons de le faire que ça. Je m'étonne.
Par cet étonnement, je ne veux pas signifier que je conduis mieux que les autres et que cela ne m'arriverait pas. Je ne sais rien des circonstances de ces sorties de route et je ne suis pas sûr du tout que je ne me ferais ou ferai pas piéger par une scélérate plaque de verglas un jour prochain. Mais tout de même, pour les deux accidents de ce matin tout du moins, je suppose qu'une vitesse sans aucun doute excessive[1] a aidé à se retrouver avec sa voiture sur le toit. La première se trouvait bien à une dizaine de mètres de la route. Je veux bien que la force cinétique sur une plaque de verglas peut faire que le véhicule parte tout droit en conservant son élan jusqu'à l'envol. Je veux bien. Mais tout de même, je me dis qu'il ne faut pas arriver en fainéant pour faire un vol plané pareil. Pour la deuxième automobile, elle semble bien avoir volé moins vite et moins loin mais l'accident est arrivé en ligne droite. Je suppose (mais je peux me tromper) qu'il aura eu lieu en mettant à profit une tentative de dépassement d'un autre véhicule. On voyait très clairement que la voiture est arrivée en biais sur le bas côté avant de se renverser et de rouler au bas du champ.
Mais ce qui m'a étonné un peu, c'est que ces deux voitures étaient des voitures récentes. Une Renault Clio pour la première et une Peugeot 208 pour la deuxième. Je me suis dit que ces voitures quasi neuves devaient être équipées de tous les derniers perfectionnement en matière d'aide à la conduite. Les genres d'équipements qui vous empêchent de bloquer les roues au freinage ou de partir en tête à queue. Et le problème est peut-être là. Possible que ces systèmes sont tellement efficaces que l'on finit par trop se reporter sur eux et à leur faire une confiance aveugle.
Sinon, j'ai aujourd'hui reçu un courrier électronique pour une approche de commande de dessins avec la vache. Un personnage que j'avais créé et dessiné il y a quelque temps. Cette commande porterait sur cinq cartes. Je ne sais s'il faut cinq ou dix dessins. On me demande de m'occuper de la la colorisation. Je n'aime pas faire les colorisations. Pour le moment, je n'ai pas répondu. Il faudrait que je vois si je sais toujours la dessiner.
Toujours dans le dessin, il y a un nouveau venu au studio de création de l'entreprise où je fais acte de présence occasionnellement. Il est dessinateur-graphiste. Ce matin, il m'a montré quelques unes de ses créations. C'est un bon ! Nom de dieu ! Du coup, je ne vais pas lui montrer ce que je fais. Il faut avoir un minimum de décence, dans la vie.
Et puis, n'oubliez pas, demain, c'est jour de feuilleton !
[1] Etant donné les conditions météorologiques visibles et annoncées.
dimanche 24 février 2013
"Le salarié français ne travaille que trois heures par jour et est trop payé", dit Maurice M. Taylor. "C'est celui qui le dit qui l'est", lui répond Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif.
Nous en sommes à peu près à ce niveau dans la confrontation qui oppose le patron du groupe Titan et l'état français sur le sujet de l'éventuelle reprise de l'usine Good Year à Amiens.
Dans un article du journal Le Monde, Maxime Vaudano tente de décortiquer le vrai du faux. Il apparaît que ce n'est pas simple. S'il semble que le salarié est beaucoup plus cher que son homologue bulgare, rien n'est dit de bien précis sur ce que ces deux salariés produisent en une heure de travail. Aujourd'hui, dans notre monde mondialisé, il est facile de dire n'importe quoi n'importe comment. Qu'un pneumatique soit moins cher à produire à l'autre bout de la planète, c'est possible. S'il faut qu'il soit utilisé chez nous rapidement, il n'est pas certain que ce soit une bonne idée. Bien sûr, l'exemple du pneumatique est mauvais. Mais admettons qu'un jour, quelqu'un découvre qu'un boulanger sri-lankais travaille pour une infime partie du salaire d'un boulanger français et qu'il serait plus rentable de produire le pain au Sri-Lanka. Ben on ne mangera plus beaucoup de pain frais.
Il serait aussi intéressant de calculer le coût des industries d'une manière globale. Le coût des salariés est sans doute important mais dans bon nombre d'industrie, ce ne sont plus les salariés qui produisent. Ce sont des machines. Le salarié est assez souvent là pour un rôle de surveillance, de maintenance, d'organisation (...). Et puis bon, moi, je ne suis pas économiste, hein...
samedi 23 février 2013
Au 18e siècle, on ne s'encombrait pas de "bien pensance" et de "politiquement correct" lorsque l'on essayait d'établir une classification des variétés dans l'espèce humaine.
Peut-être ferai-je un dessin aujourd'hui. Ce n'est pas garanti. Il ne fait pas très chaud et je ne suis pas sûr d'avoir une idée et le temps pour le faire. Ce matin, j'ai tenté une photo et je me suis pris à lire quelques pages qui expliquent comment M. le Comte de Buffon voyait les différentes variétés de l'espèce humaine. Il est amusant combien les notions toutes subjectives de "beauté" lui semblent importantes. En gros et pour faire simple, les gens normaux (les Français de la noblesse, quoi) sont beaux et donc civilisés tandis que les peuplades lointaines sont constituées de personnes "bizarres" et donc "sauvages".
Mis à part cela, vu le peu de candidature à l'écriture du prochain épisode du feuilleton, j'ai pris sur moi de prendre la suite. Qu'on se le dise et répète !
Parce qu'il est fort improbable qu'un dessin arrive aujourd'hui, j'ai fait une autre photo sur le même thème.
vendredi 22 février 2013
Hier soir, je suis allé voir le dernier film de Quentin Tarantino, "Django Unchained".
Depuis quelques jours, je ne suis pas vraiment en forme. Je suis fatigué, j'ai un léger mal de tête persistant, j'ai le nez pris et je dors mal.
Ceci dit et l'un dans l'autre, je ne me sens pas au bout du rouleau. J'ai de l'appétit, j'ai la truffe fraîche, les selles d'une couleur, d'une consistance et d'un fumet que je qualifierai de "normales". Je parviens à voir, à sentir, à goûter, à palper et à entendre. Les sens fonctionnent, les organes semblent en ordre de bataille, il n'y a pas à s'inquiéter plus avant.
Donc, je suis allé voir "Django Unchained" au cinéma de Montignac-sur-Vézère avec mon petit frère. Quentin Tarantino est un auteur que j'aime bien et, si l'on met de côté "Jackie Brown" que je n'ai pas su apprécier, je pense pouvoir dire que j'aime toute l'œuvre du personnage. Avec des préférences, bien sûr. J'ai été obligé de voir "Inglorious Basterds" deux fois pour le trouver bon.
Là, Quentin Tarantino nous amène quelques années avant la guerre de sécession, en 1858. Un chasseur de prime d'origine allemande, ancien dentiste, va prendre un esclave noir sous son aile, le former au métier de chasseur de prime et l'aider à retrouver l'élue de son cœur. Le tout sur fond d'Etats-Unis d'Amérique sudistes, de Ku Klux Klan naissant, de plantations de coton du Mississippi.
Comme souvent chez Tarantino, il y a un vrai bonheur à faire exploser les corps sous des déluges de balles. Tarantino s'amuse beaucoup avec ça. C'est du cinéma d' "entertainment", pas du cinéma "intello". On est là pour s'amuser de ce qui amuse Tarantino. On sent l'amour pour la série B ou Z, pour les films gores, pour le burlesque. A plusieurs reprises, je me plais à voir des hommages au Monty Pythons, dans "Django Unchained". Il y a une scène particulièrement hilarante où les racistes de ce qui deviendra le sinistre Ku Klux Klan sont ridiculisés à en pleurer de rire. Une scène à mettre en abîme avec celle du film "O'Brother" des frères Coen.
Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est le meilleur film de Quentin Tarantino mais je pense que ça vaut vraiment le coup d'aller le voir et de passer un bon moment en le regardant. Je l'ai vu en VO et je pense que c'est mieux (mais je n'ai pas vu la version française pour comparer non plus).
Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai acquis une nouvelle imprimante multi-fonctions. Alors, aujourd'hui, j'ai décidé de faire un petit dessin et de le numériser afin de le mettre sur le blog !
Alors, c'est sur, c'est un petit dessin qui n'a ni queue ni tête. Vous allez peut-être être un peu déçu mais je vous rappelle que je ne suis pas trop en forme.
D'ailleurs, hier, en sortant du film, nous sommes restés un peu pour discuter avec le projectionniste. Tout d'un coup, j'ai ressenti comme une vague de froid qui me submergeait avant que j'aie une sorte de sifflement dans les oreilles. Là, je me suis dit que je devrais aller m'asseoir sur les marches. J'ai essayé de faire un pas et je me suis écroulé. Ça fait bizarre, comme effet. De mes cours de physique, je crois me souvenir qu'un corps chute à la vitesse de 9,81 mètres à la seconde. J'ai donc dû mettre moins d'un quart de seconde pour arriver au sol ! Ça va vite.
Aujourd'hui, j'ai bossé tranquillement sur quelques boulots en cours. J'ai réussi à dormir un peu plus que les nuits précédentes. C'est surtout que j'ai réussi à me rendormir un peu vers 6 heures puis vers 7 heures puis vers 8 heures. Ce soir, je vais tenter de me coucher assez tôt et de récupérer.
jeudi 21 février 2013
Je le sens, je suis en train de développer un rhume ou quelque chose du genre. Cela fait trois matins que je me réveille avant cinq heures avec le nez complètement bouché. Hier, le radio-réveil annonçait 4h13, mardi, c'était 4h37, ce matin, 4h53. J'ai acheté des oranges et je vais en faire une cure. Si ça ne fait pas de bien, ça ne fera pas de mal. Et puis, chance, elles sont bonnes !
Pour les dessins, on verra un peu plus tard. Là, il ne fait pas chaud et j'ai froid aux pieds. Ça m'empêche de dessiner.
mercredi 20 février 2013
Il faut croire que j'aime me faire avoir. J'avais juré-craché que jamais plus jamais je n'achèterai de ce genre de saloperie de matériel. Et puis, vous savez ce que c'est, j'ai été faible.
L'imprimante multi-fonctions Canon MP 540 étant tombée en panne, je n'avais plus de quoi numériser mes dessins. Puisque je ne pouvais plus les numériser, j'ai arrêté de dessiner. Je sais que c'est idiot mais je suis comme ça. Idiot. Oui.
Tout de même, depuis quelques jours, j'ai recommencé à griffonner des bouts de papier. Alors, aujourd'hui, je me suis rendu dans un magasin pour acheter un scanner. Bien entendu, je l'ai compris rapidement, je n'allais pas trouver de simple scanner. Il n'y avait rien que des imprimantes multi-fonctions. Comme fait exprès. La raison aurait voulu que je fasse demi-tour et que j'aille dans un autre magasin pour tenter ma chance. Seulement, je n'avais pas envie d'aller ailleurs. J'étais un peu pressé. J'ai regardé ce qu'il y avait et j'ai éliminé tout ce qui portait la marque Canon. Je suis fâché après eux. Pas pour la photo mais il s'en faut de peu pour que je passe à une autre marque. Quelques dizaines de milliers d'euros tout au plus.
Il y avait du Samsung, du Hewlett-Packard et du Epson. J'ai été fâché avec Epson aussi, dans le temps. J'ai réfléchi et j'ai pris le moins cher. 69 euros. Pour ce prix qui ne veut plus rien dire, vous avez une imprimante couleurs, un scanner et, raffinement suprême, un module wifi qui vous permet d'imprimer (ou de numériser) à distance. Lorsque vous êtes assis sur les chiottes, par exemple.
Pratique que je considère étrange et quelque peu pénible, l'imprimante est livrée avec son câble d'alimentation, ses cartouches d'encre, un CD contenant les logiciels et pilotes nécessaires pour Mac OS X et Windows (rien pour Linux) et une sorte de documentation vous guidant dans la mise en service. Par contre, pas de câble USB. Bon, j'en ai suffisamment chez moi mais je me dis que pour un primo-accédant à la joie de pouvoir imprimer ses documents chez soi, ça peut représenter une désagréable déconvenue. Pourquoi ce cordon n'est-il pas joint à la machine ? Mystère complet.
Première étape : ouverture du carton et chasse à tous les petits morceaux de languettes autocollantes et autres protections.
Une fois cela fait, il faut connecter l'imprimante au secteur et la mettre en fonction après avoir ouvert le capot. Les têtes d'impression se placent pour recevoir les quatre cartouches (toute petites cartouches) d'encre. Dans la documentation, on insiste sur le fait qu'il convient de secouer vivement la cartouche noire et de s'abstenir de le faire pour les cartouches cyan, magenta et jaune. Je place les cartouches et j'appuie sur le bouton qui permet à la machine de charger l'encre dans son système. Bien.
Là, je baisse le capot et j'installe les pilotes et logiciels pour le Mac depuis le CD-ROM. L'installation se passe bien. On me demande si je souhaite connecter l'imprimante en wifi ou en USB. Je choisis la connexion filaire parce que l'imprimante restera à côté de l'ordinateur qui n'a pas pour vocation de bouger. Le wifi, je l'utiliserai peut-être pour le portable.
Je redémarre le Mac et l'imprimante est disponible. Je vérifie que je peux numériser et cela fonctionne aussi. Alors, je vais sur le portable avec le CD-ROM pour tenter de le connecter à l'imprimante en wifi. Tout se passe bien. J'arrive même à numériser "sans fil". Je ne suis pas certain d'utiliser cette possibilité mais on ne sait jamais.
Ainsi donc, je vais pouvoir recommencer à réfléchir à faire des dessins. Pour le moment, je n'ai pas d'idée de dessin à faire mais sait-on jamais ?
mardi 19 février 2013
Où nous mènera cette histoire ? On ne le sait pas vraiment. Pour le moment, elle semble bloquée quelque part entre la côte bretonne et celle normande. Peut-être Liann, qui propose l'épisode de la semaine, nous éclairera un peu ? Pas si sûr.
À la station-service, ouverte 24H sur 24, on ne savait s'il faisait jour ou bien nuit, tellement la fumée disputait la lumière aux divers feux et explosions. C'était un feu d'artifice créé par un technicien en pyrotechnie un peu dingo, montrant un spectacle sons et lumières où se confondent jeux d'étincelles, jets d'aérosols de peintures de retouche et claquements secs de petites et moyenne cartouches de Camping-Gaz qui explosaient en chapelets. Des fenêtres alentours s'ouvraient.
- Encore les Anglo-Américains lançait une voix.
Une autre voix lui répond, glapissante,
- Mais que fait la L.V.F. ?
Les Cyborgs, les "Hans" rivalisent de bêtise, l'un s'empare de l'embout du gonfleur de pneu, se le met dans la bouche et met la pression maximale pour exploser, jetant d'autres étincelles qui se rajoutent aux autres. Un autre Cyborg s'aspire les poumons avec l'appareil aspirateur modifié par ses soins, qui produit une dépression colossale, et fait s'imploser son thorax. Marie Cheulet (c'est son nom), la gérante de la station s'est enfuie, entraînant son mari vers plus loin où les flammes ne pourraient pas toucher ses beaux cheveux longs et roux incendiaire, alors de là à l'accuser d'avoir mis le feu aux poudres, il n'y avait qu'un pas, pas de ça, Lisette, on fiche le camp ! Le vacarme était assourdissant entre les cris des Cyborgs délirants et les explosions soutenues. Le camion de Frédéric sentait le brûlé, et ses pneumatiques devaient avoir une pression d'environ soixante kilos par la chaleur. Colette et Frédéric décident d'un commun accord de s'enfuir eux aussi et cavalent vers le 4X4, où Pedro au volant, regardait le spectacle pyrotechnique gratuit (il venait d'Ambert, riante cité d'Auvergne, où, parait-il, les livrets de caisse d'épargne sont les plus gras de France). Laissant toute cette animation, le Land-Rover s'élance sur la route, évite soigneusement les Cyborgs noyant la chaussée de leurs gestes parfois obscènes, freinent les nombreux véhicules qui voulaient échapper à cet enfer que représente une station-service en feu, les conducteurs gavés de films catastrophe disaient que ça va péter le feu de Dieu ! De nombreux Cyborg disparaissent ce jour-là, ou cette nuit là. Une perte pour la science et peut-être pour d'autres : le personnel rêvé pour un patron peu regardant… Un Cyborg explosait par ici, un autre se faisait écraser par un poids-lourd… Une dame à la fenêtre d'un immeuble voisin, avec des regrets dans les mains, dit :
- Si c'est pas malheureux de voir de si beaux hommes disparaître ainsi !
C'est vrai qu'il était beau, le "Hans" numéro 28, bien proportionné, de fins et longs muscles annonçaient des nuits enchantées aux dames, pétant tellement de santé, qu'il explosa à côté de la pompe 3, celle du SP98, à 1,78 le litre, cela faisait pitié à voir. La pauvre dame ne savait pas que les Cyborgs étaient asexués. Au loin, le pin-pon des pompiers se faisait entendre… Le Land-Rover roulait vers l'ouest, vers Barfleur.
- B.. de M.., les perdreaux ! Un barrage ! Qu'est-ce qu'on fait ? demande Pedro. On fonce ?
- Oh ! Nous n'avons qu'un Land, ce n'est pas une R8 Gordini ! répond Francis, et nos tôles ne sont pas à l'épreuve des balles des Manhurins des Roycos…
- Prenez l'air d'oisillons qui sont dans les nids des mésanges, au printemps, dit Colette.
- On fait "cui-cui" ? demande Frédéric.
- Faites-le , et on est "cuits-cuits" !
Le barrage, ce sont les C.R.S, des gars sérieux, quoi. Le 4x4 s'approche au ralenti. Sourire contrit des occupants… Le fonctionnaire avise le véhicule, l'observe avec toute l'attention requise à la définition des pages 24 à 26 de son manuel, potassé presque chaque jour (il prépare le concours pour le 29 mai qui lui permettrait de gravir plusieurs échelons d'un seul coup), et s'approche du conducteur qui à baissé sa vitre.
- Que se passe-t-il, monsieur l'agent ? demande Pedro.
Le fonctionnaire, obtus sur cette question d'un "pékin", regarde vers l'intérieur du véhicule.
- Vous êtes quatre dans un 4x4, c'est correct !
Pédro propose au fonctionnaire de présenter ses papiers, refus du C.R.S.
- Non, non, quatre dans un 4x4, parfait !
- ...
- Oui, vous voyez l'auto devant ? précise le fonctionnaire, ils sont deux dans une Audi Quattro !
En effet, on voit le conducteur de l'Audi sortir de l'auto et s'insurger :
- Comment ça, parce que l'on est deux dans ma bagnole, vous voulez me fiche une contredanse ? Appelez-moi votre chef !
- Notre chef est occupé, vous ne le voyez pas, il contrôle trois personnes dans une Fiat Uno !
Et le fonctionnaire à côte du Land de dire à Pedro :
- Allez, vous pouvez y aller, circulez !
Pedro engage la première et embraye, laissant ce curieux barrage derrière.
- Qu'est-ce que c'étaient ces flics d'opérette ? demande Colette.
- Le principal, c'est que l'on soit passés, précise Francis, le risque, ce serait de tomber sur d'autres barrages, et je pense pas que ce soient des passoires comme celui-là... Prenons les petites routes...
Le Land-Rover s'engage sur les chemins de traverse, ne croisant que des biches ou des lapins, peinard. Une tache jaune à l'approche d'une intersection, interpelle les occupants du Land.
- La Quatrelle du facteur, reconnait Colette, Stoppe, Pedro !
Le 4x4 s'arrête près de l'épave de la brave Renault 4 Pététesque.
- Salement amochée, la guinde, dit Francis. Pas âme qui vive alentours.
Colette reconnut "sa" 4L, celle qui l'emmenait avec Hans vers Barfleur. Elle ouvre la porte arrière et dit :
- Je reconnais les sacs et ces paquets Damart et ceux de la redoutable Redoute ! Mais ? Lors du choc, tous les paquets se sont mis en vrac, et j'en vois un qui parait bougrement intéressant : un paquet destiné à Mme Labornez Gaëlle, à Pont-Aven ! Qu'est-ce qu'il y a dedans ? Rajoute Colette en se saisissant du paquet de carton… Je l'ouvre !
Francis fut le plus rapide, il attrapa le paquet que tenait Colette et le lança vers le champ voisin, une déflagration fendit l'air calme du coin, le paquet venait d'exploser !
- C'était un "cadeau" de Monsieur Lafleur pour Gaëlle Labornez, précise Francis.
- Ben, mon cochon ! conclut Colette.
Un gémissement soudain, après l'écho de l'explosion qui résonne. Frédéric enjambe le fossé, et lance à ses acolytes :
- Mais ? C'est Gérard Moyeux... ton con-joint, Colette !
Colette, Francis s'approchent, suivi de Pedro qui a porté sa main droite comme pour prendre son portefeuille, et voient un Gérard, du sang séché sur le front, ouvrant grand ses yeux, et ne disant mot, étant bailloné par du sparadrap.
Pedro lance :
- Cela sent le piège !
- Quel piège ? rassure Colette, Il n'y a pas plus de piège que d'intelligence dans le crâne de ce mec, le Gérard, dire que c'est mon mari ! Cet homme là, ce saucisson avarié ! J'en ai fait des couènneries dans ma chienne de vie, mais me marier avec ce débri, j'aurais mieux fait de me casser une patte... (C'était bien pour me rapprocher de la Fabrique, pensa-t-elle).
- Bon qu'en fait-on de Gérard, on le laisse là ? interroge Frédéric, on le laisse aux corneilles ?
- Ce serait le mieux pour lui, mais avec toute la poulaille qui tourne dans le coin, mieux vaut l'embarquer, précise Colette. Et le Gérard Moyeux, l'éternel perdant, se retrouve placé dans le coffre du Land-Rover, toujours attaché et bailloné, et le 4x4 s'éloigne de l'épave de la pauvre voiture administrative, restée au bon vouloir des autorités du coin, ce qui fera que, peut-être un jour, seront distribués les colis de Damart et des autres. Vous autres, lecteurs, n'accusez pas votre facteur lorsque vous attendez un colis, il y a peut-être de "La Fabrique" la-dessous.
- Nous voici à cinq dans un 4x4, philosophe Pedro, faudrait pas que l'on tombe sur un flic aussi pointilleux que tantôt !
Le Land-Rover ne tarde pas à être en vue de la "Villa La Falaise", la maison de L'oncle Etzelle, où étaient nos braves compagnons qui s'étaient éclipsés peu de temps auparavant. Le Land stoppe. Colette descend et trouve la porte d'entrée défoncée, en vrac, causé, sans doute, par cette moto qui git en travers de la pièce principale.
- Y'a personne, juge Frédéric qui s'est approché.
Francis et Pedro étaient parti à la recherche d'informations auprès de la maison voisine, la villa "La Baie", prouvant l'originalité des gens du coin pour le baptême de leurs demeures, que des noms marins, sauf peut-être le "Sam-Suffit", belle bâtisse situé à trois cents mètres et voisine de la villa "Do-mi-si-la-do-ré" du musicien local. Francis et Pedro, revenu de leur pêche aux renseignements expliquent :
- La maison est louée par une Dame Etzelle, qui habite Douvres !
- Douvres ! Nom d'une pipe, chez les Angliches ! dit Frédéric.
- Non, Douvres-la-Délivrance, à mi-chemin de Caen et de la mer, enfin la Manche ! précise Francis.
- À mon avis, nos oiseaux sont là-bas, ils ont dû partir précipitamment. Y'aurait du Patron la-dessous, que cela ne m'étonnerait pas ! dit Colette.
- Mais ? Comment les retrouver, les reconnaître ? demande Frédéric.
- L'ambulance ! La voisine m'a indiqué qu'en plus de la voiture à Columbo, y'avait une ambulance, précise Francis.
- Alors, en route pour Douvres ! Lance Colette?
- Et il n'y aura pas le "channel" à traverser ! Conclut Frédéric.
Et le Land-Rover part vers l'est, en direction de Caen.
Dans la villa normande de Douvres-la-Délivrance, l'ambulance était arrivée, et c'était comme des retrouvailles, avec en plus, un nouveau compagnon : Arthur, le facteur de Gaëlle.
Roland déclare :
- Sur le tableau, je trouve que dalle !
- En parlant de dalle, dit Arthur, j'ai une faim de loup, vous n'auriez rien à becqueter ?
Oh, pis j'y pense, avec toutes ces aventures, j'ai oublié de vous dire que j'avais un colis pour vous, Mâame Labornez !
- Un colis ? demande Gaëlle, qui peut m'expédier un colis ?
Le gars Arthur laisse cette pauvre Gaëlle dans ses questions en voyant Tante Etzelle proposer un sandwichs saucisson sec et cornichons, avec du bon beurre salé.
- Un tableau, une devinette ? demanda entre deux bouchées le facteur Arthur. Je suis fort en énigme, racontez moi tout ça !
Toute la compagnie explique en long et en large de quoi il s'agit...
- Fachtophe, tchomp, fastoche, je voulais dire, votre truc ! conclut Arthur.
Regard d'envie de tous nos compagnons, racontez-nous semble demander les cinq paires d'yeux. Arthur continue :
- Notez bien la première lettre des mots que je vais citer, la première...
Arthur prend le tableau et observe :
- Peinture… Originale, Naturellement en Toile...
Il retourne le tableau et continue :
- Avec au Verso, un Encadrement en Noyer... Et oui, contrairement à de nombreux châssis de tableau, la plupart sont en pin, celui-ci est en noyer ! Ce qui nous donne...
- Pont-Aven ! dirent d'une seule voix nos compagnons, un peu déçus.
- Arthur, vous n'êtes pas sérieux, dit Tante Etzelle, vous nous avez raconté cela pour pouvoir rentrer à Pont-Aven !
- Et alors, c'est tout naturel que de vouloir revenir chez moi, vous trouvez cela marrant de me retrouver avec une nénette avec un flingue long comme ça, qui vous entraîne avec un robot ?
- Une nénette ? Colette !
- Colette est sur nos traces, on fiche le camp ! déclare Roland.
- Pour aller où ? demande Gaëlle.
- Pourquoi ne pas revenir à Pont-Aven, on ramènera ce brave Arthur.
- D'accord, puisque la Colette en a après nous, mais, on emmène le tableau ! résuma Tante Etzelle.
Et nos compagnons de reprendre la route.
Les services de la Gendarmerie étaient retournés à "la" maison Labornez pour complément d'enquête. Le foudre s'avéra bien creux et menait non pas à un escalier, mais dans une pièce où était installé un réseau de train-jouet électrique des années 1940/1950.
- Du Hornby, déclara un expert gendarme amateur de trains-jouets au 1/43ème.
- Délire de nos deux brigadiers, conclut le Commandant de la Gendarmerie, présent sur les lieux, nos deux brigadiers, intoxiqués par le mélange calvados-LSD, les voilà partis à voyager sur "leur train électrique de mine" !
Pour parfaire ses dires, l'officier remarque à un bout du réseau, une amorce de port avec sa capitainerie, et une embarcation en cuivre !
Derrière le mur de la cave, deux personnages devisaient :
- voilà, opération camouflage réussie. Maintenant, l'opération "reconstruction de la maison Labornez". Cette maison en ruine nous apporte vraiment trop de curieux...
Et nos compagnons de vouloir reprendre la route, ce n'est plus une aventure, c'est un « road-movie » ! Alice tiendrait le volant de l'ambulance, et Robert, n'ayant plus mal aux poignets (encore un mystère ! Vous avez remarqué comme tous les blessés guérissent aussi rapidement ?) avait insisté, lui, le passionné de voitures anciennes, de conduire la 403 Peugeot, cabriolet, s'il vous plait, que Tante Etzelle convaincue que ces « damnés jeunes » étaient « chauds » lui laissa le volant. Que c'était marrant, dit Roland, Tante Etzelle m'a amené ici avec un cabriolet 404 et, que voici une 403 ! Y'a de drôle de trucs qui se passent dans le coin... C'est comme la météo, de la brume, un temps incertain, nos montres se sont arrêtés, et que j'ai perdu toute notion du temps qui passe ? Tout cela est bien curieux...
Le voyage de nos compagnons fut bizarre : à peine sortis de l'allée de la villa normande des Etzelle, ils tombèrent sur un 4x4 Land-Rover dont les occupants avaient autant d'activité que des personnages de cire du Musée Grévin de Paris : ils étaient bouche bée, et l'on sentait qu'ils auraient voulu bouger, mais impossible. Alice, au volant de l'ambulance, ainsi que Robert, épanoui de pouvoir enfin conduire un cabriolet 403, comme celui de Columbo, n'insistèrent pas sur la présence du 4x4 avec à son bord, la Colette Moyeux, qu'ils avaient reconnue ! Le temps, les kilomètres, toutes ces notions semblaient avoir disparu de leurs connaissances, ils se retrouvèrent rapidement à Pont-Aven, face à la maison des Labornez, Gaëlle et Yannick, maison intacte ! À leur grande surprise !
Ils descendent de leurs voitures et observent : seule une Mercedes noire, garée non loin, leur permettait de voir qu'ils n'avaient pas rêvé ! La maison intacte !
À la fabrique, Lafleur sirotait son quatorzième cocktail, et commençait à être pompette.
lundi 18 février 2013
Nos sociétés modernes nous promettent de soigner tous nos bobos, de nous faire vivre vieux et en bonne santé, de vaincre la mort. Dans le même temps, ces mêmes sociétés nous aident à avoir des enfants. Si l'on naît plus et que l'on meurt moins, on va vers un accroissement de la population. C'est pourquoi il est impérieux que nos sociétés proposent des idées innovantes.
J'étais en train de conduire et j'allais vers Périgueux. J'allais au travail. J'avais été obligé de gratter le pare-brise avant de partir et ça ne m'avait pas plus parce que je n'avais rien d'autre pour le faire que mes ongles. J'avais eu froid aux doigts et cette sensation avait duré sur au moins vingt kilomètres.
J'étais donc occupé de manœuvrer les pédales, levier et volant et il faut croire que cela me laissait suffisamment de cervelle inemployée puisque je me suis mis à réfléchir à un modèle de société. Rien de moins. Je vais, dans ce billet, vous faire part du résultat de mes cogitations matinales et routières. Pour commencer, je vais attaquer par le début.
Dans leur grande majorité, les personnes que vous pouvez connaître ou croiser veulent vivre. Pourquoi ? Parce qu'elles sont heureuses de vivre pour certaines d'entre elles ; par habitude pour les autres ; par ambition de faire quelque chose de leur vie pour d'autres encore. Il y a plein de raisons de vouloir vivre. Des raisons rationnelles et d'autres qui le sont moins. Alors que la seule certitude que cette vie que l'on n'a jamais demandée nous accorde, c'est celle que nous mourrons un jour ou l'autre. On ne sait habituellement ni quand ni comment mais on sait qeu l'on mourra. On cherche à se le cacher, on n'y pense pas, on se dit que ça arrive aux autres mais, tout de même, la mort reste tapie là, quelque part dans notre esprit. On a beau faire, on a beau être optimiste ou croyant, on sent bien confusément qu'il serait étonnant que la mort nous épargne totalement, qu'elle nous oublie dans ses registres, comme si une fiche s'était égarée quelque part. Disons-le, ça n'est jamais arrivé. Tout être vivant meurt un jour, qu'il soit végétal ou animal. Et même les minéraux, si l'on y regarde bien.
Les gens heureux ont une raison pour ne pas vouloir que cela s'arrête. On est comme ça, nous autres les humains, on aime faire durer. On est heureux parce que l'on a de quoi s'abriter et se vêtir et manger ; on est heureux parce qu'il y a plus malheureux que soi ; on est heureux parce que l'on est amoureux ; on est heureux parce que l'on a plein d'argent et que l'on peut consommer. Les raisons d'être heureux, de connaître ce sentiment, sont multiples et chaque personne heureuse l'est pour des raisons qui lui sont propres. Pour toutes ces personnes, la question du désir de mourir ne se pose pas. La vie ! La vie encore et toujours ! D'accord. La société respecte et comprend.
Mais il y a d'autres personnes qui ne sont pas heureuses. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons. On va avoir la personne qui se rend compte que sa vie est un ratage complet. Elle n'a jamais rien réalisé, elle n'intéresse personne, elle n'est pas riche, elle doit se débattre comme elle le peut dans une société qui ne lui laisse qu'une chiche place. Il y a le vieux qui se sent diminué et abandonné. Il y a le malade qui souffre et qui n'attend plus rien de la médecine. Il y a le pessimiste-défaitiste qui se dit que "à quoi bon ?". Il y a des personnes qui n'ont jamais demandé à venir au monde et pour qui la vie est une longue lamentation. Il n'ont jamais demandé à vivre et ils préfèreraient peut-être arrêter. Toutes ces personnes qui n'ont aucun but, aucune envie, aucun rêve peuvent espérer que la société leur vienne en aide. Le suicide est vieux comme le monde (enfin je le suppose un peu). Après, pour le suicide, il faut avoir un peu de courage. Ou beaucoup de lâcheté. Je ne sais pas. J'ai longtemps réfléchi à cela et je n'ai jamais trouvé de réponse à mes questions.
Mais que ce soit du courage ou de la lâcheté, il faut tout de même se résoudre à passer à l'acte et je pense que beaucoup de personnes n'osent pas. Ou bien, ils ne savent pas comment s'y prendre. Ce n'est pas forcément si simple. Il y a la peur de souffrir, la peur de l'après. Il y a aussi l'interdit. Se suicider, c'est sans doute briser un tabou.
Je n'ai jamais réfléchi sérieusement à me supprimer. Je n'en ai, pour le moment, jamais vraiment eu l'envie ou le besoin. Non pas que je considère ma vie comme particulièrement exaltante mais plutôt parce que je n'ai pas encore imaginé que la mort le serait beaucoup plus. Du coup, je suis toujours vivant. Je le prouve en écrivant ces lignes.
Comme je le dis dans l'introduction, nous sommes dans une situation sociétale qui veut éviter aux gens de tomber malade et de mourir tout en aidant les gens à avoir des enfants. Le récent débat sur le "mariage pour tous" et son corolaire qui est la procréation médicalement assistée est un exemple parmi tant d'autres. C'est le droit à l'enfant. On nous dit que quiconque le veut devrait pouvoir avoir un ou plusieurs marmots. Tant que ce n'est pas une obligation, ça me va.
Le souci, c'est que si l'on ne meurt plus et si l'on naît de plus en plus, la planète aura du mal à porter tout ce monde. C'est un souci réel. Et alors, ce matin, en conduisant, j'ai eu une idée géniale !
Nos sociétés devraient offrir une aide à la mort institutionnelle. Pour les malades incurables, bien sûr, la garantie d'une mort sans douleur. Pour ces personnes, je suppose que ce serait déjà beaucoup, de ne plus souffrir. Pour les personnes écartées de la société triomphante, chômeurs, déglingués, dépressifs profonds, la société pourrait offrir cette aide à la "disparition" sous une forme agréable. Par exemple en proposant une semaine de vie agréable. Une semaine dans un endroit paradisiaque où la plupart des désirs seraient exhaussés. Au terme de cette semaine, on mettrait un terme au calvaire de la personne. Humainement, dignement.
Bien sûr, tout cela serait basé sur le volontariat. Il ne serait aucunement question que la société décide de qui doit vivre et de qui doit mourir. Au passage, il me semble que c'est ce que fait la société actuellement, d'une manière on ne saurait être plus cynique. Quelle est l'image de la réussite que nous propose nos sociétés ? Regardez les publicités, vous le saurez ! Et peut-être prendrez-vous conscience de votre situation par rapport à ce que nos sociétés attendent de ses membres.
Peut-être que cette solution permettrait des accords du style "gagnant-gagnant". Pour la société, moins de débris à traîner ; pour les débris, plus de souffrance à subir. Il est à mon avis indispensable et inévitable que nos sociétés riches avancent dans cette direction.
Demain, jour de feuilleton. Je vous souhaite une bonne nuit et une bonne réflexion. Bonsoir.
dimanche 17 février 2013
samedi 16 février 2013
Selon M. le Comte de Buffon, Intendant du Jardin et du Cabinet du Roi, de l'Académie Françoise, de celle des Sciences, etc.
En 1783, le tome premier de l'Histoire Naturelle des Minéraux paraissait. J'aime à m'y plonger de temps en temps pour apprendre des savoirs assez incroyables et insoupçonnés. Mais là, il n'est pas question d'apprendre. J'ai réalisé une image qui pourrait être utilisée par un libraire spécialisé dans le livre ancien. On verra.
vendredi 15 février 2013
Sans être particulièrement à cheval sur ce que je mange, je vais aujourd'hui parler en toute équidé de l'affaire de la viande de canasson que l'on trouverait dans certains plats préparés. Et moi, je ne trouve pas sabot.
Manger du cheval ne me dérange pas. Je n'aime pas les chevaux[1] et n'ai pas vraiment d'interdits alimentaires. Il y a des choses que je ne mange pas parce que je n'aime pas ou parce que je ne connais pas ou parce que ça me semble suspect[2]. Du cheval, j'en ai mangé à plusieurs reprises sans état d'âme particulier.
Maintenant, il y a cette histoire de "tromperie sur la marchandise". Là, il y a quelques minutes, à la radio, j'ai entendu un dirigeant de chez Spanghero qui disait sa bonne foi et nous apprenait qu'il ne pouvait pas connaître tous les codes douaniers et, en particulier, celui qui était attaché à la viande qu'il aurait acheté et qui indiquait bien qu'il s'agissait de viande chevaline. Ben tiens !
Il y a le maire de Castelnaudary, charmante bourgade de l'Aude, qui en appelle aux autorités compétentes pour que l'on ne ferme pas l'entreprise. Il y a trois cents d'emplois en jeu. Bon. C'est vrai que ce serait dommage de mettre trois cents personnes au chômage.
Maintenant, il semble bien que les dirigeants de la société Spanghero aurait une part non négligeable de responsabilité dans cette affaire. Je me demande si l'on ne pourrait pas, à l'issue de l'enquête et si celle-ci démontre bien la responsabilité des dirigeants, procéder à une sorte de nationalisation de l'entreprise. Sans dédommagement aucun pour les propriétaires, bien sûr.
mercredi 13 février 2013
Ce soir, je rentre assez tard de Périgueux et je m'arrête faire quelques courses.
J'avais espéré avoir le temps de me promener dans un magasin ou l'autre pour trouver un scanner. Je n'ai pas eu le temps. Je ne vais donc pas pouvoir vous faire voir de dessin avant longtemps. Remarquez qu'étant donné que je ne dessine pas, ces temps-ci, rien ne presse. Et puis, je ne sais pas quoi acheter. Je sais que je n'ai pas besoin d'un modèle haut-de-gamme. En principe, je ne numérise que du dessin au trait. Il n'y a pas besoin d'un truc qui respecte les couleurs à la perfection.
Mais bon, je suis tout de même allé faire quelques courses. J'avais fait une liste que j'ai retrouvée là où je l'avais oubliée, sur la table, à côté du bol vide de ce matin. C'est, je le suppose, le signe que j'avais l'intention de la prendre avec moi. Ça m'a tout de même permis de voir ce que j'ai oublié et ce que j'ai pris en trop. A croire que je me connais bien, je n'ai rien pris en trop et ai juste oublié le produit vaisselle. Pas vraiment étonnant et c'est un moindre mal. J'aurais pu oublier le café et là, c'eût été quelque peu catastrophique.
J'aime bien l'ambiance des hypermarchés, le soir, peu avant la fermeture. C'est très calme. On sent le personnel fatigué et en nombre restreint. Les clients ne sont pas les mêmes que plus tôt. Pas mal de célibataires, visiblement. Et aussi des personnes qui sortent tard du boulot. A la caisse, juste devant moi, un homme avec son fils. Il avait un tapis de sol et un couvre-volant pour voiture. Rien d'autre. Ça m'a un peu étonné.
mardi 12 février 2013
Tant pis pour vous. C'est moi qui me suis collé au nouvel épisode.
- Vos actes sont inqualifiables ! Vous avez bafoué l'honneur de la gendarmerie, de l'armée française, de la France dans son entier, brigadiers ! Une mise à pied ? C'est une peine bien légère. Vous mériteriez le conseil de guerre, la cour martiale. Votre comportement est indigne de votre fonction. Je vous rappelle au cas où vous l'auriez oublié, que vous représentez l'ordre, que vous êtes investi d'une mission. Celui de veiller sur la population et lui venir en aide. Au lieu de cela, on vous retrouve complètement ivres en train de tenir des propos incohérents à la capitainerie du port, à menacer d'honnêtes gens dans une tenue qui laisse pour le moins à désirer. On nous prévient discrètement, on vient vous chercher, on constate que vous avez "égaré" votre véhicule de fonction que l'on finit par retrouver planté dans un étang et vous avez le toupet de me raconter, à moi, commandant de la brigade, adjudant-chef Le Trouduc, gendarme de père en fils depuis que la gendarmerie existe, que vous avez parlé à votre aïeul qui aurait été commandant de la brigade ici présente ? Vous me racontez avec votre haleine chargée et une assurance insolente des balivernes insensées au lieu de vous excuser et d'implorer mon pardon ? Non mais, brigadiers ! Que vous arrive-t-il ? Vous vous croyez où ? Au cirque ? Je vais vous mettre à pied pour trois jours parce que nous manquons d'effectifs et parce qu'il se passe des choses bizarres alentours mais croyez bien que je n'oublierai rien de tout ce qui vient de se passer ! Je n'oublierai pas et ça ne jouera pas en faveur de votre avancement, vous pouvez me faire confiance ! Vous avez détruit un véhicule, vous vous êtes ridiculisés dans tout le voisinage, vous inventez des histoires incroyables. Je vous mets à pied. Disparaissez de ma vue et allez décuver ! Exécution !
- Nous sommes mis à pied rapport à la 4L, mon adjudant ? Questionna Chapraud.
- Parce que la 4L, c'est pas nous qu'on l'a mise à l'eau, ajouta Chapraut, solidaire.
- Ah mais oui, bien sûr, où ai-je la tête ? C'est votre grand-père qui vous a poussé peut-être ? Vous continuez à vous foutre de ma gueule nom de nom !
- Ah non, mon grand-père n'est pour rien dans l'affaire de la 4L. D'ailleurs, ça existait pas encore, en son temps, la 4L, tempéra Chapraud.
- C'est des inconnus que nous n'avons pas identifiés qui nous ont mis à l'eau, précisa Chapraut.
- Je ne veux pas le savoir ! Foutez-moi le camp ! Disparaissez !
- Mon adjudant, faut tout de même que vous nous croyiez. On ne dit pas que des bêtises...
- Non. Vous en faites, aussi.
- Je veux dire, pour le passage secret dans la cave de la Labornez et les souterrains et le train électrique, le téléphone, tout ça, c'est facile de voir par vous même.
- Parlons-en de la Labornez ! Vous vous êtes rendus sur les lieux à plusieurs reprises et ça n'a pas empêché la destruction de la maison et la disparition de sa propriétaire ! Kermitt est venu faire une déposition. Il n'a rien vu mais il a tout entendu. Et il paraît que vous vous avez abîmé l'une de ses motocyclettes, en prime ! Vous avez vraiment fait du beau travail. Chapeau.
- Il s'est passé des choses chez la Labornez, mon adjudant. Des choses pas catholiques, si vous voulez mon avis.
- Je ne le veux pas, merci.
- Chapraut a raison, mon adjudant. Il semble même que des étrangers à l'accent allemand seraient liés à l'affaire. Ça prend une tournure internationale, je pense. Peut-être la Labornez était-elle dans l'espionnage, rapport à son passé dans la résistance. Elle était proche des communistes à ce qu'on dit.
- Labornez est une demi-folle, tout le monde le sait dans le village ! Avec elle et vous, on pourrait penser à ouvrir un hôpital psychiatrique. Il y aurait de quoi le remplir.
- Chef ?
- Quoi, Chapraud ?
- On est mis à pied, chef ?
- Oui
- On a droit tout de même au vélo, chef ?
- Foutez-moi le camp ! Hors de ma vue ! Ouste !
Chapraud et Chapraut, menacés par l'adjudant-chef Le Trouduc a bout de nerf, perdant toute patience et toute mesure, brandissant une règle métallique en guise de sabre d'abordage, s'enfuient de la gendarmerie et se retrouvent dans la rue.
- Il nous a pas cru.
- Je le crois.
- On dirait qu'il n'a pas confiance en nous.
- On dirait bien.
- On a pourtant bien vu ce qu'on a vu.
- Ça me sape le moral, à moi, Chapraut. J'ai comme qui dirait le moral dans les chaussettes et je n'aime pas ça. Il me faudrait quelque chose pour le remonter un peu, mon moral.
- Comme moi, brigadier, comme moi.
- Et si on allait boire un petit calva chez José ?
- Il doit être ouvert à c't'heure.
Les gendarmes bifurquent en direction du café à José. Ils poussent la porte et la clochette retentit. Derrière le comptoir, José voit les duettistes s'avancer vers lui et un sourire apparaît sous sa mince et fière moustache.
- Une petite absinthe, messieurs ?
- Euh... Non... Un calvados, comme à l'habitude, José.
- C'est que dans votre époque, on boit plutôt de l'absinthe, il me semble ?
- Notre époque ? S'étonnent en chœur les brigadiers.
Dans la salle, quelques rires fusent. Les clients se tournent vers les gendarmes et gloussent de plaisir.
- C'est que vous arrivez de loin, selon les rumeurs qu'on entend.
- Je ne comprends pas, dit Chapraud. On arrive de la gendarmerie. Le chef nous a mis à pied...
- Même pas droit au vélo...
Un tonnerre de rires explose.
Chapraud et Chapraut se tournent vers les consommateurs en fronçant les sourcils de contrariété. Ils commencent à comprendre.
- Tentative de manque de respect à l'autorité ! Nous allons sévir !
- Vous êtes à pied ! Tonitrue quelqu'un.
- Ça durera pas, répond Chapraut du tac-au-tac.
- On dit que vous avez testé un prototype de véhicule amphibie ? Lance un autre ?
- Leur réponds pas, dit Chapraud à Chapraut. On sait ce qu'on sait, nous !
- Deux calva, commande Chapraut à José.
- Bien messieurs. Deux calva, deux !
José sert les deux boissons.
- C'est pour la maison, annonce José. C'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de rire.
Les gendarmes boivent leur verre cul-sec et sortent sous un déluge de rires et de quolibets.
- Moi, je dis qu'on n'est pas fous. On va lui faire voir à Le Trouduc, qu'on soit à pied ou pas !
- T'as raison ! On va leur faire voir à tous ce que sont des gendarmes ! Ah ! Rira bien qui rira le dernier !
- On retourne chez la Labornez !
- On y file. A pied peut-être mais on y va.
Les deux compères prennent la route de la maison démolie. Ils marchent en ne faisant plus attention du tout à la population qui les montre du doigt en explosant de rire.
- Ça fait une trotte, tout de même, juge Chapraud au bout de quelques kilomètres.
- Ça, avec la 4L, ça allait plus vite.
- On ferait pas une halte pour se rafraîchir ?
- J'y ai pensé. Nous ne sommes plus bien loin de chez Kermitt.
La veste ouverte, le képi de travers, les deux gendarmes parviennent en sueur sur le perron de la maison de Kermitt. Ils frappent à la porte.
- Gendarmerie ! Ouvrez ! Crie Chapraut.
- Quoi c'est ? Suggère une voix.
- Gendarmerie ! Brigadiers Chapraud et Chapraut !
- Je suis aux vécés. Attendez, j'arrive.
Peu de temps après, les gendarmes entendent une chasse d'eau, une porte qui s'ouvre et se referme et ils parviennent à distinguer une silhouette qui s'approche dans le couloir. Kermitt leur ouvre la porte.
- C'est pourtant vrai que c'est vous ! Vous êtes au courant de l'affaire ?
- L'affaire ?
- Ben oui, bien sûr que vous êtes au courant, je suis bête ! C'est vous, l'affaire ! Et comme on dit au village, les Chapraudt, c'est pas une affaire !
- Attention !
- Vous êtes mis à pied. Tout le monde le sait. Vous venez pour quoi, cette fois ?
- On a soif.
- Entrez. J'ai à boire.
La bouteille de calva est sortie. Trois verres sont disposés sur la table. On dirait un jeu. On remplit les verres, on les vide, on les remplit de nouveau. La règle est simple à comprendre, l'enjeu un peu moins.
- Parlez-nous de la Labornez, Kermitt.
- Il y a rien à en dire qu'on sache déjà, assure Kermitt d'une voix mal assurée. La Labornez, elle a toujours été là autant que je m'en souvienne. J'ai connu son mari, le Yannick. Ils étaient dans la résistance, pendant la guerre. Tout le monde sait ça. Et puis, bon, avec l'âge, elle est devenue un peu folle, la Labornez. Pas méchante, notez. Si vous voulez parler à quelqu'un qui la voit souvent, faut parler au facteur. Un brave gars. Il lui apporte son "Nous-Deux" chaque semaine. Comment qu'il s'appelle déjà ? M'en rappelle plus. Bah ! Il est pas dur de le trouver, il roule dans une 4L jaune.
- Me parlez plus jamais de 4L, s'exclama Chapraud en relevant une tête dodelinante.
- Enfin pour vous dire que la Labornez, elle était bien calme depuis la fin de la guerre et encore plus après la mort de son Yannick. Enfin jusqu'à ces derniers jours, je veux dire ! Parce que là, pardon ! Et que des voitures arrivent et repartent, et que ça explose à répétition, et que ça vous amène de l'étranger voleur de moto ! Et tout ça au nez et à la barbe des gendarmes ! Sauf vot' respect, messieurs.
- Et moi, je dis que la Labornez, il y a anguille sous roche. Et où-ce qu'elle est passée, d'abord ? Hein ? Nous, on y est allé chez la Labornez. On a trouvé la cave et le passage secret et le train électrique. Et Chapraut a parlé à son grand-père, même. Et ça, c'est pas du normal !
- Une cave chez la Labornez ? Première nouvelle ! Jamais entendu parler de ça, moi ! Lâche Kermitt en secouant la tête et en remplissant les verres.
- Merci. Une cave, il y en bien une. Et même, il y a des trucs à y boire !
- Kermitt, on a confiance en vous. Si vous voulez, on écluse cette bouteille et on vous emmène y voir, à la cave à la Labornez !
- Bingo !
Et les verres sont remplis une fois encore. Et une fois encore, ils sont vidés. Et lorsque la bouteille est vidée à son tour, les trois hommes se lèvent et, en équilibre instable, sortent de la maison et prennent la direction de la ruine, objet de toute leur attention. En zigzaguant, ils maintiennent un cap approximatif. Ils ne sont pas partis les mains vides. Dans sa grande lucidité, Kermitt a plongé une bouteille dans la musette qui pend à son épaule. On ne part pas à la guerre sans munitions !
La maison Labornez apparaît en ligne de mire. Il n'en reste pas grand chose. Nos trois gaillards gravissent les gravas et parviennent à hauteur de l'entrée de la cave.
- Ah ! Vous voyez bien, civil ! Il y a une cave !
- Bon sang ! J'savais pas. Respect, brigadier. Vous avez bien mérité un gorgeon.
- Il y en a en bas.
- Et du bon et en quantité !
- On a testé en vue d'analyser. Police scientifique !
Les trois hommes descendent à la cave.
- Là ! Les litres !
- Ah ! On va tester scientifiquement, se pourlèche les babines le père Kermitt en agrippant une bouteille. A la bonne vôtre !
Et le père Kermitt s'envoie une bonne rasade de jus de pomme distillé.
- Mouais... Il vaut pas le mien. Il a comme un goût de pas naturel.
- De pas naturel ? S'insurge Chapraut. Passez-moi ça que j'analyse à mon tour. Chapraut boit et passe la bouteille à Chapraud qui essuie le goulot du revers de la manche avant d'analyser le contenu.
- C'est vrai qu'il a comme un goût. Je préfère le vôtre, Kermitt.
Le père Kermitt fait éclater son plus beau sourire édenté.
- Faut comparer, dit Chapraud, péremptoire.
Kermitt sort la bouteille de sa musette et la tend à Chapraud qui boit une gorgée de calva.
- C'est vrai que le vôtre est bien meilleur question goût.
- Pfff ! dubitative Chapraut. Passez-moi cette bouteille, brigadier.
Chapraut s'enfile une lampée de calva "Kermitt" puis une de calva "Labornez".
- Mouais... OK. Le vôtre est meilleur, d'accord.
Les tests comparatifs continuent tant et si bien qu'à un moment, nos hommes se sentent tout chose.
- Z'avez vu les lumières ? Questionne Kermitt.
- Ah voui. Elles sont jolies.
- Et de toutes les couleurs, ajoute Chapraud.
- Et puis elles bougent joyeusement, dit Chapraut.
- Ça fait comme si qu'elles voulaient qu'on les suive, affirme Kermitt.
- On va les suivre, hein brigadier Chapraud ? Demande Chapraut.
- Tu l'as dit, mon n'veu ! Taïaut ! Sus aux lumières !
Les trois hommes se lèvent et arpentent la cave dans tous les sens parcourant certainement des kilomètres avant de ressortir de la cave et de se diriger vers l'étang proche dans lequel ils s'asseyent avant de sombrer dans un profond sommeil peuplé de rêves emplis de téléphone à manivelle, de barque en cuivre, de train électrique, de bouteilles de calvados, de grand-père gendarme, de motocyclettes diverses et de soif inextinguible.
De passage par là, Henri qui rentre des champs sur sa bicyclette avise nos hommes allongés dans l'étang. Intrigué, il s'approche et reconnaît les gendarmes et le père Kermitt. Tout sourire, il pédale de toutes ses forces jusqu'au café à José où il raconte ce qu'il a vu de ses yeux vus. La nouvelle ne met pas longtemps pour gagner tout le village et les oreilles de l'adjudant-chef Le Trouduc, lequel affrète le dernier véhicule de la brigade pour aller chercher ses hommes qu'il sort de l'eau avec colère. Il raccompagne ses piteux brigadiers à la brigade et les place en cellule de dégrisement. Kermitt, lui, a été déposé sur son perron où il doit encore être en train de ronfler.
Le lendemain matin, les deux brigadiers sont étonnés de se trouver derrière les barreaux. Ils vitupèrent jusqu'à ce que l'adjudant-chef vienne les visiter.
- Bravo, les Chapraudt ! Bravo ! Une fois de plus, vous avez ridiculisé le corps de la gendarmerie. Bravo ! Cette fois, vous êtes bon pour des sanctions disciplinaires.
- On est retourné chez la Labornez, chef ! Il y avait des lumières bizarres.
- Des lumières qui nous demandaient de les suivre ! Ajoute Chapraud.
- Vous étiez saouls ! Complètement ivres ! Vous êtes des bons à rien ! Je vais porter le pet en haut lieu ! Vous êtes bon pour la rétrogradation !
- Mais chef ! Je vous dis qu'il y a des événements bizarres chez la Labornez !
- Ah oui ? Des événements bizarres chez la Labornez ? Vraiment ? Bon. On va y aller, chez la Labornez. On va y aller. Et vous allez me montrer ces événements bizarres. Gare à vous ! Gare à vous ! Vous risquez d'être conduits à la démission et au déshonneur ! Je vous laisse deux heures pour décuver et après, on y va, chez la Labornez !
Deux heures plus tard, trois gendarmes dont deux qui affichent les affres de la gueule de bois arrivent sur ce qui fut la maison Labornez.
- Voyez mon adjudant, là, il y a l'entrée de la cave !
L'adjudant-chef Le Trouduc tire sur sa veste et époussète ses bas de pantalon, excédé.
- Oui. L'entrée de la cave. Bravo ! Et ?
- Et faut descendre, chef. Dit Chapraut.
- Descendons, descendons.
- Voyez, chef ? Tout comme on vous a dit ! Les foudres, les bouteilles, tout !
- D'ailleurs, en parlant de bouteilles... Tente Chapraut.
- Non ! Fini les bouteilles ! F-I-N-I !
- Pour analyse, chef ! Il a comme un goût, ce calva à la Labornez.
- Un goût ? Un goût de quoi ? Un goût de pomme ?
- Oui, aussi. Mais pas que !
- Un goût ? Attendez un instant.
L'adjudant-chef prend une bouteille ouverte et la porte à son nez.
- C'est pourtant vrai qu'il y a comme une odeur étrange.
- Au goût, ça se sent à peine. Assure Chapraut qui espère qu'on lui passe la bouteille.
- On va faire analyser. Vous avez raison.
- On peut analyser nous-même ! S'insurge Chapraut.
- On peut. Ajoute Chapraud.
- On remonte ! Ordonne le chef.
En faisant la gueule, les deux brigadiers sortent de la cave. Le convoi reprend la route de la brigade.
L'adjudant-chef fait parvenir la bouteille de calva aux services d'analyse de la Gendarmerie nationale. Les deux brigadiers sont renvoyés chez eux.
Roland est réveillé par une bonne odeur de café frais. Il s'habille et descend rejoindre tante Etzelle dans la cuisine. Sur la table, un bol l'attend.
- Tiens ! Roland ! Bien dormi ?
- Comme un loir ! Et vous ?
- Très bien, merci. Installez-vous, je vous sers un café. Il n'y a rien à manger, je suis désolé.
- Un bon café noir, ce sera parfait, merci.
Il prend deux morceaux de sucre et les laisse glisser dans le café.
- Je repensais à cette histoire d'Atlantide. Ça ne tient pas la route. Je pense que l'on cherche des indices bien compliqués alors que la solution est sous nos yeux. Si cette solution avait été dans un tableau, ça serait un tableau que j'aurais, pas une carte !
- Sauf s'il faut utiliser la carte en combinaison avec un tableau... ou plusieurs tableaux. Buvez votre café, Roland, il va refroidir.
- J'ai pensé à quelque chose, cette nuit. On m'a laissé tranquille durant des années et tout semble s'être agité d'un seul coup ou presque. Comme s'il s'était passé quelque chose qui avait déclenché l'affaire.
- Vous avez raison. Mais qu'est-ce qui a déclenché tout ça ? Mystère !
- Plus j'y pense et plus je suis persuadé que c'est moi qui ai tout mis en route. Je vous explique. Je suis dans la dèche, j'ai pas un rond et il y a ce Gérard Moyeux qui débarque, pour me saisir, je pense. Et là, c'est moi qui lui parle de mon "trésor".
- Gérard et sa femme, Colette... Vous avez raison. Il faut tenter de comprendre tout ça.
- C'est grâce à ces deux là que l'on remontera jusqu'au Nautilus... Ou jusqu'à autre chose. Enfin jusqu'à un truc qui doit valoir le coup, vu le monde que ça a l'air d'intéresser et les moyens mis en œuvre.
- Gaëlle, Alice et Robert devraient bientôt arriver. On réfléchira ensemble. En attendant, qu'est-ce qu'il vous plairait de manger, pour midi ? Je vais aller faire quelques courses au village.
- Vous pourriez me prendre des cigarettes ?
- Des Gauloises ? C'est ce que fumait l'oncle.
- Oui, ça ira. Par contre, j'ai pas de quoi payer.
- Ce n'est pas grave. J'avance.
- Merci.
La tante Etzelle sort et Roland entend la Peugeot démarrer et s'éloigner. Il va faire un brin de toilette et revient au salon. Il s'installe dans un fauteuil et se saisit du tableau pour l'observer encore.
Le paysage ne lui dit rien. Le bateau ne lui dit pas grand chose non plus. Peu probable que l'un et l'autre existent dans la réalité, se dit-il. Il reste les autres indices. La femme coiffée d'un cône, par exemple. Un cône ! Qu'est-ce que ça peut vouloir dire ? Et si ce cône était une flèche ? Et s'il indiquait une direction ? Avec le doigt, il tente une trajectoire qui se perd dans les nuages. Non. Ce n'est pas la bonne piste. Et si ce cône était une flèche en trois dimensions ? S'il fallait tenir compte de son orientation dans un espace tri-dimensionnel ? Il s'efforce d'imaginer ce que pointerait cette flèche en tenant compte de la disposition de la base du cône. Là, ça pourrait pointer vers la falaise. Enfin ce n'est tout de même pas très probant. Autre chose. Il doit y avoir autre chose ! Bon sang ! Le nom du bateau ? Saint Michel III... Possible. Le bateau de Jules Verne. Ça ne peut pas être un hasard. Il ne peut pas être là par hasard, bon sang. Quel rapport entre ce bateau, le cône et le Nautilus ?
Roland repose le tableau et va dans la cuisine se servir un verre d'eau au robinet. Par la fenêtre, il observe le paysage triste sous la pluie et dans le vent. Il revient au salon et s'approche de la bibliothèque. Des tas d'ouvrages sur les voiliers et sur la peinture, des romans, des atlas. Sur une étagère, il avise une loupe. Il s'en saisit et revient vers le tableau. Il s'assied dans un autre fauteuil et il commence à observer le tableau à l'envers. Il approche la loupe et cherche des détails qui auraient pu lui échapper. Pas d'inscription cachée, pas d'indice, rien. Il pose la loupe et laisse reposer son menton dans ses mains ouvertes, le regard perdu dans la peinture. Le cône. Toujours le cône ! Il le sent, la solution est là. Une intuition.
La carte. Il faudrait que Robert, Gaëlle et Alice arrivent avec l'autre tableau et la carte. Il faut regrouper tous les éléments.
Plongé dans ses pensées, Roland va faire du café. Il vide la chaussette de la cafetière, la passe sous l'eau, verse quelques cuillères de café et fait chauffer de l'eau dans une casserole. Lorsque celle-ci frémit, il la verse dans la cafetière et plonge la chaussette dans l'eau. Il pose la cafetière sur le dessous de plat de la table et s'assied. La voiture de tante Etzelle se fait entendre. Roland se lève et va chercher un autre bol pour elle.
Tante Etzelle entre avec ses courses.
- Ils ne sont toujours pas arrivés ?
- Toujours pas. Il ne vont pas tarder. Un café ?
- Volontiers.
- J'ai observé le tableau. J'ai le sentiment que la clé est dans la coiffe de la figure de proue que l'on voit aussi sur l'autre tableau. Par contre, je n'arrive à rien.
- Buvons notre café. J'ai pris du poisson. On le fera avec des pommes de terre vapeur. Ça vous va ?
- Très bien, oui. Vous voulez que j'épluche les patates ?
- Il y a un économe dans le tiroir de la table, je crois.
Roland va prendre les pommes de terre dans le cabas.
- Je prévois pour les autres ?
- On ne sait pas quand ils arriveront. Et puis, je n'ai pris du poisson que pour nous deux.
...
- Il faut faire un constat amiable !
Arthur est allé chercher le formulaire dans l'épave de la 4L jaune et le brandit bien haut.
- Je ne suis pas en tort. C'est vous qui m'êtes rentré dedans, ajoute-t-il d'un ton impérieux.
- Tout à l'heure, tout à l'heure, élude Robert
- Ça commence à bien faire ! hurle le facteur. J'en ai marre, moi ! J'ai du courrier à distribuer et je suis loin de ma tournée réglementaire. Je n'ai rien à voir avec vos histoires. Moi, je veux revoir Pont-Aven.
- Oui enfin c'est pas avec votre épave que vous allez vous y rendre, à Pont-Aven. déclare Alice.
- On fait quoi alors ? Demande Gaëlle. L'ambulance est en piteux état elle aussi.
- Elle doit pouvoir rouler, juge Robert de retour d'une inspection rapide. Il y a un phare qui pend et le pare-choc qui est bien défoncé mais ça devrait aller. Par contre, on fait quoi de Gérard et du facteur ?
Gérard est assis sur le talus à proximité immédiate de la crise de nerf. Il semble totalement abattu. Gaëlle, elle, est partie à l'arrière de l'ambulance. On l'entend fredonner une chanson à sa manière. On la voit revenir lestée d'une bouteille d'oxygène. D'un pas décidé, elle se dirige vers Gérard qui lève les yeux vers elle juste au moment où, brandissant le cylindre d'acier, elle frappe.
- Pour ce Gérard de malheur, c'est réglé ! jubile Gaëlle. Pour le facteur, par contre...
- On l'emmène avec nous, décide Alice.
- Et mon constat ?
- On verra.
- Et ma 4L !
- Elle est morte.
- Et le courrier !
- Il attendra.
On entrave les mains et les pieds de Gérard avant de le basculer de l'autre côté du talus. Il s'écrase dans les sillons d'un champ labouré. De la plaie de sa tête s'échappe un sang vermeil et impur.
N'écoutant pas les jérémiades du facteur, on le pousse dans l'ambulance. Robert le surveille, Alice prend le volant et Gaëlle caresse amoureusement la bouteille d'oxygène.
- C'est reparti !
- Direction Barfleur !
Alice manœuvre pour éviter l'épave de la 4L jaune et presse l'accélérateur.
- Barfleur, nous voilà !
...
- Allo ? Adjudant-chef Le Trouduc, brigade de Pont-Aven.
- Mes respects mon adjudant. Brigadier-chef Poulet, mon adjudant. C'est rapport à l'analyse du contenu duquel au sujet vous avec demandé analyse.
- Ah bien ! Très bien ! Alors ?
- C'est du bizarre, mon adjudant. Du très bizarre. On a analysé comme on a pu mais on a préféré faire appel au laboratoire général.
- Mais vous, vous avez vu quoi dans vos analyses ?
- Une légère glycémie et de légères traces d'albumine, chef
- L'analyse du contenu, pas de vos urines !
- Au temps pour moi, chef. L'analyse a permis de détecter comme qui dirait une sorte de substance hallucinogène sensiblement comparable au LSD, chef !
- Voilà qui explique certaines choses. Et rien d'autres ?
- Si chef. Il y aurait aussi comme qui dirait de la substance aphrodisiaque.
- Fichtre ! Merci. Et c'est tout ?
- Non chef. Il y aurait aussi de la pomme.
- Merci, brigadier.
...
A la fabrique de bébés, Lafleur lance un lugubre rire sardonique. Son entreprise ne semble plus rien avoir à craindre des malveillants. Il va pouvoir continuer à mener à bien sa terribre mission ! Les chaînes de production tournent à plein régime et crachent ses pilules contraceptives frelatées qui, au lieu d'éviter la grossesse poussent les femmes à la débauche sexuelle tout en les rendant extraordinairement fécondes. Il est content, Lafleur. Il sent qu'il est proche de la réussite totale de son formidable complot. Bientôt, il mettra la main sur le Nautilus et, alors que des enfants naîtront par dizaines de millions à la surface de la planète, lui pourra vivre seul au fond des océans ! L'accroissement de la population mondiale provoquera guerres, pénuries et hécatombes. Il remontera à la surface lorsque celle-ci sera suffisamment nettoyée. Il lance un rire encore plus effroyable et retourne se concocter un cocktail. Il est heureux, Lafleur !
lundi 11 février 2013
Aujourd'hui, j'ai continué à m'amuser à tenter de faire ce que je cherche à faire avec des serveurs et du Linux. J'ai buté sur un truc tout bête avant de comprendre mon erreur.
Pour faire simple, j'ai un serveur Dell avec 2 To de disque dur. Sur ces deux téraoctets, j'en réserve un peu pour le système et je formate le reste en ntfs pour faire du partage de fichiers à destinations de postes sous Windows à travers le réseau local et en utilisant samba.
Déjà, le serveur Dell a une carte RAID qu'il faut faire reconnaître à Linux. Ça, ça n'a pas posé trop de difficultés. Après, il faut faire un partitionnement de ce disque RAID avec une partie pour les multiples partitions de Linux et une grosse partition pour les fichiers qui seront partagés. J'utilise GParted pour faire cela et ça se passe globalement pas trop mal.
Pour le partage de fichiers, j'utilise donc Samba. J'installe Samba et je vais modifier le fichier de configuration. Et c'est là que ça a commencé à ne plus trop bien aller. Disons que tout semblait être en ordre mais que le nom du serveur n'apparaissait pas dans la liste des serveurs, ni sur Mac ni sur Windows. J'ai repris et refais le fichier de configuration plusieurs fois avant de comprendre que c'était tout simplement le nom du serveur qui était trop long. C'est vraiment idiot. Enfin maintenant, le serveur apparaît bien et on a accès au partage... sauf que l'on est limité à la possibilité de lire les données. On ne peut ni écrire ni modifier les données. Je verrai ça demain. Je dois être en bonne voie.
L'idée, pourtant, ne s'arrête pas là. J'aimerais que le Linux gère les accès au partage en utilisant l'Active Directory de Windows. Dans l'idéal, les utilisateurs n'auront pas à s'authentifier pour peu qu'ils aient un compte dans cet Active Directory. De même, ça me permettrait d'attribuer des droits selon les utilisateurs. J'hésite entre ça et le fait de créer un dossier pour chaque utilisateur qui soit fermé aux autres utilisateurs. A priori, personne n'a à aller chercher quoi que ce soit chez le voisin. Je vais voir.
Mais là où ça risque de bigrement se compliquer, c'est que j'aimerais connecter un NAS à ce serveur en iSCSI. Je ne connais rien à cela mais d'après ce que j'ai compris, c'est jouable. Et là, c'est un NAS de 8To ! On va avoir de la place pour mettre plein de trucs.
Sinon, ce soir j'ai mangé un truc qui m'a fait penser à ce que l'on préparait à notre chien lorsque j'étais jeune et que nous avions un chien. C'était un chien de marque "berger allemand" et mes parents l'avaient appelé "Fourcade", rapport aux cheveux coiffés en brosse du ministre giscardien de l'époque. Et donc, à ce chien, mon père préparait un truc qu'il appelait "poupouille". C'était bien souvent des déchets de viande donnés par le boucher mélangés à des pâtes pour chien. Fourcade mangeait sa "poupouille" avec appétit.
Et donc, j'ai tenté de faire une "poupouille" adaptée au goût humain. Je l'ai mangée. Je ne suis pas certain que je referai.
Demain, feuilleton. C'est moi que j'ai écrit l'épisode. J'ai fait ça vite fait.
samedi 9 février 2013
Un billet dans lequel on parlera tout à la fois de dessins pas faits, de scanner pas acheté, de livre pas encore lu, de neige qui ne bloque pas les routes et, accessoirement, de haricots.
Puisque je ne me suis toujours pas décidé à acquérir un nouveau scanner, je ne dessine plus. C'est, je n'attends pas que vous me le disiez, une très mauvaise excuse. Ce n'est pas une excuse. Il se trouve que cette panne de scanner est peut-être bien tombée et que le peu d'entrain dont je fais preuve pour m'équiper d'un nouvel appareil cache peut-être bien seulement le peu d'envie de dessiner actuel.
Dans ma vie, je n'ai pas toujours eu de scanner, d'ordinateur, de connexion à Internet, de blog. Je dessinais bien avant tout cela. C'est juste que, pour le moment, je n'ai pas envie de dessiner, c'est tout. Il me semble que, en ce moment, j'ai envie que l'hiver se termine. J'ai aussi envie de lire. J'ai commencé un nouveau bouquin, de Arto Paasilinna. Ce n'est pas le meilleur que j'ai lu de cet auteur. Le problème, c'est que je crains d'avoir lu le meilleur. Enfin, ce n'est tout de même pas si mal. Je vous en parlerai peut-être, si je considère que ça en vaut la peine. Là, j'en suis à un petit quart.
Aujourd'hui, on a eu une météo un peu bizarre. Il a neigé, il a plu, il est tombé du grésil et il y a même eu un peu de soleil. La nuit dernière, les températures sont passées sous la barre des zéro degré. On annonce de la pluie ou de la neige pour demain. Un copain m'a appelé hier pour me dire qu'il avait eu deux centimètres de neige chez lui ! Il habite à une trentaine de kilomètres de chez moi. Il semblait à la fois affolé et réjoui de toute cette neige. Je lui ai fait remarqué que deux centimètres de neige, ce n'était tout de même pas une affaire. D'autant moins qu'elle ne tenait pas sur les routes. Lui a voulu y voir un signe qu'il ne pourrait pas aller au boulot lundi. Je me suis dit que ce copain n'était pas bien à son travail.
Ce soir, j'ai mangé un plat que j'ai préparé durant une partie de l'après-midi. Des haricots avec des saucisses et aussi de l'oignon, de l'ail, de la graisse de canard, du sel et du poivre. Et bien ma foi, ce n'était pas mauvais du tout. J'ai hésité à mettre des tomates en boîte. J'ai hésité et puis je n'en ai pas mis. Je pense que c'est aussi bien comme ça. Ce qu'il y a de bien, c'est qu'il m'en reste pour demain soir. Si j'avais su, j'en aurais fait plus et j'aurais sur quoi manger lundi soir. Je manque cruellement de discernement, par moments.
Quoi que, à y bien réfléchir, je me dis que je suis tout de même capable de m'acquitter du billet du jour en racontant n'importe quoi et surtout en disant ce que je n'ai pas fait. Et ça, tout de même, en matière de foutage de gueule, c'est du grand art.
vendredi 8 février 2013
Je viens de terminer le premier volume de la trilogie "Underworld USA" de James Ellroy, "American Tabloïd". J'ai envie de lire les deux autres volumes.
En un peu moins de huit cents pages, James Ellroy nous ouvre une porte sur cinq années de la vie politique des Etats-Unis d'Amérique, de novembre 1958 à novembre 1963 et l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, sur fond de mafia, de FBI, de CIA, de Baie des Cochons et de la vie de trois personnages principaux qui courent tout du long de l'ouvrage.
C'est le premier livre de James Ellroy que je lis. Je ne suis pas déçu. Il parvient à dépeindre une atmosphère noire et pesante ; à donner corps aux complots et trafics d'influence. Les USA sont présentés sous des traits peu reluisants comme un pays où le pouvoir est corrompu et acoquiné à la mafia.
Drogue et alcool, sexe et crime, racisme et complot, James Ellroy ne semble pas chercher à épargner son pays. Ce livre est sorti en 1995. Le dernier de la trilogie a été édité en 2010. Bien qu'il soit dit qu'il s'agit d'un roman, on ne peut s'empêcher de penser que ce livre regorge de vérités, toutes bonnes à dire.
jeudi 7 février 2013
Lorsque je suis arrivé à Azerat, il y avait une maison de l'autre côté de la route, presque en face de chez moi. Peu à peu, je l'ai vue se dégrader.
On place des pierres les unes à côté des autres et les unes sur les autres. On finit par faire des murs et des maisons. Ces maisons vivent le temps qu'elles vivent et puis elles meurent dans l'indifférence générale. Azerat est une drôle de commune. Si les bourgs qui entourent la commune sont, du moins pour certains d'entre-eux, plutôt jolis, le centre du village tombe en décrépitude peu à peu. Autrefois, les maisons qui menacent de ruine étaient habitées. Que s'est-il passé pour qu'elles soient abandonnées ? Mystère. On parle à mots couverts d'histoires mal négociées de successions hasardeuses. Toujours est-il que la traversée du village sur ce qui était la route nationale 89 offre un spectacle peu reluisant de la commune. On peut s'amuser à compter les maisons ou locaux abandonnés ou inoccupés. Ça me fait penser à ces villes fantômes du far-west. Sauf que, jusqu'à preuve du contraire, il n'y a jamais eu de ruée vers l'or dans les environs proches.
Alors que s'est-il passé ? Est-ce la traversée de la route nationale qui a dissuadé les gens de venir habiter là ? Ce n'est pas impossible. Cette route est bien empruntée et il n'est pas très agréable d'entendre le passage des véhicules à longueur d'année. Ce ne doit pas être la seule raison. Peut-être est-ce aussi un manque de dynamisme et de volonté de la commune et des personnes qui la gèrent. Azerat a toujours été un petit village mais il fut un temps où on y trouvait plusieurs cafés, une boulangerie, un restaurant. Il paraît qu'il y aurait eu un boucher et une épicerie. Il ne reste de tout cela qu'un complexe rural qui fait épicerie-tabac-café-restaurant et un garage automobile. D'ailleurs, j'ai appris aujourd'hui en allant commander du fuel qui devrait m'être livré dans la soirée que le garagiste prenait sa retraite dans quelques mois. Il me faudra trouver un autre fournisseur.
mercredi 6 février 2013
Ce mercredi se termine. Je vais bientôt aller me coucher parce que je n'ai rien de mieux à faire.
Ce soir, je rentre assez tard. Je me suis arrêté à l'hypermarché pour faire quelques courses avant de rentrer. J'ai eu la flemme de me faire à manger alors j'ai grignoté des trucs froids.
Dimanche en fin d'après-midi, la chaudière s'est arrêtée. Plus de fuel. Plus de fuel, plus de chauffage. Logique. Parce que je suis un procrastinateur de première bourre, je me suis fais la promesse de téléphoner à mon fournisseur de combustible dès le lundi matin pour livraison le lundi soir. Lundi soir, je me suis promis de le faire à la première heure le mardi matin et le mardi soir, je me suis dit que c'était bien désagréable de vivre dans le froid et que je ne manquerais certainement pas de passer commande le mercredi matin. Ce matin.
Ce soir, je me demande si demain ne serait un bon jour pour commander du fuel. Avec un peu de chance, je pourrais remettre la chaudière en route dès jeudi soir ! Ce serait vraiment une bonne nouvelle. Ceci dit, cet épisode cocasse m'a permis de retrouver le bonheur de se coucher dans un lit glacé et d'être comme paralysé par le froid. Une sensation exquise, vraiment. On reste là, dans les draps, la couette tirée jusqu'au nez et on ne bouge pas tant que la chaleur de son corps a réussi à dissiper assez de calories pour que l'on s'hasarde à bouger un pied. Il y en a qui n'aime pas, ceci dit.
Hier soir, l'éclairage public était éteint, à Azerat. Parce que je m'étais levé tôt, vers quatre heures trente, je me suis couché peu après avoir mangé. J'ai lu quelques chapitres du bouquin en cours et puis je me suis endormi. Ce matin, l'éclairage public n'était pas revenu. J'ai été obligé de prendre une lampe de poche pour ne pas me casser la gueule dans l'escalier. En comparaison avec chez moi, je trouve que l'on chauffe beaucoup trop au boulot; Il y fait vraiment trop chaud. D'autant plus que je m'habille pour chez moi. Je serais patron de cette entreprise, je ferais de bonnes économies de chauffage. Et ce serait bon pour la planète.
Ce matin, j'ai continué de configurer un serveur sous Linux. Cet après-midi, je suis passé à une autre occupation, comme souvent les mercredis après-midi. J'aide quelqu'un à construire un site Internet. Normalement, je devrais travailler durant trois heures mais il m'est toujours difficile de laisser ce qui est commencé en plan. En fait, souvent il faut que l'on me fasse comprendre qu'il est l'heure de partir. Et puis, je pousse le vice jusqu'à amener du travail à la maison. Je pense que je ne suis pas vraiment net. Ou masochiste, peut-être ?
Mais bon, donc, ce soir il ne fait toujours pas bien chaud, chez moi. J'ai tout de même eu l'idée de brancher un radiateur à bain d'huile pour faire croire qu'il fait chaud.
mardi 5 février 2013
Profitant d'une inattendue faille spatio-temporelle, les brigadiers Chapraud et Chapraut font d'étranges découvertes avant de finir dans un étang humide. En un autre lieu, on s'aperçoit que le tableau qui fait l'objet de toutes les attentions n'est pas le bon. Ailleurs encore, un homme se fait un cocktail. Arielle nous livre une suite qui explique peut-être certains points.
Flic, flac, floc au bord de l'étang.
Réveillés par l'eau glacée, Chapraud Léon Noël et Chapraut tout court viennent, après maintes acrobaties pour s'extraire de la voiture, de regagner les bords de l'étang. Ils forment un duo comique les brigadiers. Complètement trempés et imbibés d'eau — une fois n'est pas coutume — ils avancent péniblement engoncés qu'ils sont dans leur uniforme. Flic par ci, flac par là, ils s'affalent sur le sol dans un grand floc.
- Quelle affaire, dit Chapraud.
- Ça pour une affaire, c'est une drôle d'affaire, répond Chapraut.
- J'ai l'impression qu'on nous a assommés, dit Chapraud en tâtant son crâne endolori.
- Et poussés, oui poussés dans la flotte, rajouta Chapraut avec l'air indigné de celui pour qui l'eau est le pire des maux. L'insulte suprême.
- On est bon pour une mise à pied avec la 4L au fond de l'étang... Brigadier Chapraut ! Jamais le commandant Le Trouduc ne va croire que j'ai parlé à mon défunt grand-père !
- Et que des inconnus nous ont balancés à la flotte, insiste Chapraut.
- Notre compte est bon. Vous n'auriez rien à boire ?
- Si. J'ai sauvé ma flasque.
La flasque de calvados passe de l'un à l'autre. Ragaillardis, les brigadiers se remémorent leur étrange intrusion dans le passé. Ont-ils rêvé ?
- Il faut en avoir le cœur net, brigadier Chapraut. Retournons enquêter à la capitainerie.Tout ça est louche. Au fait brigadier, c'est quoi votre prénom ?
- Léonel, brigadier.
...
A la station Shell, de Charybde en Scylla, rien ne va plus.
Des "Hans" visiblement déréglés courent dans tous les sens. Colette tente de reprendre le contrôle sans succès.
L'appli "Zorglhomme" ne répond plus. Colette s'énerve, jure, tape du pied. Rien n'y fait.
- Passe-moi ça, dit Freddy. Je vais essayer.
- Vas-y, si tu te crois plus malin, répondit Colette rageusement en lui tendant l'engin.
Sous les yeux médusés du caissier, du facteur et de Gérard, les bras ballants, des "Hans" se mettent à cogner sur les voitures en stationnement, d'autres s'approchent de la boutique d'un pas décidé. Marie sort en criant.Terrorisée, elle se précipite vers Freddy qui tente vainement de faire fonctionner l'appli.
- Tu la connais ? demande Colette à Freddy.
- Mais oui, une amie d'enfance, je t'en ai parlé. Fiche-moi la paix bon sang ou on y arrivera jamais !
- Ah c'est comme ça réplique Colette en lui arrachant le téléphone des mains. Et toi la poufiasse dégage.
- Mais pour qui vous prenez-vous ! dit Marie.
Colette fonce sur Marie et lui balance une torgnole. Celle-ci réplique aussi sec. Freddy tente de les séparer. Dans la bagarre, le téléphone s'écrase sur le sol en émettant des bips prolongés avant de rendre l'âme dans un dernier bip exténué. Dans un premier temps, les Hans se figent, puis ils repartent de plus belle dans tous les sens offrant le spectacle d'un ballet mécanique effrayant.
Devant la tournure prise par les événements, le caissier fonce vers la dépanneuse en criant qu'il va chercher du secours à la gendarmerie. Plus aucun portable ne fonctionne, autre effet secondaire de l'appli Zorglhomme qui a brouillé les ondes lors du crash du portable high tech.
Au mot gendarmerie, Gérard reprend le dessus.
- Vite, dit-il à Arthur on se casse.
Arthur ne se fait pas prier et démarre la jaune 4L salvatrice qui croise le Land de Pedro et Francis de retour.
- Il faut prévenir le patron, dit Francis devant le spectacle du ballet fou des Hans.
- Non. On fait demi-tour d'abord, répondit Pedro en avisant un groupe de "Hans" s'approchant dangereusement des pompes à essence.
Les Hans viennent de soulever les pompes et les balancent à terre. Le fracas interrompt le pugilat en cours. Marie et Colette hurlent. La station n'est plus qu'odeur d'essence, fumée brune s'échappant des pompes massacrées, boutique sens dessus dessous.
- Le camion, dépêchez-vous, crie Freddy. S'il est encore temps…
Sur la route, Gérard, Arthur et la 4L sont secoués par une forte explosion.
- Merde, s'exclame Gérard en se retournant. Ça vient de la station. Il y a des flammes.
- Je voudrais revoir Pont-Aven, je voudrais livrer mes colis, murmure Arthur choqué par les péripéties qu'il vient de vivre.
- Ah non pas question ! Direction Le Mans !
- Mais vous êtes fous dans la famille ! Hier Barfleur, aujourd'hui Le Mans. Je suis à La Poste moi m'sieur, pas à la SNCF ! Tiens, j'aurais mieux fait d'acheter un billet de loterie ou de me casser une jambe !
- Colette voulait aller à Barfleur ? Mais pourquoi donc se demande Gérard.
...
A la villa " La Falaise " la mal nommée, l'heure est aux départs.
Il sirote satisfait son rhum ananas en se renversant dans son fauteuil Lafleur. Il peut. Maurice vient de lui confirmer la réussite de l'opération "Barfleur". De son coté, in extremis, il a pu reprendre le contrôle de Günther. Ce soir, il est le maître du monde.
Günther est installé et mis en veille à l'arrière du véhicule. Uma aurait bien aimé en découdre avec ce sous cyborg à la jambe de bois qui technologiquement ne lui arrive pas à la cheville. Mais au fond, après ces cinq semaines de placard, c'est déjà bien d' être de nouveau fonctionnelle.
Elle sourit à Maurice. Il raccroche le téléphone, embraye et démarre. Mission accomplie, se dit-il. A l'idée d'avoir de nouveau à remiser Uma, son humeur s'assombrit et le ciel aussi. Les goélands poussent des cris plaintifs. A grands fracas, la mer se brise. Le soir tombe sur Barfleur, ville flottante dans la brume. Un halo crépusculaire s'enroule autour de la lune. Au loin, Gattevile, phare du bout du monde, scintille. Peut-être obtiendra-t-il de Lafleur de garder Uma comme assistante.
A l'intérieur de la villa, les bolées se remplissent de cidre.
- Sale temps. Pas le jour à faire une promenade en mer, même avec le Nautilus hein ! dit Roland en riant.
- On est bon pour une tempête. Foutues tempêtes. Sans elles mon Yannick… Halala… un sacré p'tit bonhomme mon Yannick. Il n'a pas mis quinze ans pour être capitaine et pendant la guerre, ah pendant la guerre un vrai forceur de blocus...
- Allez cousine, reprend donc une bolée, dit Roland en allumant une cigarette. Ah que c'est bon après tout ce tintouin. Tu crois que c'est encore un coup de ton pote Lafleur ?
- Y a des chances ! Il est tenace.
- Raison de plus pour aller chercher le tableau au plus vite, déclare tante Etzelle. Même celui qu'il vient de récupérer peut le mettre sur la voie, il ressemble tellement à l'autre. Mais nous avons une longueur d'avance.
- Laissons le temps à Robert de récupérer. Mais zut, tu saignes dit Alice à Robert. Montre-moi ça.
- C'est rien dit Robert en grimaçant.
- Tu parles ! Tu t'es entaillé le poignet oui ! Viens dit-elle de sa voix douce, il faut suturer, c'est plus prudent.
Robert se laisse faire par Alice. Il frémit mais ne sait plus vraiment de l'aiguille ou d'Alice quelle est la cause de cet émoi.
Toujours aussi pragmatique, tante Etzelle propose à Roland de partir de suite en éclaireur pour la maison du grand oncle. Alice, Gaëlle et Robert les rejoindront plus tard. Bravant la pluie et le vent, la fidèle 404 s'avance dans la nuit.
- Sacrée voiture que vous avez là, Etzelle, déclare Roland. Tout à fait le genre à plaire à Robert.
- C'est vrai répondit Etzelle. Lui et feu mon époux ont ce goût en commun. Les vieilles guimbardes. Et vous Roland ?
- Quoi moi ?
- Une marotte ?
- Non. Pas vraiment en dehors de l'ancêtre Jules. Je collectionne plutôt les galères depuis tout petit. Je ne sais même pas qui est mon père. Verne, c'est le nom de ma mère. Isabelle Verne dite "Balie" ! C'est sa sœur qui m'a élevé, une brave femme. Mais je vais pas vous ennuyer avec tout ça Etzelle.
- Pas du tout, continuez Roland.
Et Roland de lui conter son enfance dans le petit deux pièces mansardé d'un immeuble sans ascenseur au pied de la Butte Montmartre. Tous les jours à une heure trente précise, sa tante Julie se rendait au cinéma l'Excelsior. N'allez pas croire que c'était pour le plaisir. Son boulot, ouvreuse. Son salaire, les pourboires.
Roland se débrouillait alors seul jusqu'à son retour après la dernière séance. A la sortie de l'école, il flânait avec les copains avant de rentrer. Au programme : partie de billes, parties de rires, parties de cache-cache. Une enfance heureuse et libre somme toute. Plus tard, Julie, l'emmena avec elle les jeudis. Ainsi il prit goût, et aux esquimaux, et au septième art. A cette époque, avec les copains , ils en étaient aux BD et au 45T. Aux rires étouffés quand ils croisaient les filles. Et parmi les copains, il y avait eu Robert.
Roland n'était pas bête, mais l'école l'ennuyait. Pour aider sa tante, il rendait de menus services rémunérés aux gens du voisinage. Il avait pris en outre l'habitude de revendre aux puces tout ce qu'il trouvait de récupérable dans les poubelles alentours. Ces petits trafics l'intéressaient bien plus que les cours de sciences naturelles consacrés à la reproduction des oursins. Bref, quand, grâce à Julie, il lui fut proposé d'entrer à l'Excelsior comme apprenti projectionniste, il sauta sur l'occasion et quitta l'école.
Robert lui, issue d'une famille plus aisée, trouva un compromis avec son père qui le voyait déjà lui succéder à l'étude notariale. Lui n'y tenait pas. Une vie d'ennui réglée comme du papier à musique, ce n'était pas pour lui. Il s'inscrivit dans une école de journalisme pour avoir la paix. Son père finit par se faire une raison.
Gamin, il s' était pris de passion pour les automobiles et adolescent pour… Jules Verne. C'est au cinéma où travaillait Roland que les deux compères avaient découvert l'univers de Jules au travers des adaptations cinématographiques de son œuvre. Ces films, ils les avaient vus et revus maintes fois depuis la cabine de projection, jusqu'à les connaître par cœur. Bien sur, l'intérêt pour Jules, venait aussi de leur ascendance. L'un descendant direct de Verne, l'autre d'un ancien comparse de ce dernier. Ils rêvaient déjà d'aventures et de voyages extraordinaires.
Et puis, ils se perdirent de vue. Ce n'est qu'à la mort de Julie que Roland reprit contact avec Robert. Le testament de sa tante n'était pas vraiment celui d'une excentrique. L'héritage ne pesait pas bien lourd, des bibelots et des effets personnels sans valeur aucune et parmi eux la fameuse carte à laquelle elle n'avait jamais prêté attention. Au chômage, couvert de dettes, Roland pensa qu'il pouvait peut-être en tirer quelque chose. C'est à partir de là que naquit "la quête du Nautilus". Ils décidèrent de réunir le maximum d'informations. Ils n'avaient rien à perdre.
Entre-temps, Robert avait débuté une carrière de journaliste free-lance financièrement des plus aléatoires avec la presse automobile. C'était le prix à payer pour une certaine liberté. Il couvrait des événements divers : rallyes, courses, salons, concentrations de vieux tacots etc. Il écrivait bien et son style non dénué d' humour recueillait la faveur des lecteurs. La mort de son père lui ayant laissé quelques subsides, il en consacra la plus grande partie voire tout à "ses croisières" dont il ramenait des reportages pour les journaux. Ayant croqué presque tout son héritage, quelque peu désœuvré, la proposition de Roland tombait à pic.
Jules avait de nouveau réuni les deux amis autour du Nautilus. Rêve de gosses ressurgi du passé, promesse d'aventures.
- Ainsi vous étiez en classe avec Robert, dit Etzelle en rétrogradant avant de négocier un tournant. Mais j'y pense… Mais, oui, vous êtes venu tout gamin, un été, à la maison du grand oncle ! Un rien vous extasiait ! Ce que vous étiez pâle...
- Un grand jardin, des pommiers... Oui, oui , répondit Roland. Maintenant que vous le dites. C'était donc vous la dame ?
- Eh oui, dit Etzelle en riant.
La 404 remonta l'allée. Ils étaient enfin arrivés. Malgré l'heure tardive et la fatigue, ils prirent le temps de dîner d'une omelette aux lardons. Puis, au lieu de se coucher, ils ne résistèrent pas à l'envie d'examiner le deuxième tableau. Confortablement installés dans les fauteuils du bureau, un verre de calva à la main, ils regardaient le tableau posé à leurs pieds contre la table basse.
- Tu vois la différence Roland ?
- Euh... pas vraiment. Le bateau, la falaise, le village perché... Peut-être le creux dans la falaise ?
- Oui et pas que le creux, il y un comme l'entrée d'une grotte à gauche du creux. Et autre chose, regarde comme le village aérien est blanc et la baie plus incurvée que sur l'autre.
- Euh ?
- J'ai bien l'impression que le grand oncle a réuni deux lieux sur un même tableau ! Un en normandie et un ailleurs.
- Le bateau, c'est le portrait craché du Saint-Michel III, la maison à vapeur de Verne. Enfin, si on enlève la figure de proue. Mais j'aurais dû le reconnaître sur l'autre bon sang !
- L'autre était bien abîmé et nous étions tellement concentré à deviner le nom du bateau que cela t'aura échapper.
- Parlons-en du nom! Le Saint-Michel baptisé Astarté comme vous nous l'avez dit et avec une figure de proue représentant... ben ça alors.
- Eh oui. Une femme en figure de proue c'est banal mais avec une coiffe conique moins !
- Je n'y comprends rien, répondit Roland. En tout cas chapeau Etzelle d'être arrivée à vous concentrer sur le nom du bateau en plein charivari ! Quel flegme !
Etzelle sourit et déclare :
- Le grand oncle insiste beaucoup sur Astarté, l'Aphrodite des Grecs et ce village perché si blanc. Cette baie presque fermée. Tout ça me fait penser à Santorin , le volcan d'or, mais égaré...
- A Etretat, répondit Roland en rigolant. C'est absurde !
- Pas si on considère que pour certains Santorin, c'est l'Atlantide.
- Oh putain ! Pardon Etzelle. Et que Nemo et son Nautilus ont abordé l'Atlantide ! Le Nautilus est peut-être à Santorin. Hein ?
- Nous avons beaucoup d'éléments mais je ne sais pas trop quoi en penser. Ton ancêtre et le mien ont beaucoup bourlingué avec les différents bateaux de Verne. Le long des côtes normandes, bretonnes, et bien d'autres... Ils ont même passé le détroit de Gilbraltar, pardon de Gibraltar, et sillonné la Méditerranée. Il y a de forte chance pour qu'ils aient fait escale à Etretat. Mais que faire de tout ceci.
Roland alluma une cigarette.
- Je peux ?
- Mais oui Roland ! Mon mari, paix à son âme, était un grand fumeur.
- Regardez Etzelle, à côté de l'aiguille creuse, on dirait l'entrée d'un tunnel pas une cavité naturelle ! Il n'est surement pas là par hasard. Un souterrain au ras de l'eau ? On se croirait de nouveau dans un roman de Jules.
- Hum, sauf qu'à Etretat ce tunnel n'existe pas, il doit être ailleurs. Allons nous coucher Roland. Nous verrons bien demain avec les autres. Là, nous n'arriverons plus à rien. Je vais vous préparer la chambre où vous avez dormi enfant avec Robert.
...
Villa La Falaise, seconde partie. Quand Cupidon s'en mêle.
Après souper. Gaëlle monte se coucher. Alice et Robert s'installent sur le canapé, incapables de décider à qui reviendrait la chambre. Pour Alice, elle doit revenir au blessé. Robert ne veut rien entendre. C'est au tour d'Alice de profiter de la chambre. A force de les entendre tergiverser et bavarder jusqu'à plus soif, le lit se dit qu'après avoir supporté le poids de Roland et Robert, peut-être que cette nuit il dormirait tranquille.
Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir, au petit matin, qu'il avait recueilli en son sein les corps dénudés d'Alice et Robert... J'ai vraiment dû dormir comme du plomb se dit le lit !
Quand Gaëlle les rejoint pour le café, elle n'est pas dupe de leur nouvelle complicité. De nouveau elle pense à son Yannick.
"sur les bancs publics, tu me fais tourner la tête" fredonne Gaëlle. Et tous de rire.
- Allez, il faut y aller, dit Gaëlle.
Ce fut au tour de Robert de tâter de la couchette de l'ambulance. Alice prit le volant. Gaëlle monta à côté. Et les voilà partis à vive allure. Trop peut-être. Un peu plus tard, après avoir bifurqué sur la nationale l'ambulance percuta une 4L jaune. En fait, personne ne put affirmer qui de La poste ou de l'hôpital percuta l'autre.
Arthur descend de la 4L. De plus en plus déboussolé, il s'exclame :
- Ah ben forcément elle va beaucoup moins bien marcher maintenant. Comment je vais faire moi pour livrer son " Nous-Deux " à Maame Labornez hein ?
A ces mots, Gaëlle se retourne étonnée.
- Arthur !? Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Ah, c'est vous ma'ame , répond Arthur en courant chercher le magazine trop heureux d'avoir enfin quelque chose à livrer.
Gérard se demande comment il va se sortir de là. Il ne manque plus que ça. Un accident avec des ambulancières qui n'ont pas, il faut en convenir, la tête de l'emploi. Il sort de la voiture et s'adresse à Gaëlle :
- Vous vous connaissez, on peut peut-être s'arranger alors... Mince, mais c'est la mère Labornez !
- Gérard ! Gérard ! Mais qu'est-ce que tu fous là ? Demanda Robert inquiet.
- Quelqu'un peut m'expliquer ce qui se passe ? dit Alice.
- Et bien lui c'est mon facteur, dit Gaëlle en pointant du doigt Arthur qui s'avance en brandissant triomphalement le "Nous-Deux". Et lui, c'est Gérard, celui que j'ai assommé à coup de poêle à frire. Souviens-toi, il avait disparu après l'explosion.
- Oui et Colette n'est pas morte sauf si... Bon, enfin, elle est à vos trousses, sauf si... Mais j'ai rien fait moi. Je vous demande pardon madame Labornez. C'est à cause d'elle, bredouille Gérard las et confus.
Alice, Gaëlle et Robert en restent interloqués.
vendredi 1 février 2013
Nous étions en 1993 et j'avais un Zenit E. Nous étions à Aurillac, dans le Cantal, et Claude Merle exposait ses voisins. J'ai retrouvé des preuves photographiques.
Claude Merle est un peu un artiste. Il a une tendance certaine à tout salir. C'est un ennemi du genre humain. Avec lui, l'homme et la femme se doivent d'être laids, vulgaires, inquiétants. Je l'ai rencontré il y a un peu plus de vingt ans, à Terrasson-Lavilledieu, dans le cadre du festival local. Aujourd'hui, en cherchant autre chose, j'ai trouvé de vieux négatifs Ilford HP5 Plus avec des images dessus.