Aujourd'hui, je n'ai pas eu le temps de dessiner. Alors, je me suis dit que j'allais vous montrer une photo prise lors de mon récent séjour à Conflans Sainte Honorine.
Conflans Sainte Honorine, c'est là que je suis né. Conflans Sainte Honorine, je ne suis pas qualifié pour en parler objectivement. J'y suis né, j'y ai des souvenirs, c'est comme ça. Conflans Sainte Honorine, c'est la ville, petite ville de la région parisienne, dans les Yvelines, où vivait mon arrière grand-mère, mère du père de ma mère. J'y ai eu des copains. Pas beaucoup mais au moins un. Je ne sais pas ce qu'il est devenu.
Conflans est considérée comme la capitale de la batellerie. Elle est au confluent de l'Oise et de la Seine. Il y a des péniches. Autrefois, c'était aussi une ville industrielle avec la LTT qui produisait du câble téléphonique et télégraphique et des trucs du genre. Mon grand-père y travaillait. L'usine a fermé et je suppose que ça a été un coup dur pour la commune et ses environs.
Lorsque j'étais petit, j'avais l'impression que Conflans était une petite ville calme, tranquille. On pouvait faire du vélo sans trop se préoccuper des voitures. Il y avait un beau parc qui habitait le musée de la batellerie. C'était un parc agréable où l'on pouvait jouer, courir, se promener. Il y avait une rue commerçante, la rue Maurice Berteaux, la tour Montjoie du 11e siècle et les quais. Le reste, c'était pas loin d'être une cité dortoir. C'était calme. De la gare, on arrivait à la gare Saint-Lazare, à Paris. C'est la gare parisienne que je préfère. Quand j'étais petit, avec le copain, on allait à Paris en train sans rien dire à personne et sans payer de billet. On n'a jamais eu de problème. On arrivait à Paris et on se promenait aux abords de la gare ou alors on prenait le métro pour aller un peu n'importe où, sans but.
Aujourd'hui, Conflans n'a pas si changé que ça. Il y a toujours une rue principale, les quais, les péniches, le parc, le musée de la batellerie. Il n'y a plus d'usine et la gare n'est plus tout à fait la même. Dans le fond, tout cela n'a pas trop changé. Ça reste une petite ville d'apparence tranquille. Peut-être un peu moins agréable. Par contre, je pense avoir changé. Je n'aime plus beaucoup cette ville. Je m'y suis un peu promené. Les quais sont agréables. On peut regarder les péniches et la Seine qui coule. On s'arrête à la terrasse d'un café et on boit un café pas plus cher qu'à Périgueux. On pourrait presque avoir envie d'y habiter mais il y a un petit quelque chose qui est cassé, qui fait que ce n'est plus comme avant. Il y a moins de péniches, plus de voitures, moins de petites boucheries-charcuteries et plus d'agences immobilières et d'opticiens. Peut-être bien que c'est devenu une ville de vieux. On doit s'y faire chier, je pense.
Il reste que le parc est encore assez agréable, que les vieux quartiers ne sont pas déplaisants même s'ils ont perdu leur côté délabré qui faisait leur charme. Je n'ai pas pris le temps d'aller trop loin sur les quais. Autrefois, on trouvait des vieilles péniches abandonnées à deux doigts de couler. Je ne pense pas qu'elles aient été remplacées. Je me souviens du bras Favé, à Conflans. Le bras Favé, c'est une île sur la Seine, au départ. L'une des trois îles de Conflans, sur la rive gauche. Au fil du temps, le bras Favé était devenu un cimetière de péniches à un point tel qu'il avait été comblé et que l'île n'existait plus, de fait. C'était un endroit un peu dangereux et carrément insalubre. Dans les années cinquante, des personnes vivaient sur les épaves de péniches sans eau, sans électricité, dans l'attente du pourrissement de leur logement de fortune. Moi, je n'ai pas connu cette période. J'ai juste connu cet endroit très bizarre, un peu marécageux, puant, infesté de rats et de moustiques où l'on pouvait voir des péniches presque totalement pourries, plus qu'à moitié noyées. Plus on allait loin, plus on pouvait voir des péniches anciennes. Certaines en bois, d'autres arborant encore leur cheminée de machine à vapeur. Tout cela semble avoir été vidé et nettoyé. Je pense que Conflans a là aussi perdu une petite partie de son âme. Et que reste-t-il de cette âme conflanaise si étroitement liée à la batellerie ? Quelques péniches, quelques bateliers, un musée, la Seine et la péniche "Je Sers", chapelle des bateliers et, si j'ai bien compris, lieu de culte catholique principal de Conflans depuis que l'accès à l'église a été rendu interdit. Il faut dire qu'elle semble en bien piteux état, cette église qui surplombe la tour Montjoie, sur les hauteurs de la ville.
Ce n'est certes pas la première fois que je reviens à Conflans depuis que je suis venu vivre en Dordogne. Je crois que c'est la première fois que je regarde cette ville avec un mélange de nostalgie et de froide critique objective. Je ne pense pas que Conflans soit une ville que l'on puisse aimer si l'on n'a pas une bonne raison.
Puisque je vous avais parlé d'une photo, je vous en file une. J'en ai d'autres que je vous montrerai de temps en temps.
