Au lendemain de l'élection de Barack Obama, je me questionne un peu sur ce que l'on peut attendre de cette victoire du camp démocrate et de son candidat.
Et si nous nous préparions à une grande désillusion,
maintenant ? Barack Obama a été élu. Comme la majorité des humains, je suis satisfait du vote des citoyens américains. C'est bien, Barack Obama, le démocrate a été élu, on est heureux et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Bien. Très bien.
S'il s'était trouvé que j'étais citoyen américain, il est assez probable que j'aurais voté Obama plutôt que Mc Cain mais voilà, je ne suis pas citoyen américain et je me demande un peu, comme ça, en passant, quelle raison pourrait bien me pousser à me satisfaire de l'élection de Barack Obama. J'ai bien peur que l'on se fourvoie quelque peu dans cette histoire. S'il me fallait trouver une raison d'être content de quelque chose, il me faudrait reconnaître que, au fond, cette seule et unique raison est de savoir que George W Bush va partir. Seulement là, il y a un petit quelque chose qui vient perturber mon plaisir, c'est que quelle qu'aurait été le résultat de ces élections, la sortie de M. Bush était garantie. D'autant plus qu'il ne se représentait pas. Là, forcément, ça gâche le plaisir.
D'ici, de France, de chez moi, il me semble que l'on commet une petite faute de compréhension de ce qu'il se passe aux Etats-Unis d'Amérique. On croit bêtement que les démocrates sont de "gauche" et les républicains de "droite" alors qu'ils sont de "droite" les uns et les autres ; on croit qu'il y a d'un côté les gentils et de l'autre les méchants. Et pourquoi ça ? A cause de deux générations de Bush ? Il ne faudrait pas oublier que les républicains se sont prononcés très tôt pour l'abolition de l'esclavage. De même, il ne faudrait pas penser que le démocrate est beau, intelligent et gentil là où le républicain serait laid, bête et méchant.
Il est parfaitement idiot de se satisfaire de l'élection de Obama pour l'unique promesse de voir Bush partir. L'enthousiasme d'une grande partie des Français pour Obama n'est pas rationnelle. Il n'y a pas grand monde qui se soit intéressé au programme du candidat démocrate et, pour peu que l'on se soit intéressé à ce programme, on a eu vite fait de jeter un voile pudique sur les détails qui fâchent. Obama pour la peine de mort ? Bah, c'est pas grave ! Obama pour la liberté du port d'arme ? Qu'importe ! Obama contre l'avortement ? Ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine !
A trop nourrir son mépris pour George W Bush, on s'est mis, des deux côtés de l'Atlantique, à n'avoir pour seule raison de voter Obama que de ne pas voter républicain. C'est presque aussi chargé de sens que de refuser de manger du pain au motif que le boulanger vote dans le camp adverse. Ici, en France, les journalistes se sont beaucoup amusés à nous faire comprendre que le bon camp était celui des démocrates. Pour cela, comme d'habitude lorsque l'on veut causer à une masse inculte formant le peuple, on a fait simple. On n'a pas longtemps hésité à diaboliser Mc Cain et à ridiculiser sa co-listière, Sarah Palin. Et ça a marché ! Le brave Français, lui qui a élu le libéral Sarkozy comme un seul homme s'est prononcé en faveur de l'élection du supposé et prétendu "gauchiste" Obama. Ce brave Français, ce brave Européen, aussi, à qui, rappelons-le juste pour le plaisir, on ne demandait rien dans cette affaire d'élections.
On aime bien penser que l'Américain moyen est un idiot, et je pense que, majoritairement, il est effectivement idiot. Un peu comme le Français moyen, quoi. Un peu comme l'humain moyen, on va dire. Regardez-le, ce citoyen américain qui n'arrête pas de bouffer des hamburgers... tandis que les restaurants Mc Donald ne désemplissent pas en France. Regardez-le, ce citoyen américain qui rêve de gros 4x4... alors que en France, c'est un peu pareil si l'on en croit le nombre des ventes de ces véhicules.
Oui mais, objectez-vous, l'Américain, c'est la culture qu'il n'a pas ! Il n'a pas de châteaux de la Loire, il n'a pas de Victor Hugo, il n'a pas de vin de Bordeaux ! Ah ! Hein ! Tout de même ! Oui mais, objectivement, si on enlève "Bienvenue chez les Ch'tis", c'est quoi le cinéma qui marche le mieux en France si ce n'est pas le cinéma américain ? Et puis bon, le coup de l'anti-américanisme primaire, ça commence à bien faire, finalement !
Que les Américains soient des pourris qui ne pensent qu'à leur gueule, cela ne fait aucun doute. Oui, bien sûr, s'ils pouvaient avoir toutes les richesses du monde pour eux, pour leur famille et pour leur "god bless America", ils seraient bien contents, les Amerloques. Pour sûr ! Bon. Pour leur excuse, il faut bien comprendre que le peuple des Etats-Unis d'Amérique s'est formé sur une idée de conquérants envahisseurs issus de multiples sectes ou églises à qui l'on avait donné pour unique consigne de tout bouffer et de ne pas laisser âme qui vive après son passage. Avec un passé pareil, faut pas leur demander de faire dans la finesse, hein ! Ils veulent tout bouffer, c'est vrai. Ils se croient les maîtres du monde et ce n'est pas faux. Et vous croyez que Obama voit les choses d'un oeil vraiment différent, vous ?
Et que croyons-nous devoir attendre des USA ?
La question mérite d'être posée. Il est assez amusant que, il n'y a encore que quelques semaines, les Etats-Unis d'Amérique étaient responsables de tous nos maux, de la crise économique mondiale, surtout. Il semblerait que l'on voudrait croire que Obama serait l'homme providentiel qui va, d'un coup de baguette magique, mettre bon ordre dans toutes ces histoires de déréglementation des marchés et qu'il va conduire ces concitoyens à faire amende honorable et à mettre un peu de moralité dans leurs affaires. Il me semble, mais je peux me tromper, que la devise de Obama va être la suivante : "tout pour les USA !". Que va peser l'Europe dans la balance ? N'est-ce pas à l'Europe de chercher à se démarquer des USA si la chose est possible ?
Somme toute, j'en arrive à me demander si ce n'est pas Medledev qui a raison en se refusant de trop étreindre Obama. Je ne suis pas contre Obama. Je ne suis pas non plus pour Obama. Je ne suis ni pour ni contre les Etats-Unis d'Amérique et je ne suis non plus pour ou contre les habitants des Etats-Unis d'Amérique, mais, ce matin, je me dis simplement qu'il y a peut-être trop d'espoirs portés sur la seule personne du nouveau président des USA, du nouveau maître du monde... Et que ces espoirs ont toutes les chances d'être déçus.