Aussi vrai qu'il ne faudrait jamais quitter Montauban, il ne faut jamais s'embarquer dans ma 2cv sans boîte à outils.
Ce matin, il fait beau. Un beau samedi matin. Cette fois, c'est gagné, l'été est là. Bon. Je me lève vers 8 heures, je me fais un café, je commence à écrire une lettre pour un vieil ami et voilà que l'idée de m'occuper de la 2cv me traverse l'esprit. Depuis que Norbert m'a conseillé de changer l'essence, je me dis que je ne risque pas grand chose à essayer. Je prends la clé de la 2cv, je m'installe à son volant, établit le contact, tire la tirette de starter, attrape celle du démarreur, la tire avec volonté, le moteur tourne, tourne... mais ne démarre point. Ça commence mal.
Je coupe le contact, descends de la voiture, va chercher une clé à bougie, dépose l'une des deux bougies, l'observe d'un oeil torve, constate avec satisfaction qu'elle a une belle couleur café au lait, la nettoie par acquis de conscience, la remonte et coince dans quelque repli de mon cerveau le fait qu'elle est totalement sèche.
Ni une ni deux, je décide de m'attaquer au pointeau du carburateur qui, selon moi, doit être coincé. Je dépose filtre à air et couvercle de carburateur, la cuve est vide pire que le porte-monnaie d'un sans-le-sou vrai de vrai. Je décoince le pointeau d'une pichenette, actionne la pompe à essence à la main, constate que, cette fois-ci, l'essence s'écoule normalement, en profite pour remplir la cuve, remonte le couvercle du carburateur puis le filtre à air, remonte en voiture, établis le contact, tire la tirette de démarreur en accélérant légèrement, le moteur part tout de suite. Gloire à moi, le meilleur mécano du monde !
Le pied gauche appuie sur la pédale d'embrayage, la main droite tire le levier de vitesse vers l'arrière, le pied droit se pose sur la pédale d'accélérateur tandis que le pied gauche se retire doucement de la pédale d'embrayage, la voiture se met en mouvement et je file à faible allure dans les ruelles d'Azerat pour rejoindre l'ancienne route nationale 89 (devenue route départementale 6089) pour monter à Thenon faire le plein de la vénérable deux pattes. Il y a des moments d'extrême activité, dans ma vie, non ?
Première, le moteur monte en régime et bientôt, je passe la deuxième. Le pied rivé sur la pédale d'accélérateur, je fais rugir le petit bicylindre qui délivre sans sourciller la quintessence de ses douzes chevaux réels. Le moteur hurle, le passe la troisième. Je sors déjà des limites de la commune et le régime monte encore doucement (nous sommes sur un traître faux plat). Quatrième. Là, on sent les limites du flat twin Citroën. Il accepte la surmultipliée (ne jamais parler de quatrième vitesse à un fanatique extrêmiste de la deux chevaux !) mais il fait dans le strict service minimum. On sent qu'il préfère une troisième mais c'est moi qui commande à bord. Non mais !
Arrive la côte de Thenon. C'est le nom de la portion de route qui mène à Thenon et ça ne se trouve pas sur les cartes routières. C'est l'exemple même de l'appellation vernaculaire, ça. Il n'y a que les gens du cru qui l'emploient et la comprennent réellement. Bon. Côte de Thenon. Obligé de passer en troisième. Puis la deuxième. Mais enfin, hein, ça roule. Je me fais doubler par tous les autres usagers de la route qui sont tantôt amusés tantôt plutôt agacés. M'en fous, je roule.
Arrivé à la station service, je constate avec plaisir que la 2cv conserve un ralenti plaisant à l'oreille. J'attends que la Xantia finisse de remplir son réservoir de gas-oil puis m'installe à côté de la pompe. Je mets pour 25,41 euros de super sans plomb et vais payer. Là, je reprends mon chemin. Direction Azerat. Tout va bien. Arrivé à Azerat, je me dis que, somme toute, je pourrais bien poursuivre jusqu'à la Bachellerie pour aller rendre une petite visite impromptue à mes parents.
Tout le monde ne le sait pas forcément, mais pour aller chez mes parents à la Bachellerie, ça monte sévère. Et la deux chevaux semble pleine de bonne volonté. Elle monte gaillardement. Et puis, pif et paf, le moteur tousse et s'arrête. Sans m'énerver, je coupe le contact, descends et vais voir ce qu'il se passe. Je soulève le capot, le diagnostic est vite fait : le filtre à essence (non d'origine) installé sur l'arrivée d'essence est vide. J'attends un peu et, juste par l'effet de la loi de la gravitation universelle, je vois le filtre se remplir doucement. Je redémarre et parviens à allure modérée jusqu'au but de mon voyage.
Là, honnêtement, je ne m'en fais pas. C'est un bête problème d'arrivée d'essence. Elle me l'a déjà fait plusieurs fois. Sans doute le filtre qui plonge dans le réservoir qui doit être sale. Ce qui m'ennuie tout de même un peu, c'est que je l'ai démonté et nettoyé il y a un an. Néanmoins, il me semble bien qu'avec la nouvelle essence la deux chevaux marche bien mieux. Norbert avait sans doute vu juste ! Bravo à lui.
Je bois un café, parle de choses et d'autres avec mes parents et mon frangin qui rentre du boulot et décide de repartir pour Azerat. Prévenu de ce problème d'arrivée d'essence, je choisis de n'emprunter que les petites routes, histoire de n'avoir pas à bricoler en bordure de route assez fréquentée. Faut savoir se montrer couard et prudent, parfois. Presque comme il était prévu, je retombe en panne dans une montée pas loin de la route des crêtes, peu après le lieu-dit de la Madeleine (carte bleue IGN indispensable, là). Comme la fois précédente, j'attends que l'essence revienne d'elle-même et repars. A partir de là, je sais que je n'ai plus à faire qu'à du plat relatif ou à de la franche descente. Je finis donc mon trajet sans souci aucun.
Epilogue
Clé de 12 et de 8. Je dépose la tôle qui cache le réservoir puis le tube plongeur d'aspiration d'essence. Je démonte le filtre, un empilement de rondelles de cuivre, constate qu'il n'est pas si sale que ça, le remonte et m'aperçois que le morceau de durite qui va de ce tube à la canalisation principale a mal vieilli et n'est plus intimement accroché. Je récupère un morceau de durite neuve, l'installe en lieu et place, actionne la pompe à essence et constate avec plaisir que l'essence semble bien arriver plus sérieusement. Je remonte tout, le tube plongeur et la tôle de carrosserie, démarre la 2cv, vérifie que le niveau dans le filtre à essence reste constant. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Tout à l'heure, probablement, j'irai faire un nouveau petit tour de 2cv pour m'assurer que tout va bien. Je vous tiens au courant !
Quelques heures plus tard
Dans l'après-midi, certain que cette fois-ci tout est rentré dans l'ordre, je décide de prendre la 2cv pour aller faire un tour dans la campagne et pour, au passage, me débarasser de mes bouteilles vides. Je démarre sans problème, vais poser mon verre usagé dans le récipient fait exprès pour et monte sur les collines azeracoises. Las. Au bout de quelques kilomètres, la voiture refait des siennes. Toujours un souci d'arrivée d'essence. En panne sur le bord de la route, je démonte de nouveau le tube plongeur, ne constate toujours rien de bizarre, tente de souffler dans la tuyauterie puis, résigné, rebrousse chemin pour une nouvelle petite séance de mécanique. La photo présentée plus haut dans le billet a été faite lors de cette panne. Pour l'heure, j'en arrive à me demander si ce n'est pas la pompe à essence qui est en cause. Je doute un peu de cela, tout de même. Ce peut tout aussi bien être les canalisations qui sont vraiment trop encrassées. Dans la semaine, je vais acheter de la durite neuve, un filtre à essence neuf et je vais m'occuper de tout cela.
samedi 30 juin 2007
La 2cv va déjà beaucoup mieux
Ainsi que le suggérait Norbert, j'ai remplacé la vieille essence de la 2cv pour de la toute neuve essence sans plomb 95. Résultat : Trois pannes en une quinzaine de kilomètres.