Mardi soir

Avant de sortir mon sac d'ordures ménagères prendre l'air comme presque tous les mardis de l'année, je me débarrasse de la corvée du billet quotidien en regrettant de n'avoir rien ni à dire ni à montrer.

Lorsque l'événement le plus important de la journée est la dépose d'un sac poubelle sur le bord de la route, on peut se poser des questions quant à l'utilité de continuer à vivre. Pour les personnes qui passeront chercher le sac au petit matin, ce sera le signe que je suis encore là. Je ne sais pas s'ils penseront à moi. J'en doute un peu. D'autant plus que je ne leur achète pas leur calendrier. Si cela se trouve, ils ne m'aiment pas et prennent mon sac à regret, juste par conscience professionnelle. Ça me peinerait de savoir que les éboueurs me haïssent. Lorsque même les éboueurs vous haïssent, ça commence à sentir le roussi, question vie sociale.
Je ne sais pas si j'ai vraiment des ennemis. Je n'en sais rien. Je ne sais pas vraiment non plus s'il est des gens pour m'aimer un peu. Il me semble pourtant qu'il y a plus de personnes pour m'aimer un peu que pour me haïr beaucoup. C'est déjà ça. Si l'on ajoute ceux-ci et ceux-là, il faut tout de même reconnaître que ça ne représente pas grand monde. A l'aune de l'humanité dans son entier, je veux dire. Je ne sais pas combien de malheureux n'ont même pas conscience de mon existence. Il doit y avoir un bon paquet d'hommes et de femmes ; d'enfants et de vieillards qui ne savent pas que je suis là à partager leur temps présent.
Je ne sais pas si je suis quelqu'un de très important au niveau de la planète. Il me semble que ma renommée ne vole pas très loin et c'est peut-être mieux ainsi. Je peux encore me promener dans Azerat sans que l'on sache trop qui je suis et comme ça, je suis tranquille.

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