Shoah (DVD 3 & 4)

Hier soir, j'ai fini de regarder le film de Claude Lanzmann.

Le film se termine. Il est un peu plus de une heure du matin. J'éjecte le DVD, j'éteins l'ordinateur et la lumière. Je dors. Maintenant, je vais lire le livre qui accompagne les DVD dans le coffret. C'est la retranscription des paroles du film. Après cela, j'aurais une idée sans doute plus précise du film et de son propos.

Shoah

Sur le fond, je n'ai pas grand chose à ajouter à ce que j'ai déjà dit ici. L'incompréhension est encore plus profonde après avoir vu l'intégralité du film. Cette même incompréhension dérangeante que j'avais ressentie à la lecture du livre "Les Bienveillantes" de Jonathan Littel. Hier soir, avant de me coucher, j'ai réfléchi à tout ça. Ce qui est troublant et pour le moins ennuyeux, c'est la fascination que suscitent chez moi les atrocités commises par les nazis. Je ne suis pas le seul à ressentir cette attirance morbide. Et je me suis dit que cette fascination venait probablement de ce que nous sommes en présence d'un crime parfait dans la mesure où il est resté impuni. Il n'y a pas eu de punition à la hauteur de la monstruosité, il n'y a pas eu réparation. Je me répète mais comment aurions-nous pu ou dû punir les coupables ou responsables ? L'énormité du crime assure la protection du criminel. Il est plus facile de punir un affamé voleur de pain qu'un escroc voleur de millions d'euros.
J'avais déjà compris en lisant le livre de Jonathan Littel combien le caractère organisé de la mise en place de la solution finale[1] par le régime nazi de la question juive est un mythe. En voyant ce film, je comprends encore mieux, me semble-t-il, comment tout cela n'a été qu'un amas de bricolages ingénieux pour parvenir au résultat que l'on sait. Et c'est là, à mon sens, que se révèle encore plus tout le caractère monstrueux de tout cela. Ça prouve la responsabilité et la culpabilité d'un nombre important de plus ou moins petits ou hauts fonctionnaires ou responsables nazis ou SS qui ont travaillé à rendre possible cette extermination de tout un peuple, allant au devant des désirs des autorités. Je le redis, c'est vraiment un sentiment de totale incompréhension qui subsiste chez moi. Cette incompréhension me pose le problème suivant : je pense qu'il serait sage d'oublier tout cela mais je ne peux m'empêcher d'avoir envie de comprendre plus et mieux.

Maintenant, il y a la question du film de Claude Lanzmann par lui-même, en temps qu'objet cinématographique. Là, je suis un peu circonspect. Pour dire les choses comme je les ressens, je ne pense pas que ce soit un très bon film. Il m'est arrivé de penser que les images qui défilaient desservaient par moment les propos. Il y a des réutilisations de plans qui m'ont parfois semblés être hors-propos. Quelques longueurs, quelques pesanteurs. Par exemple, les scènes montrant le fourgon-régie utilisé lors des séances "volées" me paraissent un peu faciles. Que l'on nous le fasse voir une fois, d'accord, mais il me semble qu'il aurait encore été préférable d'expliquer clairement la situation. Ce film n'est pas tout à fait un reportage ou un documentaire. Il manque, à mon avis, des éclaircissements. Possible aussi qu'il me faille le revoir.
Donc, je vais lire le bouquin et je vous reparlerai peut-être de tout cela ultérieurement.

Notes

[1] die Endlösung

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