Shoah fait partie de ces films qu'il faut voir. Shoah fait partie de ces films qu'il faut voir, que l'on verra un jour, plus tard, quand on aura le temps ou quand on aura la tête à ça. Sans l'avoir vu, on a une idée de ce que dit le film. On sait que ce n'est pas un film "facile à voir". Ce n'est pas une comédie, ce n'est pas une fiction, ce n'est pas un film "sensationnaliste". Shoah, c'est une somme de témoignages sur ce qui constitue sans doute le pire acte de l'humanité.
Hier soir, j'ai regardé le premier DVD des quelques neuf heures qui constituent le film. Un peu plus de deux heures de témoignages, de questions, de réponses, d'évitements, d'à-peu-près gênés. Claude Lanzmann va sur les lieux du crime, à Treblinka, à Auschwitz, dans les campagnes environnantes. Il filme ce qui reste. Des bâtiments, des murs, des fosses communes comblées. On ne voit rien de l'horreur. Mais il y a les commentaires, les mots.
A plusieurs reprises, j'ai été pris par un sentiment de dégoût et de colère mêlés. Comment avons-nous pu faire ça, laisser faire ça ? Toutes les questions à propos de l'holocauste ont été posées, des personnes bien plus intelligentes que moi se sont penchées sur l'inextricable problème qu'ont laissé les nazis au genre humain dans son entier. Dans le film témoignent des rescapés des camps d'extermination. Ce sont eux qui devaient alimenter les fours crématoires, vider les fosses communes "pour qu'il ne reste rien de tout cela", qui sortaient les corps des chambres à gaz. Comment vivre après ça ?
La colère et le dégoût, disais-je. Oui mais aussi quelque chose de bien plus dérangeant : l'incompréhension totale et absolue. Et l'impuissance à réparer quoi que ce soit. Il aurait été simple, à la fin de la guerre, de répondre à l'horreur par l'horreur. Il aurait été simple de vouloir faire payer aux coupables le prix de leur crime. On aurait pu supprimer le peuple allemand... et polonais... et ukrainien... et... et... On aurait pu. Aurait-on dû ? Aurait-on mieux fait de mettre un terme à l'homme ?
Ce soir, je regarde le deuxième DVD et peut-être même le troisième. Sinon, aujourd'hui, entre plein d'autres choses, j'ai aussi fait un petit dessin pour me dégourdir les doigts.
Shoah (DVD 1)
Hier soir, j'ai regardé le premier DVD de la première époque de Shoah, le film de Claude Lanzmann.
1 De zaréelle - 24/03/2011, 18:17
Pas content le PCJ ! Il fuit à toutes roues devant un tel spectacle...
2 De nono - 24/03/2011, 18:30
Vous avez si bien parlé de ce film qui pourtant provoque généralement un silence pesant.
Je ne saurais vous recommander de visionner également, le film de Costa Gavras « Amen » Et « nuit et brouillard » d’Alain Resnais … et après, comment aimer l’humanité quand plus tard, les victimes deviennent à leur tour les bourreaux.
3 De michel - 24/03/2011, 18:35
"Nuit et brouillard", j'ai vu plusieurs fois. Je n'ai jamais vu "Amen", par contre.
4 De chantal - 24/03/2011, 18:45
Il y a eu des horreurs, il y en a encore, et il y en aura ! Je ne veux pas jouer les moralistes ou fatalistes, c'est terrible c'est vrai !
On se demande comment cela a pu être, nous sommes des êtres " humains" mais non "humanistes". Mais qu'est-ce qui nous différencie de l'animal ? La sauvagerie .... propre à l'homme ! Les passions, les haines sont, je pense, le propre de l'homme !
Et oui la question se pose, aurait-on dû supprimer le genre humain ? C'est vraiment terrible de constater que l'humanité n'a pas progressé ! On est loin de la définition qui nous distingue "Homo Sapiens Sapiens" "L'Homme qui Sait qu'il Sait" dans tout cela où est la sagesse ???
5 De michel - 24/03/2011, 19:53
chantal, des horreurs, il y en a encore, il y en aura peut-être d'autres et il y en a eu. A mon sens, il ne faut pas banaliser celui dont on parle ce jourd'hui. C'est le plus bureaucratique, le plus préparé, le plus réfléchi de tous. Et à cause de cela, c'est celui qui laisse le plus de marques et qui ne s'oubliera pas de sitôt. En fait, je pense qu'il ne faut le comparer à rien d'autre. Il est.
6 De Lib - 24/03/2011, 21:20
A plusieurs reprises, j'ai été pris par un sentiment de dégoût et de colère mêlés.
Pareil .. et cette émotion surréaliste qui vient de plus profond de vous et vous glace d' effroi , lorsque vous visitez les lieux en question .. :o((
7 De clafy - 24/03/2011, 21:36
D'accord avec vous, Michel, en ce qui concerne le film. Ce qui m'a choquée le plus et que j'ai appris pour la première fois du film, c'est que presque chaque village avait son camp de concentration...comment osait-on dire après qu'on ignorait leur existence ?
Pour comprendre ce qui s'est produit, je pense que l'Internet peut nous le montrer, dans un autre contexte. Par exemple, il y a des anonymes qui disent des horreurs aux autres gens, des choses vraiment basses. Et pourquoi le font-ils ? Parce qu'ils peuvent.
Chacun trouve la justification de balancer une méchanceté ou dire du mal d'un autre...parce qu'il l'avait cherché, parce qu'elle m'énerve, parce qu'ils sont nuls...on voit toutes les raisons sous le soleil.
Non, ce n'est pas tuer les gens, mais le principe est le même.
C'est cet anonymat qui protège les malfaiteurs et qui fait aussi qu'ils ne s'identifient pas avec leurs victimes, ils ne voient pas le lien entre elles et eux-mêmes. Nous savons que Hitler avait bien réussi sa campagne de faire que les gens associent les Juifs avec la vermine.
Et ainsi de suite. Non, je ne vous apprends rien, je sais, mais j'apprécie l'occasion de pouvoir en discuter.
8 De Jean-Christophe - 24/03/2011, 22:12
Une première approche, histoire de coller au thème de ce blog, la fabuleuse BD Maus de Art Spiegelmal. Un monument !
9 De zaréelle - 24/03/2011, 23:01
Pesant, je ne sais pas.Un besoin de silence oui, de solitude et de réflexion.
Le silence le plus assourdissant reste pour moi celui des rescapés qui n'ont pu en parler quand ils sont rentrés.Du moins pas de suite.Ils ont survécu avec "ça".
Pour "Amen", je reste mitigé.Je ne sais trop pourquoi, peut-être pour le manichéisme du bon et du méchant ?! Je n'y ai pas retrouvé la force de "Z" ou de "L'aveu" ou "d' Etat de siège".Je vieillis sans doute.Mais le film a le mérite de mettre l'accent sur la "passivité" du Vatican et des puissances alliées, dont Les US qu'il ne rate pas.Lesquels par leur phobie du communisme ont de plus permis aux nazis qui pouvaient leur servir de s'en tirer.
Quand j'ai vu Amen je n'étais pas au courant de la polémique qui entoure la pièce dont le film est en partie tirée " le Vicaire"- surprenant-Bref je m'égare et je perds le fil !
Je vais donc en rester là et retrouver Morphée.
10 De zaréelle - 24/03/2011, 23:12
Ah oui, en lien avec le sujet de ce blog et l'actualité, je viens de regarder " La grande librairie" et si j'ai le courage je vais tenter de lire le dernier Eco.
lien
critique
et aussi :
«Hammerstein ou l'Intransigeance - Une histoire allemande»
11 De chantal - 25/03/2011, 01:32
Michel, vous avez raison, toute la différence de ces actes avec ceux qui ont suivi et suivront vient de la minutie avec laquelle se fut orchestré. Excusez mes propos.
12 De Juliet - 25/03/2011, 08:52
Tu as raison, ce qu'il y a d'étourdissant c'est la préparation méticuleuse de tout ça. L'organisation méditée et implacable. Je n'ai pas vu Shoah et je ne suis pas capable de le voir. J'ai vu nuit et brouillard et différents reportages. J'ai essayé de comprendre... j'ai grandit avec de la famille morte dans ces camps et j'ai grandit avec un survivant (mon grand oncle est espagnol et est aujourd'hui le dernier survivant espagnol de Mathausen). Je me souviens des silences autour de son histoire, du tatouage sur son bras qui nous fascinait d'autant plus qu'il le cachait sous des manches longues hiver comme été... il n'a jamais parlé jusqu'au décès de son fils aîné. À ce moment là, je ne sais pas pourquoi il s'est mis à raconter. Tout. Tel qu'il l'avait vécu. Des histoires insoutenables mais aussi des histoires très belles. Il y a eu des gens ordinaires, qui ont agit de façon extraordinaire. Il faut le savoir pour garder espoir en la nature humaine. J'ai beaucoup d'amis allemands de ma génération et la majorité d'entre eux n'arrive pas à parler du nazisme... Nous, nous le pouvons et nous devons le faire. Je les plains sincèrement. L'histoire est malheureusement un éternel recommencement et la seule façon de lutter à mon sens est de ne pas oublier et de rester libre penseur.
13 De Lib - 25/03/2011, 11:32
Tiens , moi , ce soir , dans le même registre de la saleté humaine , je viens de revoir " Les sentiers de la gloire" ...