Shoah (DVD 1)

Hier soir, j'ai regardé le premier DVD de la première époque de Shoah, le film de Claude Lanzmann.

Shoah fait partie de ces films qu'il faut voir. Shoah fait partie de ces films qu'il faut voir, que l'on verra un jour, plus tard, quand on aura le temps ou quand on aura la tête à ça. Sans l'avoir vu, on a une idée de ce que dit le film. On sait que ce n'est pas un film "facile à voir". Ce n'est pas une comédie, ce n'est pas une fiction, ce n'est pas un film "sensationnaliste". Shoah, c'est une somme de témoignages sur ce qui constitue sans doute le pire acte de l'humanité.
Hier soir, j'ai regardé le premier DVD des quelques neuf heures qui constituent le film. Un peu plus de deux heures de témoignages, de questions, de réponses, d'évitements, d'à-peu-près gênés. Claude Lanzmann va sur les lieux du crime, à Treblinka, à Auschwitz, dans les campagnes environnantes. Il filme ce qui reste. Des bâtiments, des murs, des fosses communes comblées. On ne voit rien de l'horreur. Mais il y a les commentaires, les mots.
A plusieurs reprises, j'ai été pris par un sentiment de dégoût et de colère mêlés. Comment avons-nous pu faire ça, laisser faire ça ? Toutes les questions à propos de l'holocauste ont été posées, des personnes bien plus intelligentes que moi se sont penchées sur l'inextricable problème qu'ont laissé les nazis au genre humain dans son entier. Dans le film témoignent des rescapés des camps d'extermination. Ce sont eux qui devaient alimenter les fours crématoires, vider les fosses communes "pour qu'il ne reste rien de tout cela", qui sortaient les corps des chambres à gaz. Comment vivre après ça ?
La colère et le dégoût, disais-je. Oui mais aussi quelque chose de bien plus dérangeant : l'incompréhension totale et absolue. Et l'impuissance à réparer quoi que ce soit. Il aurait été simple, à la fin de la guerre, de répondre à l'horreur par l'horreur. Il aurait été simple de vouloir faire payer aux coupables le prix de leur crime. On aurait pu supprimer le peuple allemand... et polonais... et ukrainien... et... et... On aurait pu. Aurait-on dû ? Aurait-on mieux fait de mettre un terme à l'homme ?

Ce soir, je regarde le deuxième DVD et peut-être même le troisième. Sinon, aujourd'hui, entre plein d'autres choses, j'ai aussi fait un petit dessin pour me dégourdir les doigts.

R2087

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