L'aventure c'est l'aventure

Toute l'équipe s'était donné rendez-vous pour 7h45 au siège de l'entreprise pour un départ vers Coutras, en Gironde, à 8 heures tapantes. L'affaire commençait mal puisque l'un des membres du commando de choc n'était pas au rendez-vous.

Nous attendons le retardataire un moment et il faut partir sans lui. Nous montons dans le camion. Je prends la place du milieu, la moins confortable. Le moteur démarre, la première vitesse est engagée, nous sommes partis. Nous grimpons vers Coulouniers-Chamiers pour rejoindre l'autouroute A20. Les premiers kilomètres se passent relativement bien. Nous nous engageons sur l'asphalte lisse de l'autoroute et le véhicule prend de la vitesse. Pas trop parce que le pont est foutu et il fait un bruit de scie à bûches à partir de 80 km/h. Nous roulons en silence. Il est illusoire de vouloir se parler dans cette carlingue bruyante. Nous sommes tendus, nous savons ce qui nous attend à Coutras, un conteneur de 40 pieds plein à craquer qu'il va falloir décharger à la main.
Une vingtaine de minutes après que nous sommes partis, la deuxième équipe prend la route. Elle, elle roule en BMW X5. C'est normal, c'est le patron qui est à la tête de ce deuxième corps expéditionnaire. Nous avons de l'avance mais nous ne roulons pas à la même vitesse. Inévitablement, étant entendu que nous rendons au même endroit en empruntant la même route, il arrivera que nous nous retrouverons. C'est beau la logique. J'aime m'y essayer, de temps à autres.
Nous roulons sur cette autoroute lorsqu'une explosion se fait entendre. Le camion fait une embardée et le chauffeur parvient coûte que coûte à s'arrêter presque convenablement sur la bande d'arrêt d'urgence. Nous sommes à quelques mètres d'un poste de secours, nous roulons au pas pour nous mieux garer. Nous descendons du véhicule encore sous le coup de la peur et l'incrédulité et là nous voyons un pneu éclaté et la bande de roulement qui gît à ses côtés. Il faut agir. Nous trouvons la clé pour desserrer les écrous de roue. Tandis que l'un de nous trois s'échine à vaincre ses écrous, un autre se met en quête d'un cric et le troisième va chercher la roue de secours accrochée sous le véhicule.
"Quelqu'un sait où se trouve le cric ?". Non, on ne sait pas où est le cric. Non. Alors on cherche. Sous les sièges ? Non, pas sous les sièges. Sous le capot moteur ? Non, pas sous le capot moteur. Dans la boîte à gants ? Non, pas dans la boîte à gants. Que le grand Cric me croque, crac, pas de cric !. Le plus malin de nous trois, le sous-chef en chef prend la décision d'appeler les hautes autorités. A ce moment même, le BMW X5 arrive et le grand chef-chef descend du véhicule. Il arrive devant la roue explosée et ne peut s'empêcher de demander ce que c'est. Nous lui répondons qu'il est en présence de ce que l'on peut appeler un pneu crevé. Il n'en revient pas. Nous lui expliquons alors notre désarroi légitime de ne point trouver le cric qui nous serait bien utile pour soulever le camion en vue de procéder à un changement de roue. Il nous dit fort justement que son véhicule BMW X5 doit probablement être pourvu d'un tel accessoire et nous voilà parti à la recherche d'icelui dans le vaste coffre de la belle automobile germanique.
Victoire ! Voici un cric ! C'est marrant, il me rappelle celui de ma défunte Renault 4. Pas beaucoup plus gros. Pas l'air beaucoup plus solide. Bon. On va tenter de faire avec. On place le cric comme on peut, sous les lames de ressort entre l'essieu et la barre de direction et on essaie de tourner la manivelle. Le moins que l'on puisse alors dire, c'est que ce n'est pas gagné. On essaie de tourner, ça tourne un peu. Pas beaucoup, pas vite et au prix d'énormes efforts musculaires. Alors, on prend la décision d'appuyer sur le bouton de mise en relation avec les secours de la borne d'appel. Quelqu'un nous dit avoir pris en compte notre demande et avoir appelé le dépanneur. Sur ce, tout le monde prend place dans la BMW sauf deux personnes laissées abandonnées à côté du camion immobilisé, un collègue et moi-même qui écris ses lignes. "On s'est bien fait avoir", nous disons-nous ensemble et de concert.
Alors commence une longue attente. Attente du véhicule de secours, attente de pouvoir être dépannés, attente de repartir vers notre mission. Pour passer le temps, nous essayons à plusieurs reprises d'utiliser ce cric de la meilleure façon qui soit. On le change un peu de place, on ajuste, on tourne la manivelle. Et peu à peu, en tordant un peu la manivelle tant les efforts sont grands, on parvient à lever suffisamment le camion pour pouvoir changer la roue. On est pas qu'un peu fiers, nous deux. Et c'est là cependant, alors que nous rangeons tout l'attirail, qu'arrive le camion de dépannage. Le chauffeur nous explique qu'il va tout de même falloir le payer et qu'il va contacter notre assistance liée à notre assurance pour une prise en charge. Nous, ça ne nous dérange pas outre mesure. Et donc, nous repartons lentement avec une roue de secours très suspecte vers Coutras. Je suis au volant et ne dépasse pas les 80 km/h à cause du pont défaillant et de la roue inquiétante. Mais nous finissons par arriver au point de rendez-vous.

A notre arrivée, le conteneur est vidé aux deux tiers. On m'aide à grimper et me voilà parti à l'assaut des cartons. A quatre, nous finissons le déchargement assez rapidement. Après, on doit trier les cartons par références et constituer des palettes. On fait vite et tout est terminé peu après midi. Alors, nous chargeons le camion des quelques palettes que nous devons ramener et nous reprenons la route. Nous nous arrêtons tout de même pour déjeuner dans un restaurant que je ne conseille pas trop à Camps-sur-l'Isle, en Gironde. Ce n'est pas tant que nous y avons mal mangé mais le service est plutôt sommaire et le vin globalement mauvais.
De retour à Périgueux, on m'informe d'un problème de réception de télécopies. Dans notre entreprise, les télécopies sont gérées par un PC qui fait ce qu'il peut avec Windows et un logiciel très cher et très développé avec les pieds. Mais là, c'est juste que l'ordinateur était arrêté. Allez savoir pourquoi. Le souci, c'est qu'il ne suffit pas vraiment de le redémarrer pour que tout refonctionne. Ce serait trop beau et l'on se croirait alors en présence d'un Macintosh. Là, il y a souvent des soucis de configuration à reprendre et des choses du genre. Enfin rien de bien grave non plus.
Il est 16 heures 30. J'ai fini ma journée, je rentre chez moi en faisant un crochet par l'hypermarché du coin pour faire provision de café et de deux ou trois conneries.

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