L'art, une question épineuse

Aujourd'hui, je suis un grand philosophe, un grand penseur, un être exceptionnel.

Quelque part, c'est plutôt bon signe. Aujourd'hui, j'ai dessiné. Des vaches. D'autres choses, aussi. Des petits dessins dont certains auraient pu se retrouver ici si je ne les avais pas trouvé décidément trop mauvais. Là, alors qu'il est près de 19 heures, je me dis qu'il est temps de réfléchir à ce que je pourrais me faire à manger. Ça ne va pas être un trop gros problème dans la mesure où je suis allé faire quelques courses et que j'ai donc des provisions. Il me suffit de puiser dans ce que j'ai et de laisser libre cours à l'imagination pour faire un repas satisfaisant.

Je regarde les quelques dessins abandonnés et je me demande si je suis ou si je ne suis pas un dessinateur. En gros, je me pose la question de savoir si je suis un escroc. Ce n'est pas facile de répondre à cette question parce que, bien sûr, la réponse change selon les moments. Par exemple, je fais un dessin qui ne me déplaît pas trop et là, je pense que je suis un dessinateur. Mais il suffit que j'aie une idée de dessin et que je n'arrive pas à le faire pour me mettre à douter très fort. C'est idiot, non ?
Alors, parfois, je me dis que peut-être que le doute est normal et naturel pour qui se propose de faire dans l'art ou dans n'importe quoi qui peut éventuellement s'apparenter à l'art. Disons que, tout de même, avant d'être une histoire de coup de patte, de qualité de papier ou de crayon, l'exercice qui consiste à vouloir dessiner est une affaire de cerveau. J'en suis presque certain. Il me semble que c'est d'abord le cerveau qui commande. Il me semble, quoi. J'en sais trop rien mais je me dis que c'est une éventualité possible et envisageable.

Moi, au fond, je crois bien que je m'en fous. Ce qui m'importe bien plus, c'est de savoir à partir de quel moment on est en droit de se considérer comme "artiste". Est-il nécessaire de maîtriser la technique, par exemple ? Et puis, lorsque l'on est artiste, a-t-on le droit d'avoir des passages à vide ? Et puis enfin, peut-on parvenir à se faire passer pour un artiste et tromper son monde ?
Depuis longtemps, je pense que est artiste qui veut. Après, bon, si le "public" n'adhère pas, l'artiste auto-proclamé pourra toujours se réfugier dans le concept d'artiste maudit qui n'est pas si mauvais et peut avoir pour principal mérite d'autoriser à être insupportable avec ses congénères et d'afficher une mine renfrognée aux terrasses des cafés. Même, ça peut plaire aux filles et/ou aux garçons et aider aux rapports amoureux autant que sexuels de tous genres.

Toutefois, je trouve que l'on ne parle pas assez du côté puant de l'artiste. L'artiste est toujours en recherche d'amour ou de truc de ce genre. Il est toujours en train de montrer son œuvre dans l'attente que l'on s'extasie, que l'on lui dise combien il est beau et intelligent et génial et tout ce genre de choses. L'artiste est un nuisible et il mériterait bien qu'on l'ignore superbement. Ça lui ferait les pieds. Parce que l'artiste qui accepte l'anonymat n'est pas courant. Il veut se faire un nom, passer à la postérité. L'artiste est un fat. Je propose donc que l'on haïsse l'artiste quel qu'il soit.
L'artiste, parfois, produit tout de même des trucs intéressants. De la musique, de la peinture, de la sculpture ou je ne sais quoi d'autre. Mais au fond, on s'en fout pas mal si c'est Trucmuche ou Tartempion qui est à l'origine de cette œuvre, non ? Ce que je préconiserais bien, moi, si on me demandais mon avis, ce serait qu'il y ait une sorte de ministère de l'art (ce que n'est bien sûr pas le ministère de la culture) qui serait chargé de collecter les œuvres et de subvenir chichement (et sans plus) aux besoins des artistes. Cela aurait pour grand intérêt d'éviter que n'importe qui ait l'envie de se déclarer artiste parce que ça n'aurait vraiment rien d'un statut enviable. L'artiste serait un paria de la société, un parasite officiel qui serait montré du doigt par les petits enfants et à qui on refuserait l'accès aux restaurants convenables. Pouah ! Un artiste ! Quelle honte !

Dans mon idée, il y aurait néanmoins une totale liberté de création avec quelques restrictions budgétaires tout de même. L'institutionnalisation du statut d'artiste officiel aurait pour conséquence de supprimer toutes ces ennuyeuses questions de droits d'auteur et de propriété intellectuelle. L'art ne serait à personne donc à tous. Il reste maintenant à définir ce qui entre dans le cadre de l'art et ce qui n'y entre pas. L'architecture, la peinture (en couleurs), la sculpture et la musique y auront leur place d'office. La littérature aussi mais sans doute faudra-t-il écrire des règles qui écarteront ces autres parasites que sont les journalistes. Le théâtre ou le cinéma devraient pouvoir avoir leur place aussi mais là, il faudra savoir faire la part des choses et savoir écarter les personnes qui travaillent dans ces domaines mais ne sont en rien responsables et ne devront pas avoir à souffrir du statut d'artiste (techniciens, guichetiers, vendeurs de crème glacée...). Complices mais non coupables, en quelque sorte. Et puis, il y a les autres. Les auteurs de bandes dessinées et dessinateurs humoristiques, par exemple. Honnêtement, j'ai un peu de mal à en parler sereinement et je considère qu'il sera bon de laisser la commission qui sera créée dans l'avenir en décider comme il sera bon pour la société.

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