Du vin, oui, mais du vin français !

Délaissons les fées un instant pour parler de santé publique, de lobbying et de cocorico franchouillard.

On l'a échappé belle ! Cette nuit, les députés ont étudié les textes concernant la prévention de l'alcoolisation des jeunes. Je n'ai pas suivi le dossier d'une manière scrupuleuse mais il y a tout de même un point dont on a pas mal parlé et qui m'a fait un peu réagir. Il se serait s'agit d'interdire les dégustations gratuites de vin dans le cadre des foires aux vins ou bien à la propriété. Est-ce que c'était là une crise de parano ou non, je n'ai pas lu les textes soumis aux députés.
Dans le même temps, on nous mettait en garde récemment des dangers de la consommation d'alcool, quelle que soit la quantité ou le type de produit, pour la santé.
Je ne sais pas bien depuis quand on produit du vin en France. Ce matin, sur France Inter, j'apprends que l'on en produisait déjà en Bourgogne du temps de l'Empire Romain. Jusque là, semble-t-il, on pensait que le vin avait été amené par les moines cisterciens, aux environs du 12e siècle. Moines qui ont créé les clos que l'on connaît aujourd'hui encore. Dans le Sud-Ouest, là, pas d'ambiguïté, la culture du vin est très ancienne. Alors, la question qui arrive est de savoir si le vin est un élément de ce que l'on peut appeler la "culture française" au même titre que sa gastronomie (la meilleure du monde). On apprend d'ailleurs que l'on aimerait bien que cette gastronomie française soit classée au patrimoine mondial immatériel de l'UNESCO.

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Qu'est-ce que c'est que le pinard ? Le problème, dès que l'on parle d'une manière tricolore de la bouffe ou du pinard, c'est que l'on ne sait pas bien de quoi c'est qu'on cause. D'un côté, vous allez avoir les hédonistes qui discutent de coq au morilles et de vin jaune, de l'autre vous aurez ceux qui vous parleront de cubi de rouge et de jambon-purée. Manger et boire bon, c'est peut-être bien une question d'éducation et de culture mais c'est plus certainement une question de moyens financiers. Combien coûte une bonne bouteille de vin ? Il n'y a pas vraiment de limite haute mais je suppose que l'on peut trouver des bouteilles correctes aux environs de 3 euros. Juste correctes, hein ! Je ne parle pas de grand cru. Bien. Ceci ne semble pas si cher mais tout de même, si l'on y réfléchit un peu...
L'idée, c'est que pour pas mal de personnes, une bouteille à trois euros, c'est déjà un vin pour les grandes occasions. Pour ces mêmes personnes, la haute gastronomie commence souvent avec du surimi et de la mayonnaise industrielle. Je ne critique pas, chacun mange comme il veut et peut.
Pour moi, le débat de la place culturelle du vin en France est un faux débat. Croit-on sincèrement que l'on protégerait les jeunes des ravages de l'alcoolisme en évitant de les mettre en présence des dégustations de vin ? Je ne fréquente pas beaucoup les jeunes depuis que je ne le suis plus moi-même, mais il me semble avoir compris que ça n'a pas beaucoup changé depuis le temps où je l'étais, jeune. Dans les concerts, dans les fêtes, on est plus enclin à choisir de la vodka, de la bière ou du whisky pas trop cher plutôt qu'un bon Bourgogne. Allez savoir pourquoi.
Le projet de loi portait plus, il est vrai, sur l'interdiction des "open bars". Sauf parfois, dans le cadre de fêtes privées, je n'ai jamais été confronté à ce genre de pratique. Sur le fond, je suis plutôt pour l'interdiction de ces pratiques qui consistent, si j'ai bien compris, à offrir les boissons à volonté moyennant un forfait. Je ne défends certainement pas l'alcoolisme et considère, peut-être parce que je suis passé de jeune con à vieux con, qu'il est un peu bête de se tuer dans un accident de voiture à la sortie d'une soirée en boîte de nuit.
Il me semble bien que l'histoire de la place culturelle du vin dans la société française est une question difficile à trancher, finalement. Je me dis que oui, il serait bien dommage que certains vins disparaissent. Et pourtant, il est peu probable que j'aie un jour l'occasion de boire une Romanée-Conti ou un Yquem. Ce n'est pas grave. Je considère qu'il est important que ceci existe au même titre que toutes ces belles choses dont je ne pourrais jamais profiter directement. Ça fait partie d'une sorte de rêve collectif et ça constitue en partie notre identité française. Ah oui, parce que je suis plutôt content d'être Français, aussi. Et que, oui, je suis content et un peu fier d'être Français pour sa gastronomie, ses vins, sa langue. C'est comme ça.
Après, ce qui me dérange un peu, c'est qu'il y a forcément eu du lobbying de la part des producteurs de vin français. On ne parle pas de la défense des whiskies au motif qu'il y en a d'excellents. Comme par hasard, il y a relativement peu de producteurs de whisky en France. Cela me fait penser à cette étude qui date de quelques années et qui tendait à prouver que la consommation de canard gras et de vin (du Sud Ouest) était bonne pour la santé. Je pense que c'est un peu du foutage de gueule. Remarquez que l'on nous dit aussi que le régime crétois est fantastique et que les Japonais vivent vieux grâce à leur alimentation tandis que les Américains crèvent à cause de leurs hamburgers et de leurs saloperies gazeuses et sucrées à l'extrême. Il y a une justice. En revanche, on entend peu parler de l'effet de leur alimentation sur les Allemands ou sur les Anglais. Bizarre, non ?

Manger nous tue. Pour vivre, on a besoin de se nourrir. Il y a besoin d'énergie pour faire marcher la machine. On sait que la transformation des aliments en énergie nous détruit. C'est comme ça. Il est possible qu'il soit mauvais de boire du vin ou un autre alcool. Ce n'est pas possible, c'est un fait scientifique. Bah oui... C'est mauvais mais qu'est-ce que c'est bon, parfois !

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