La soupe

Puisque j'ai perdu l'idée de sujet que j'avais dans la tête, je vais vous parler de soupe.
J'avais une super bonne idée de billet et impossible de remettre la main dessus. C'est rageant. Je me souviens très exactement que je m'étais dit que ce serait un très bon sujet et que vous l'auriez vraiment beaucoup aimé. J'ai pensé un instant l'écrire sur un bout de papier et puis j'ai fait confiance à ma mémoire. Je n'aurais pas dû. Ce dont je me souviens, c'est que j'avais aussi une idée de dessin pour illustrer le propos. Et là, sans l'idée, pas de dessin. C'est somme toute assez logique.
Remarquez, si ça se trouve, ce n'était pas une idée si bonne que ça, cette idée. Je ne sais pas si ça vous arrive, à vous, d'avoir une idée, de la trouver géniale et puis de revoir votre jugement en vous disant que, finalement et tout bien considéré, posément, ça ne vaut pas tripette. J'aime bien l'expression "ne pas valoir tripette". Elle est amusante. Cependant, je suis presque certain que ce n'est pas de cela que je voulais vous entretenir. D'autant plus que je ne vois pas bien quel dessin j'aurais pu faire pour illustrer ce sujet. En me creusant un peu la tête, j'aurais peut-être trouvé. Si ça se trouve, hein ?
Nous sommes le 10 janvier, la nuit est tombée et il ne fait pas chaud. Ce soir, je vais me faire une soupe de légumes. C'est amusant comme j'ai envie de manger des soupes chaudes en hiver. Je pense que la soupe a été inventée pour l'hiver. La soupe, c'est un truc infaillible. Je veux dire que je ne vois pas bien comment on peut rater une soupe. A partir du moment où on a quelques ingrédients, bien sûr. La soupe à l'eau, ce n'est pas terrible au goût et pas très nourrissant. D'autre part, c'est de nature à vous foutre le moral en l'air, la soupe à l'eau. Plus encore que la soupe à la grimace. Tiens, c'est une autre expression que j'aime bien, "faire la soupe à la grimace".
Pour en revenir à la soupe, il convient de ne pas se tromper. Il y a la soupe ; il y a le potage. Le potage, c'est tout simplement de mettre les légumes du potager dans un pot. D'ailleurs, potager vient de pot alors que "pote âgé" n'est qu'un jeu de mot un peu vaseux. On n'ose plus beaucoup faire des jeux de mots vaseux. Ça semble passé de mode. J'aime bien les jeux de mots un peu vaseux mais j'ai conscience que ça ne fait pas très intello. Oui, bon. Donc, revenons-en à cette histoire de soupe. On dit "tremper la soupe" et ça signifie que l'on mouille du pain avec du potage. Quel que soit le potage, au fond, ça n'a pas d'importance. Ce qui importe, c'est qu'il y ait du pain. Enfin je ne suis pas historien de la soupe, c'est ce que je crois avoir compris. La soupe, c'est devenu un terme générique pour toute préparation plutôt liquide qui se mange à la cuillère... à soupe. Par ici, dans le sud-ouest, on aime bien faire "chabrol" ou "chabrot". Pour moi, c'est une tradition qui confine avec le dégueulasse le plus extrême. Ça consiste à verser du vin rouge dans le reste de soupe encore chaud et de boire la mixture à même l'assiette en la portant à ses lèvres et en exagérant d'une manière assez outrancière le "sluuurp". Après quoi, il convient d'arborer un large sourire violacé et de dire haut et fort que ça fait du bien. Bon. Je ne dois pas être assez du sud-ouest pour goûter le plaisir de l'exercice.
Dans le large domaine de la soupe, nous trouvons aussi la soupe à l'oignon qui a gagné ses galons chez les "Forts des Halles" de l'époque où il existait encore des halles centrales dans le centre de Paris, ville lumière et capitale de France qui s'appelait Lutèce au temps des Gaulois et sans doute aussi des Romains de l'époque des Gaulois. La soupe à l'oignon exige que l'on ait des oignons, du bouillon de quelque chose (mais si on a pas, on peut ne mettre que de l'eau), du fromage râpé, quelque matière grasse, un peu de farine (mais c'est facultatif) et aussi un peu de Porto (mais c'est facultatif aussi). On fait blondir des oignons dans de la matière grasse, on ajoute un peu de farine, on mouille avec du bouillon, on laisse cuire. On prend une soupière, on tapisse le fond avec des tranches de pain, on verse la soupe, on couvre de fromage et voilà. On peut aussi servir dans des bols individuels et faire gratiner.
Que peut-on encore dire au sujet de la soupe ? Ah oui, on peut dire que la soupe, si on la mouline, c'est bon, mais que c'est bon aussi si on ne mouline pas. On pourrait parler des dérivées. Par exemple la Garbure qui est une soupe gasconne avec du chou et des haricots et aussi un peu de canard gras si on en a. C'est très bon. A noter que si on n'a pas de canard, on peu mettre du cochon et que ça reste très bon. La garbure peut servir de plat unique sans souci. On peut noter également que le bouillon du potage, débarrassé des morceaux de légumes, a la réputation d'être plein de bonnes choses pour les personnes affaiblies et que ça se digère facilement. Moi, je n'aime pas trop le bouillon comme je n'aime pas les tisanes.
Mais ce soir, je vais me faire une soupe de légumes moulinée. Je vais faire blondir un oignon dans du beurre puis je vais ajouter des poireaux, des carottes et des pommes de terre coupés en morceaux. Je vais saler, couvrir d'eau et faire cuire une vingtaine de minutes. Ensuite, je vais mouliner tout ça et je vais manger cette soupe avec des morceaux de pain et du fromage râpé. Si j'ai encore faim, je mangerai peut-être une bonne tranche de jambon de pays. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je me demande si je ne vais pas plutôt couper une tranche de jambon en petit morceaux que j'ajouterai à la soupe.
Bien. Ce sera tout pour aujourd'hui !

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