Suis-je un inextinguible toxicomane ?

Ce matin, je prends la voiture pour aller chercher mon pain hebdomadaire à Peyrignac. En chemin, je croise deux motocyclistes de la gendarmerie nationale.

Je suppose qu'ils n'auront pas apprécié que je les regarde d'un air réprobateur. Je roulais tranquillement, à vitesse contenue, et j'approchais d'un rond-point. Les deux motocyclistes de la gendarmerie nationale étaient arrêtés de l'autre côté de la route et s'apprêtaient à traverser pour aller dans la même direction que moi. Il me semble que leur manœuvre représente une infraction au code de la route et je les regarde donc avec l'air le plus chargé de réprimande dont je suis capable. Cela n'a pas dû plaire à celui qui a croisé mon regard. Alors, les deux motocyclettes me suivent dans le rond-point et je comprends que je vais avoir droit à un contrôle de papiers et plus si affinités. Je ne me trompe pas. L'un des deux gendarmes me double et m'incite d'un doigt autoritaire de le suivre et de m'arrêter. Je m'exécute.
Je coupe le moteur et plonge dans la boîte à gants pour trouver les certificats d'assurance et d'immatriculation. J'ai à peine esquissé le mouvement de baisser ma vitre que l'un des deux représentants de la force publique m'aide en ouvrant la porte. Je n'ai pas spécialement apprécié mais j'étais peut-être de mauvaise humeur. Il me salue, m'apprend qu'il agit au nom de la gendarmerie nationale et me demande les papiers du véhicule ainsi que le permis de conduire. Je tends mon permis et je lis la désapprobation outrée qui marque d'un affreux rictus le visage du brave homme. Il faut reconnaître que mon permis de conduire, il n'est pas bien beau à voir. C'est une loque. Il n'y a pas d'autre mot pour définir la chose. Là, le fier serviteur de l'ordre public m'apprend avec contentement que mon permis ne peut en aucun cas être encore valable en l'état. Toutefois, bon, on ne me dit pas que je n'ai plus le droit de rouler. Ce n'est pas la première fois qu'on tente de me la jouer à l'intimidation et que je promets avec forfanterie et fourberie que je le ferai refaire prochainement.
Et donc, on m'intime l'ordre de descendre du véhicule afin de procéder à quelques vérifications. En préalable, l'un des deux brillants chevaliers des temps modernes me demande à quand remonte ma dernière consommation de stupéfiants "héroïne, cocaïne, cannabis". Oui, oui. Directement tout ça. Ça doit être lié à mon apparence ? La main sur le cœur et en affectant une mine quelque peu offusquée, j'ai juré, main sur le cœur, que jamais de ma vie je ne m'étais laissé à une telle extrémité que celle consistant à consommer des drogues illicites. J'ai bien vu que l'on ne me croyait pas. Il n'aura pas fallu longtemps pour que l'on me demande à quand remontait ma dernière consommation de cannabis. Jamais, réponds-je ! Et une fois encore, on me demande à quand remonte mon dernier pétard. C'est dingue. Comme si j'avais l'apparence de quelqu'un qui pouvait se droguer ! Un peu méchamment, légèrement moqueur, j'avoue néanmoins que, après mûre réflexion, en effet, mais il y a bien longtemps de cela, je ne sais vraiment plus quand mais il y a des poignées d'années voire plus encore, oui, c'est vrai, j'ai pris un cachet d'Efferalgan© à la codéïne. Mais attention ! Sur prescription médicale ! Notre bon gendarme qui pensait être parvenu à me faire avouer un crime inqualifiable semble peiné. Je me suis demandé s'il avait compris que je me foutais gentiment de sa gueule. Ce n'est pas certain du tout.
Enfin bon, là, il tente le tout pour le tout. Il me fait faire des tests vachement scientifiques pour vérifier que je ne suis pas sous l'emprise d'une substance qui pourrait perturber mon équilibre. D'abord, il me fait me placer face à lui avec les pieds légèrement en canard et il place un doigt, l'index de la main droite, à hauteur de mes yeux. L'exercice consiste, pour moi, à suivre le doigt qui va de gauche à droite et de droite à gauche sans bouger la tête. Ce n'est pas concluant. Alors, test ultime, je dois tendre les bras et écarter les doigts tout en fermant les yeux avant de basculer la tête en arrière. Je suppose qu'il s'agit de voir si je vais m'écrouler ? Bah non. Même pas de rire.
Alors là, je vois comme un voile passer dans le regard embué de notre bon pandore. Ne lui reste plus que l'arme ultime, le fleuron de la technologie moderne étiquetée NF, l'éthylotest à moteur électronique ! Il ouvre une des sacoches de sa Yamaha bleue, en tire l'appareil rangé dans une belle housse rutilante, place un tube à usage unique garant de la non diffusion de germes pathogènes et propagateurs de pandémies délétères et me demande sur le ton de l'ordre sans appel de souffler là-dedans jusqu'à ce que l'on me dise d'arrêter. Je fais comme c'est qu'on me dit. Je vois déjà que le monsieur de la maréchaussée n'y croit plus beaucoup. Il a perdu la foi. Il est à deux doigts de tout laisser tomber et de filer vivre la vie d'un anachorète ermite et isolé dans des terres inhospitalières et désertes autant qu'inhabitées. Il vérifie l'écran de contrôle. Il ne dit rien. Plongé dans le mutisme de la personne blessée au plus profond de son être. J'ai presque pitié de lui. J'enfonce le clou. "Alors ? Combien ?". Zéro zéro. Je hausse les épaules pour dire que je l'avais bien dit ou quelque chose du genre. On me rend mes papiers. Je ne sais même plus si j'ai dit merci.
En repartant chercher mon pain, je me suis dit qu'il faudrait toujours avoir un instrument dans son véhicule que l'on pourrait utiliser dans ce genre de situation. Je ne vois pas bien quel genre d'instrument mais...

Pour couper court aux interrogatoires barbants

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