Pôle emploi, repaire de salopards à la botte du pouvoir

Quelle surprise peut-il y avoir à ce que l'union de deux entités composées d'incompétents parasites, l'ANPE et l'ASSEDIC, donne naissance à une structure servile toute disposée à plaire au pouvoir sarkoziste en place et sans doute tout aussi disposée à le faire avec tout autre pouvoir pouvant exister ?

Je ne suis (pour le moment) pas directement concerné par Pôle emploi. Ce n'est pas une raison suffisante pour que je ferme ma gueule. Ce que j'ai appris récemment sur le fonctionnement de Pôle emploi me pousse à gueuler un coup. Le gouvernement cherche à faire baisser les "chiffres du chômage", quitte à utiliser les moyens les plus bas, les plus fumeux, les plus dégueulasses. Ce n'est pas le premier gouvernement à avoir user de ces moyens, ce n'est malheureusement pas le dernier à le faire. J'ai connu le chômage, j'ai connu l'ANPE (un peu moins l'ASSEDIC) et les méthodes de radiation des listes de demandeurs d'emploi de catégorie 1. La convocation qui arrive au domicile le lendemain, la carte de pointage qui, bizarrement, n'auraient pas été reçue. Etre radié, ça signifie au moins deux choses. La première, c'est l'arrêt du versement des allocations dues ; la seconde, c'est que vous êtes une saleté de fainéant qui ne voulez pas travailler et qui vous complaisez dans un assistanat délétère pour la société dans son entier et pour la France qui gagne, la France qui travaille dur et plus pour gagner plus. Bref, vous êtes un mauvais élément qu'il faudrait reconduire à la frontière.
C'est un discours qui n'est pas né de l'esprit vif de notre bon président. Il y a même des "de gauche" qui sont allés en leur temps prétendre que le pauvre, tout de même, il y met un peu de la mauvaise volonté et que, s'il se bougeait un peu le cul, du travail il en trouverait. Là n'est pas mon sujet. Je n'ai pas vraiment envie de taper sur la bande de bras cassés au pouvoir (enfin si, j'ai envie) mais sur Pôle emploi qui fait tout pour plaire à ce pouvoir.

On parle de suicides chez Pôle emploi. Il n'y en a pas assez. Les responsables de Pôle emploi ont reçu des instructions. Il faut que les chiffres du chômage baissent. Significativement. Il y a un paramètre dont il convient peut-être de tenir compte, c'est cette "crise" qui a commencé au début des années 70. Mille neuf cent soixante-dix ! Au siècle passé. Que s'est-il donc passé ?
Après la guerre mondiale numéro deux, il a fallu reconstruire. Pour cela, on a créé le concept des trente glorieuses. Comme les choses sont bien faites, les trente glorieuses ont duré presque pile-poil trente ans. Durant cette période, protégée par ses frontières commerciales et son système centralisé et étatique, la France a produit, construit, investi. Renault était devenue une régie nationale, on se nucléarisait l'électricité, les PTT régnaient sur le courrier, le télégraphe et le téléphone, les autoroutes étaient propriété de l'État. Il n'y avait pas de chômage, il y avait du travail pour tous... mais ce n'était pas non plus forcément la grande joie. Le Français moyen avait pu se payer un scooter, il avait pu s'acheter une voiture, il avait son réfrigérateur, vivait dans des immeubles modernes avec l'eau chaude au robinet, il regardait la télévision en noir et blanc et votait de Gaulle.
Les Français baisaient à tire-larigot et ça a donné une cohorte de chiards qui ont grandi. Ils ont poussé avec le poids d'une guerre qu'ils n'avaient pas connu sur les épaules et arrivés à l'âge de se révolter, ils l'ont fait. Un peu. Ça nous a donné l'héritage de mai 68 dont causent les journaux. Ces jeunes, ils voulaient plus de liberté, plus d'interdiction d'interdire et moins de de Gaulle dans la confiture. Ils voulaient de la révolution avec de la gauche dedans. Et aussi un peu d'écologie. Et beaucoup de peace & love, aussi. Avec un peu de drogue qui fait rire, en prime. S'ils n'avaient pas connu la guerre de 40, ils avaient connu celle d'Algérie. Et il se trouve que ça a été un peu une déculottée, pour la France victorieuse. Il se trouve que durant ces trente glorieuses, il y avait tant tellement besoin de main-d'œuvre que l'on avait encouragé les travailleurs d'Afrique du Nord à venir se tuer dans les usines ou les chantiers de métropole. Ça a sa petite importance.
Or, il se trouve que les trente glorieuses ont pris fin subitement et à l'improviste lorsque les pays producteurs de pétrole se sont dit qu'ils étaient bien idiots de ne pas vendre plus cher leur pétrole. A l'époque, ce sont les compagnies pétrolières qui ont tous les pouvoirs sur le pétrole. Elles paient grosso-modo ce qu'elles veulent quand elles le veulent. Alors, quelques pays producteurs de pétrole se réunissent au sein de l'OPEP et décident de prendre les affaires en main. Ils augmentent le prix du pétrole. Pour les pays consommateurs, c'est un peu la catastrophe. Alors, l'économie commence gentiment à se casser la gueule, la consommation s'effondre un peu, le chômage apparaît. C'est la crise. Nous n'en sommes jamais sorti.

Ce qu'il faut bien retenir, c'est que le chômeur ne l'est jamais que par fainéantise. Le chômeur est le fruit d'un système. Il est entretenu parce qu'il est bien utile. Lorsque l'on a compris que les chômeurs n'arrivaient pas à se débrouiller par eux-mêmes pour se trouver du boulot, on a créé l'ANPE qui allait organiser le marché des demandes et des offres d'emploi. Rapidement, on a compris que ça n'allait pas suffire et on a développé un peu plus le traitement social du problème de l'emploi. On allait indemniser les "sans travail".
Pompidou avait inventé le quinquennat et nous nous retrouvions avec un brillant économiste en la personne de M. Giscard (à la barre) d'Estaing. Un personnage vraiment très rigolo qui allait manger chez les petites gens avec sa dame et son accordéon au coin du feu. A la télé, il faisait des dessins pour montrer comment on allait se sortir de la crise. Le chômage se portait de mieux en mieux et les socialistes arrivèrent au tournant des années 80. Ah ! La gauche était enfin là ! Une gauche neuve, sociale, proche du peuple, riche d'idées généreuses ! L'état de grâce passé, ça a été l'austérité. C'est maintenant que l'on allait enfin commencer sérieusement à rouspéter contre ces chômeurs toujours de plus en plus nombreux. Pour les patrons, ce chômage de masse était un peu du pain béni, tout de même. Ça vous faisait une réserve de main d'œuvre importante et prête à accepter de revoir ses prétentions en matière de salaire.
Dans ces années 80, on a fait preuve de beaucoup d'imagination dans le traitement du chômage. On a créé tout un tas de stages amusants, on a poussé plein de gens à créer leur entreprise, on a inventé des emplois carrément sous-payés. Tout n'était pas rose au pays des socialistes mais au moins, ça allait pour le mieux pour l'ANPE qui voyait ses pouvoirs augmenter. C'est là que l'on a commencé à culpabiliser et accuser les chômeurs. Il devenait clair que parmi ces chômeurs, il y en avait un bon paquet qui ne voulaient pas travailler et préféraient passer la journée affalé sur le canapé à grignoter des chips en regardant la télé. Alors, on a commencé à les débusquer et à leur bloquer les allocations chômage. Ça faisait des économies mais on se retrouvait avec des gens qui ne pouvaient plus trop consommer. Et ces gens là, ça peut devenir dangereux quand ça commence à avoir faim.
Alors bon, on a créé les restos du cœur et aussi le RMI. C'était pas grand chose mais au moins, ça permettait d'éviter la révolution. De temps à autres, il y avait encore des politiques qui prétendaient avoir une solution pour sortir de la crise. On a développé l'idée des emplois aidés qui permettaient aux administrations, aux associations et aux collectivités locales de faire travailler des personnes à bon compte. L'idée, si elle manquait un peu d'ambition, n'était pas mauvaise. Après, il y a aussi eu l'idée selon laquelle il faudrait peut-être voir à partager le travail. Si l'on travaillait un peu moins, on pouvait donner quelques heures de travail à ceux qui n'en avaient pas du tout. Je me souviens que lorsque l'idée a été lancée, il y avait plein de personnes qui trouvaient cela très intéressant. Lorsqu'on leur disait que, bien sûr, ils gagneraient un peu moins mais que ce serait compensé par plus de temps libre, ils continuaient à trouver cela plutôt pas mal. Mais voilà qu'une fois que ça a commencé à se mettre en place, ça n'a pas été la même histoire ! On voulait travailler moins mais en gagnant pareil (voire un peu plus). Les syndicats ont bien contribué à casser l'idée.
Alors que restait-il à faire ? Il fallait demander à l'ANPE et à l'ASSEDIC de faire baisser les chiffres du chômage par toutes les manières possibles. Celui qui a vraiment laissé libre cours à l'imagination de ces structures, c'est bien notre président. Il a émis le souhait et les chiens se sont lâchés.

L'affaire que l'on m'a confié est celle-ci. Parce que l'on n'a prétendument pas répondu à l'appel téléphonique, on est radié et on doit rembourser le "trop perçu". C'est tout bénéfice. Un chômeur de moins à mettre au crédit du gouvernement à quelques mois des élections présidentielles et un peu de fric qui revient dans les caisses de Pôle emploi. Le problème, c'est que tout cela n'est pas très moral et complètement illégal. Il apparaît que cette histoire d'entretien téléphonique ne peut pas donner lieu à une radiation pour au moins une raison : Pôle emploi ne peut pas apporter la preuve de sa tentative d'appel. Pour ce comportement et bien d'autres mis en place, je le dis, Pôle emploi est un ramassis d'immondes salopards aux ordres de Sarkozy et de ses tristes sbires.
Le pire, c'est que l'on peut douter des intentions des candidats de gauche pour cette question. Je ne les ai pas beaucoup entendus parler du chômage. Je ne sais pas quand, je ne sais pas si elle arrivera, mais il faudra bien se décider un jour à vraiment s'indigner, à vraiment se révolter.

A lire sur actuchomage.org

Haut de page