Cavanna est mort

Il y a quelque jours de cela, j'apprenais que François Cavanna était hospitalisé pour fracture d'un fémur. Il est mort à l'hôpital des suites de l'opération et pour cause de problèmes respiratoires. Il aurait eu 91 ans le mois prochain.

Cavanna, j'ai commencé à le lire dans Hara-Kiri, journal qu'il avait fondé avec le professeur Choron, Georges Bernier, en 1960. A la fin des années 70, je découvre "les Ritals", premier livre de son autobiographie dans lequel il raconte son enfance à Nogent-sur-Marne, fils unique d'une mère nivernaise et d'un père italien. Ce livre a été une vraie révélation pour moi pour son style et la connivence que Cavanna parvenait à créer avec le lecteur, avec moi.
Bien entendu, j'ai lu les suites de cette autobiographie, j'ai dévoré celui qui raconte la genèse de Hara-Kiri tout particulièrement. A l'époque, j'estimais qu'il n'y avait jamais rien eu de mieux en matière de presse écrite. Aujourd'hui, je continue à penser que cette aventure a été quelque chose de très important pour la société française.
Pendant des années, Cavanna a été, pour moi, le meilleur des écrivains français vivants. Il y avait ce style enflammé, ce ton direct, précis, débarrassé du jargonnage littéraire, des effets de manche, du désir de "faire beau". S'il fallait mettre un "gros mot", Cavanna le mettait. Mais attention ! Cavanna était aussi un amoureux des mots et de la langue française. J'ai lu pratiquement tout ce qu'avait écrit Cavanna jusqu'au début des années 90 où je me suis un peu éloigné de lui. L'amour était cassé. Il y a eu la brouille entre lui et Chroron au sujet de la propriété des titres "Hara-Kiri" et "Charlie Hebdo". Moi, je ne pouvais pas choisir entre l'un et l'autre.
Il y a eu la résurrection de Charlie Hebdo avec Philippe Val et Cavanna tenait sa chronique. J'ai acheté cet hebdomadaire durant plusieurs années. Je lisais Cavanna. J'étais de moins en moins d'accord avec lui. J'ai arrêté d'acheter ce journal à la suite de l'affaire Patrick Font et de l'attitude de Philippe Val à ce sujet. Cavanna, je ne le lisais plus.
J'ai arrêté de m'intéresser à Cavanna sans me défaire de mon affection à son égard. Une certaine forme de tendresse pour ce bonhomme à la moustache fournie et au regard perçant. Voilà quelques années, il écrivait un livre dans lequel il expliquait son combat contre la maladie de Parkinson. Je ne l'ai pas lu. Je ne sais pas si je le lirai un jour. Je pense ne pas en avoir vraiment envie. Et puis, j'apprends que Denis Robert envisage de réaliser un film sur François Cavanna. Il lance une souscription sur Internet et j'apporte mon écot. Aux dernières nouvelles, le film serait en préparation. Maintenant, que va-t-il se passer alors que le personnage principal est mort ? On verra.
Cavanna était un personnage. Sous ses dehors anarchistes et sympathiques se cachait un bonhomme qui avait une opinion nette de lui et du monde dans lequel il évoluait. Sans être prétentieux plus que de raison, il connaissait son talent et on ne peut pas dire qu'il était modeste. Il voulait se croire immortel et pensait (apparemment sérieusement) que la science permettrait un jour de faire disparaître la mort et de nous rendre immortels. Possible qu'il se raccrochait à cette idée par peur de la mort. Il avait raison.

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