La banalité du mal

Ce soir, sur France Inter, Claude Lanzmann était l'invité de François Busnel.

Malgré tous mes efforts, je crains de ne pas être suffisamment mauvais. Lorsque j'étais jeune, j'ai lu "Par delà le bien et le mal" de Nietzsche. J'ai cru à l'époque comprendre certaines choses de cette lecture.
Aujourd'hui, j'écoutais Claude Lanzmann qui parlait en particulier de "Shoah". Il parlait aussi de Hannah Arendt et de son idée de la banalité du mal. Il s'opposait à cette idée que la philosophe exprimait pour décrire Adolf Eichmann lors de son procès. Elle estime que Eichmann est un être banal, bien en peine de faire le tri entre le bien et le mal. Selon elle, le mal est aussi banal que la nature humaine.

Je n'ai pas vu "Shoah". Je n'en ai jamais eu l'occasion et, je dois l'avouer, je n'ai pas fait grand chose pour provoquer cette occasion. C'est un film très long, il faut réellement prendre la décision de voir ce film pour le regarder. Pour autant, j'ai lu des livres, j'ai vu d'autres films et j'ai entendu plusieurs émissions sur le thème de ce que l'on appelle "barbarie nazie". Ce soir, j'écoutais Claude Lanzmann expliquer comment il menait son enquête pour son film, comment il piégeait les acteurs de la folie nazie pour avoir du son et des images. Le moins que l'on puisse dire, c'est que tout cela empêche de penser que ce mal là était tout à fait banal.
Penser à la banalité en parlant de ce sujet, c'est dire que tout homme, tout être humain, porte en lui la capacité de l'horrible, de l'indicible. Par moments, il m'arrive de penser que le plus coupable de tous n'est pas Adolf Hitler. Après tout, il pouvait être malade. Un malade mental fou à lier mais malade tout de même. Ceux qui l'ont suivi, les hauts dignitaires, eux, ne pouvaient pas être tous fous. Je ne parle pas des "petites gens", de ceux qui ont mis Hitler à la tête de l'Allemagne. Le peuple est bête et manipulable, on le sait. Je ne parle pas non plus de ceux qui ont obéi. Ils sont peut-être méprisables, lâches, veules, intéressés ; ils sont sans doute responsables à leur niveau, je ne dis pas le contraire ; je dis juste que les plus coupables sont ceux qui étaient aux côtés du guide.

Si l'on accepte l'idée de la banalité du mal, pourquoi n'accepterions-nous pas l'idée de la banalité du bien ? On donne de la valeur au bien, on refuse de le faire pour le mal. J'en reviens à ce que nous disait Nietzsche. Il n'y a ni bien ni mal. Il est bien trop simple de partager le monde de manière si binaire, si manichéenne. Et c'est moi qui dit ça ! Misère !

bien et mal

L'horreur du nazisme n'a pas guéri l'humanité. Rien ne peut nous permettre de penser que nous n'aurons plus jamais d'expérience semblable. Ce soir, sur France Inter, preuve de la pluralité du service public, Marine le Pen était invitée d'une émission et déblatérait ses conneries habituelles sur l'immigration. Ni bien ni mal, certes. Mais pourriture, ça, il y a.
Pour ma part, donc, aussi mauvais que je puisse l'être, je ne pense pas que je serais capable de tant de saloperies que les nazis. On ne peut jamais jurer de rien, c'est une chose entendue, et je serais bien en mal[1] de prouver quelle aurait été mon attitude au temps des années noires de l'occupation et de la collaboration en France. Pourtant, il me semble bien que j'aurais eu quelque menu scrupule à être un parfait salopard.
Je n'ai pas vu "Shoah" mais j'ai bien l'intention de le faire, désormais. Il va falloir que je réfléchisse à cela.

Notes

[1] Hi, hi, hi

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