Traditions

Le problème, avec les traditions, c'est qu'il y en a trop et qu'il n'est pas chose aisée de démêler dans ce fatras celle qui valent plus que les autres. Aujourd'hui, j'ai un furieux dilemme de tradition.

Dans l'entreprise où je travaille de temps en temps, il y a une tradition qui veut que, une fois l'an, le patron invite les employés, subalternes et autres inutiles à un repas en un restaurant plus ou moins quelconque des environs de Périgueux. Il fut un temps où la tradition était double. Un repas pour l'été, un repas pour l'hiver [1]. La tradition de l'été a été abandonnée et ce n'est pas plus mal. Reste celle de l'hiver.
Il y a de cela quelques années, j'ai été en froid avec mon employeur. Nous avions quelques divergences de vue sur tout un tas de points de détails et alors, j'ai considéré que je me devais de marquer ma désapprobation en dédaignant avec superbe cette invitation au repas annuel. J'ai pris un malin plaisir à rester ferme sur mes positions face aux supplications de cet employeur qui m'assurait que cela lui ferait extrêmement plaisir que je sois présent. Moi, si l'on me dit que ça pourrait faire plaisir que je fasse quelque chose, ça me pousse beaucoup à refuser de le faire. Des fois, je me dis que je dois avoir un sacré problème psychologique [2]. Donc, j'ai commencé à refuser d'être présent à ces repas et, ma foi, convenons-en, personne ne semblait s'en plaindre plus que de raison. Juste, peut-être, quelques personnes me disaient qu'il avait été bien dommage que je ne sois pas de la fête. Dommage pour moi et parfois dommages pour eux. Je n'ai jamais compris pourquoi on peut apprécier ma compagnie. Possible que je sois plus amusant avec quelques verres de vin rouge derrière la cravate.
Année après année, une nouvelle tradition est née, ma tradition à moi, celle de ne pas me mêler aux collègues pour cette sauterie institutionnelle. Une tradition tant et si bien acceptée que l'on en est arrivé à considérer comme "normal" que je refuse l'invitation. Notons au passage que les règles de bienséance font que l'on me demande tout de même si je compte venir ou non. Ça me touche. Un peu. Tout de même, j'ai un peu été choqué l'an passé lorsque, après avoir exprimé mon refus, on m'a répondu : "OK. Très bien". Là, oui, je l'avoue, j'ai presque craqué. Comment ? Cela ferait plaisir que je ne vienne pas ? Cela ne va pas du tout ! J'ai hésité et puis je suis resté sur mon refus.

repas

Ajoutons à mes désaccords avec mon employeur qu'il est arrivé que je n'avais plus envie de voir certaines personnes, certains collègues. J'ai un caractère facile mais faut pas pousser. Alors, oui, j'avais plein de bonnes raisons de refuser et je refusais. Et voilà que cette année, on remet ça. Le souci, cette année, c'est que mes rapports avec mon employeur se sont arrangés un peu [3] et que certaines des personnes que je ne voulais plus trop côtoyer ne sont plus présentes dans l'entreprise. Alors, si j'étais quelqu'un de gentil, si jamais on me le demandait avec un peu d'insistance, je devrais sans doute accepter d'honorer la sympathique assemblée de ma présence si courue. Mais alors, j'irais à l'encontre de ma tradition à moi. Et voilà la question du jour : leur tradition vaut-elle ma tradition ?

Notes

[1] ça pouvait être plutôt au printemps et à l'automne mais bon...

[2] Mais sinon, je le gère plutôt pas mal

[3] En partie depuis que je suis là à mi-temps, je pense

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