Pauvre de moi

Ce matin, je reçois un courrier du Ministère du Budget, des Comptes Publics et de la Fonction Publique.

Il y a aussi un courrier d'une entreprise qui me propose de me racheter mes fenêtres, un courrier de quelqu'un qui veut me vendre du vin et diverses publicités en couleurs sur beau papier. Tout cela rejoint le tas de papier que je réserve pour cet hiver, pour allumer le feu dans la cheminée. Je suis quelqu'un de prévoyant.

Je prends la seule lettre importante et l'ouvre sereinement. Je sais ce qu'elle contient. Je l'ouvre, je déplie la feuille qu'elle contient et je m'arrête sur un beau chiffre : 0.
Cette année encore, je n'ai pas d'impôt sur le revenu à payer. Ça me satisfait. C'est comme ça. On me dira que c'est idiot et que, tout au contraire, il serait très beaucoup vachement mieux que j'en paie des brouettes d'euros, des impôts. Je réponds aux crétins qui pensent cela que j'ai encore le droit de penser comme je le veux d'une part et que je n'ai pas pour but d'être riche.
Et comment fais-je pour ne pas payer d'impôt sur le revenu à payer avec tout ce que je gagne et en vivant seul ? Ah ! Vous aimeriez bien le savoir, hein ? Je vais vous l'expliquer en quelques mots simples et à votre portée : je roule en grosse voiture allemande. Voilà, c'est tout. Il existe une prime pour ceux qui roulent en grosse voiture allemande. La vie est bien faite, j'en ai une.
Rouler en grosse voiture allemande lorsque l'on est trop pauvre pour payer de l'impôt sur le revenu et pas assez riche pour bouffer des nouilles premier prix, ce n'est pas une preuve d'intelligence supérieure. J'en suis conscient et ça me ruine bien le moral. Et encore, je ne compte pas avec le mal que je fais à la planète en roulant avec un véhicule très polluant ! J'ai presque honte de moi, sur ce coup. Disons que je ne suis pas fier, quoi. Et puis je roule vite, aussi, parfois. Trop vite. Je pollue encore plus et je risque de tuer plein de gens. C'est vraiment très mal. Je suis trop méchant.

impôt sur le revenu

Je bats ma coulpe avec beaucoup de conviction et j'espère bien qu'il en sera tenu compte au jour du jugement dernier. Lorsque je me présenterai devant Monsieur saint Pierre et qu'il dressera la liste exhaustive de tous mes mauvais actes, je baisserai la tête en signe de contrition extrême et demanderai pardon. Rien ne dit que les portes du paradis me seront ouvertes un jour et alors, ce sera bien fait pour moi.

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