Il ne faut pas croire que ce soit si facile

Aujourd'hui, en plus d'aller voter je me suis remis à essayer de dessiner. De la façon la plus critique possible envers moi-même. Je ne sais pour l'instant quelle conclusion tirer de ces essais.

Il faut regarder les choses en face, sans avoir peur, sans se mentir. Que je sois un mauvais dessinateur, j'en ai peu à peu la quasi certitude. Que je l'aie toujours été, je suis en passe de m'en persuader. En soit, ce n'est pas bien grave. Juste que j'ai l'impression d'avoir perdu pas mal de temps avec toutes ces histoires. Je ne suis pas le seul fautif. Il faut dire que j'y ai cru, à un moment, que j'étais dessinateur. Je trouvais déjà vachement bien de pouvoir dessiner un bonhomme avec un gros nez rond et une main qui ressemblait un peu à l'idée que l'on pouvait se faire d'une main. Pas fou, je n'ai jamais tenté d'approcher le dessin académique et me suis contenté du dessin prétendu humoristique, bien plus simple et bien plus excusable dans les maladresses et les approximations.
Mon problème, si problème il y a, n'est pas d'être un piètre dessinateur dans la mesure où je considère qu'il en existe de bien plus mauvais encore. Ce que je pense, c'est qu'avec le temps, j'ai appris à voir à défaut d'apprendre à dessiner. Du papier, j'en ai usé ! J'en ai fait des dessins ! Et des mauvais et des encore plus mauvais, je vous prie de le croire. Parfois, je ne dis pas, il y en a certains qui n'étaient pas si mauvais que ça. Il y en a eu quelques uns que je peux encore regarder. Mais voilà que j'ai appris à voir les défauts et que je les ai vus dans mes dessins. Aujourd'hui, cette capacité à voir les défauts me paralysent et j'en arrive à me demander ce que je dois faire. Soit je continue malgré tout et me contente de ce que je peux faire, soit j'arrête. Arrêter le dessin totalement me prendra du temps. Pour le moment, j'ai de la difficulté à ne pas commencer des dessins dès que j'en ai l'occasion. Je ne les termine plus, en général. Je m'arrête dès que je comprends que cela ne conduira à rien d'intéressant. Je comprends de plus en plus rapidement, je crois bien.
Au début, ça m'a mis en colère. Je recommençais mes dessins, je gommais, je reprenais, j'essayais de comprendre comment me sortir d'un mauvais trait, comment le corriger. Ça me mettait en colère et ça me mettait aussi dans des états de profonde déprime. Je suppose qu'il en va de même pour les musiciens amateurs, pour les apprentis bricoleurs. Selon chacun, on arrive toujours à trouver son point d'incompétence, le moment où l'on sent que l'on ne progressera plus, malgré les efforts et toute la bonne volonté ou tout le cœur dont l'on sera capable. Au début, ça me mettait en colère et ce qui me mettait encore plus hors de moi, c'était que l'on me fasse des compliments pour un dessin que je savais raté. Ça, je ne sais pas expliquer pourquoi. Au fond, c'est sûr que j'aurais pu être heureux de constater que, pour certains, j'étais un dessinateur honnête. Mais non. Et ce n'est pas une histoire d'honnêteté de ma part ! Je ne suis pas un honnête maladif et, même, je pense que je tiens un peu de l'escroc intellectuel. J'aime m'amuser à me faire passer pour plus intelligent que je le suis auprès des personnes qui sont disposées à accepter de le croire. J'ai une théorie hyper intéressante sur ce sujet, d'ailleurs. Je vous en causerais un jour.

Aujourd'hui, j'ai pris une feuille de papier Canson et j'ai commencé à dessiner. Evidemment, avec l'état d'esprit du moment, je ne suis arrivé à rien et j'ai abandonné. Pourtant, j'y ai presque cru, à un moment. C'est la vache que j'ai essayé de dessiner. Alors, comme je n'avais pas d'idée, je suis parti de là où je suis arrivé : de rien. C'est normal mais je sais aussi que même avec une idée le résultat aurait été le même. Disons que la mauvaise idée est sans doute de persister à vouloir dessiner ce personnage. Finalement, je pense que c'est là une très mauvaise idée. Je suis arrivé à en faire ce que je pouvais et je sens que je n'arriverai jamais à en faire ce que je voudrais. Ce n'est pas trop pour me lancer des fleurs mais je vois que je suis plus à l'aise avec la Peste ou le Rat qu'avec la Vache. Tout simplement parce qu'elle est plus difficile à dessiner. Mais peu importe. Le dessin que j'ai commencé tout à l'heure, je l'ai abandonné et je suis allé faire la vaisselle.
A présent que je comprends et accepte le fait de ne pas être dessinateur, je ne déprime plus autant qu'auparavant. Je me questionne, ça c'est sûr. Qu'est-ce que je peux bien faire, maintenant que je n'ai plus ça ? Penser à une reconversion professionnelle, construire un nouveau projet de vie ? Je ne sais pas par quel bout prendre la chose. Il me semble pourtant que j'aime toujours dessiner, mais pour moi ou alors juste pour faire plaisir, pour rendre service. Je me dis parfois que la solution serait peut-être bien à aller chercher dans ce que je prends plaisir à dessiner. Dessiner juste pour mon plaisir personnel, sans chercher à plaire à qui que ce soit et, surtout, sans but précis. Devenir une sorte de dessinateur du dimanche, quoi.

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