Léger vague à l'âme

C'est un dimanche comme les dimanches que je n'aime pas. Il ne fait pas très beau et je m'ennuie.

C'est bête, un dimanche. Je me suis réveillé vers 7 heures, ce matin. Nous étions dimanche et la journée aurait pu se dérouler comme une autre journée. Je me suis fait du café que j'ai bu et puis j'ai fait la vaisselle de la veille. J'ai écouté France Inter et j'ai dessiné en fumant quelques cigarettes. J'ai cherché une occupation et je n'ai rien trouvé. J'ai alors compris que ça allait être une journée ennuyeuse, déprimante, longue et terne.
Alors, j'ai cherché dans mes CD la musique qui allait accompagner la journée et j'ai fait un choix qui n'est peut-être pas très judicieux. Depuis plusieurs heures, il me semble n'écouter que des choses tristes ou mélancoliques à mourir. Là, c'est du Higelin. J'aime beaucoup Higelin, mais là, bon, on ne peut pas dire qu'il me soit d'un très grand secours. Notez que, juste avant, c'était Leonard Cohen. Ah là là ! Bon. Je mets quoi après ? En réfléchissant un tout petit peu, je me dis que ce ne sont pas les disques qui sont tristes et qui me ruinent le moral. En fait, je suis intimement persuadé que je pourrais tout aussi bien me passer l'intégrale de Annie Cordy sans que cela m'amène dans un grand état de félicité.

J'écoute du Thiéfaine. Fort. J'écoute du Thiéfaine et je me prépare à encrer un dessin de la vache. Je me retiens de me faire encore du café. J'en ai déjà bu trop depuis ce matin. Je commence à encrer le dessin en écoutant Thiéfaine et je remarque que j'ai envie d'écouter de la musique de "quand j'étais jeune". Dès lors, c'est normal de tomber dans de la nostalgie des deux pieds. Paf ! En plein dedans ! Les souvenirs surgissent. Il faut être vieux pour commencer à avoir des souvenirs submergeants. J'en suis certain. C'est pas terrible, de vieillir. Je ne vous le conseille pas. Quoi que c'est encore la seule solution que l'on a trouvé pour vivre longtemps. C'est un choix à faire.
C'est un peu con, les souvenirs. Thiéfaine ne réveille pas les mêmes que Higelin, chez moi. Deux périodes différentes. Ce qui est amusant, c'est que dans les deux cas, je pense à des filles que j'ai pu aimer. Par faiblesse, par bêtise. Je ne sais pas ce qu'elles sont devenues. Il y en a peut-être bien qui sont mortes. Ça n'aurait rien de très étonnant pour certaines. Pour certaines de l'époque Thiéfaine, je veux dire, surtout. On a eu tendance à dire que Thiéfaine avait pu faire l'apologie de la drogue et pousser à la consommation de produits stupéfiants. Et bien... je pense que c'est la stricte vraie vérité vraie. Qu'est-ce que j'ai aimé cette courte période de fréquentation des squats malsains ! Ah ! Qu'il était bon de se sentir foutus ! Je crois que j'ai eu peur et que je ne suis pas allé au bout de ce que l'on envisageait comme style de vie, la bande de copains et copines que nous étions à l'époque. J'ai toujours été un peu froussard.
J'ai eu des copains et des copines qui l'étaient bien moins, froussards. Certains d'entre-eux ont chopé le SIDA, d'autres une bonne overdose. On est bien peu de chose lorsque l'on est jeune. Parfois, je pense à eux. Un peu. Ça me fait bizarre. Un mélange de sueur froide qui coule sur l'échine et de respect (idiot, je sais). Je crois que je n'ai jamais eu trop envie de mourir, en fait. C'est sans doute pour cela que je suis encore là.

Au fond, tout cela est très romantique. Heureusement que c'est une saloperie qui disparaît avec l'âge. Il me semble, mais je peux me tromper, que l'on comprend bien ce qu'est la vie et ce qui nous attend, lorsque l'on est jeune. Trop, peut-être. Alors, certains, le plus grand nombre, choisissent de se mentir et d'aller voir tout de même si c'est vraiment si pire que ce que l'on pense, la vieillesse. Et quand on a mis un doigt dans l'engrenage, c'est trop tard pour faire marche arrière. Bien sûr, il y a ce que l'on pourrait appeler les soins palliatifs. L'argent, la vie sociale, la construction d'une famille, l'achat d'un logement, d'une voiture. Il y en a qui vont se donner pour mission de réussir à faire des pizza et d'autres qui vont écouter du Jazz. Chacun son truc et sa manière de se faire croire que ça vaut tout de même le coup de vieillir. Bouarf !

Enfin bon. J'arrête avec Thiéfaine et les souvenirs et je passe à Meddle de Pink Floyd. Sauf que, ça m'en éveille d'autres, des souvenirs. Des souvenirs émus. Ah là là ! Bien. C'est une journée comme ça, hein.
Alors, j'ai tout de même dessiné une vache. Ça n'aura pas été une journée totalement nulle. On se rassure comme on peut, je vous dis.

cow-cow

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