Répétition

C'est dit, ça a été décidé par des instances supérieures et j'ai cédé face à l'énorme pression, le réveillon de Noël aura pour cadre mon humble et désordonnée demeure.

Si l'on voulait aller chercher les tenants et les aboutissants qui ont conduit à cette farfelue et abracadabrantesque prise de décision, ce serait vers Boumbah! qu'il faudrait se tourner. Lui seul, en effet, est à l'origine de ce que l'on peut dès lors pressentir comme le moins chrétien et le plus stupide autant que catastrophique réveillon de Noël.

Que je vous explique un peu. Boumbah! a en tête de grands projets immobiliers. En clair, il prévoit pour l'horizon 2012 d'entrer en ses pénates. Accession à la propriété et tout le toutim, si vous voyez le genre. Seulement, Boumbah! n'est pas du genre à s'engager à la légère sur le long chemin cahoteux de la construction d'une maison de grande classe. Ah non alors ! Sa maison, ce sera assurément quelque chose ! C'est dit. Ce sera ça ou rien, qu'on se le dise, qu'on le fasse savoir autour de soi, qu'on le clame sur les places publiques et dans les cercles les plus fermés.
Or donc, tandis que certains foncent tête baissée à la poursuite de leur foyer doux foyer, Boumbah! calcule, extrapole, imagine, fantasme, rêve. Sa maison sera idyllique. Pour Boumbah!, une maison se doit d'avoir un toit comme ceci et des murs comme cela ; une porte de cette manière et des fenêtres de cette espèce. Dans sa maison, il y aura un cellier et puis une cave ; des toilettes sentant encore meilleur que le Grand Babu et une cave où placer amoureusement les grands crus et les dives bouteilles qu'il garde par devers lui. Vous le comprenez, cette affaire n'est pas ce ces affaires que l'on traite à la légère, par-dessus la jambe. Bien.

Mais revenons à notre affaire, justement. Dans cette maison, il y aura une cheminée. Mais pas une cheminée bêtement posée là pour faire joli et pour, de temps à autres, faire une petite flambée romantique. Non. Cette cheminée se devra d'avoir une tâche à effectuer, celle de permettre la cuisson d'aliments de choix triés sur le volet. Et pas que des lentilles. Avant même que la première pierre de la cheminée soit posée, Boumbah! a déjà acheté le tournebroche associé à une lèchefrite en beau cuivre étamé. Et il se trouve que, faute d'âtre idoine, Boumbah! n'a pu jusque là s'assurer du bon fonctionnement de l'ustensile. Diable !

Et c'est là que j'arrive, moi et ma modeste demeure. Aussi minable et pitoyable qu'elle puisse bien être, elle a pour intérêt de recéler une cheminée, une sorte de cantou. Elle a pour principal mérite d'accepter que l'on y puisse brûler du bois et qu'elle n'enfume en rien la pièce. Ce n'est pas si mal et c'est bien ce que l'on demande en priorité à une cheminée, non ? Si. Et c'est en réfléchissant à cet état de fait que Boumbah! a trouvé l'idée géniale de tester SON tournebroche dans MA cheminée à moi que j'ai. Bon prince, je n'ai pas pu refuser et nous avons donc convenu (sous le menace) que nous cuirions un gigot pour le réveillon de Noël. C'était ainsi et nulle question d'y revenir.

Un peu inquiet, j'ai soumis l'idée qu'il pourrait être intéressant de sacrifier un poulet pour s'assurer de la faisabilité de la chose. Toutes les parties en présence ont donné leur accord et ainsi fut-il fait. Le jour dit, vers 10 heures, un feu de bois a été allumé. Les bûches ont été ajoutées de manière à produire une belle quantité de braises. Le poulet a été préparé et embroché convenablement et dans le respect des droits de l'animal qui, nous le jurons, n'a pas souffert de ce traitement qu'habituellement je réprouve avec toute la vigueur du fervent défenseur de la cause animale que je suis. Le tournebroche a été remonté avec la manivelle fournie à cet effet et le fier volatile a pu commencer sa ronde infernale. A ce moment, il était déjà 11h50.

poulet



A 12h30, il fallait remonter le mécanisme du tournebroche. Vous noterez au passage l'acte écologique que cela représente. Pas un gramme d'électricité n'a été utilisé pour cette opération. A 12h50, hélas, le tournebroche tombait en panne et, malgré les efforts répétés des services techniques, il fallait se rendre à l'évidence que le poulet ne tournerait plus que si l'on s'en occupait manuellement. Quoi qu'il en soit, le poulet finit par présenter une belle peau craquante et dorée. De plus, cela ne sentait pas mauvais du tout. Nous jugeâmes que la bête était cuite, nous le découpâmes, le goûtâmes et jugeâmes que c'était hyper bon !

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