C'est un bouquin, un livre de poche. Je l'ai depuis longtemps. Jusque là, je n'ai pas voulu le lire. Et puis voilà. Rien d'autre sous la main, rien d'autre à me mettre sous les yeux, je le prends et l'ouvre.
Dans toute bibliothèque, il y a des livres qui n'ont pas été lus. Celui-ci m'avait été offert. Habituellement, je lis les livres que l'on m'offre mais il existe des exceptions. Soit que vraiment ce n'est pas un livre que je peux m'imaginer lire ; soit que la lecture me semble impossible en raison d'un contexte particulier. Celui dont il est question ici relève de cette deuxième catégorie. Pour autant, le temps passe, les souvenirs s'estompent et je n'ai rien d'autre à lire. Disons plutôt que je n'ai rien d'autre à lire qui soit facilement accessible. Des livres vierges, je dois en avoir un bon paquet, perdus au fond de cartons qui n'ont pas été ouverts depuis mon dernier déménagement. Etant donné la difficulté d'aller chercher ces cartons, de les retrouver dans le bazar de mes archives empilées au sous-sol, j'ai préféré jouer la carte de la simplicité et choisir le bouquin le plus directement accessible qui n'a pas encore été lu. Ce livre, honnêtement, je ne suis pas bien certain qu'il me plaise. Pour le moment, j'en suis à une vingtaine de pages. C'est un roman américain. On dit que le roman américain est le meilleur. A lire certains auteurs, je ne suis pas loin de le penser.
J'ouvre le livre. Un petit mot de la personne qui me l'a offert : "Chose promise... Bonne lecture." C'est signé d'un mystérieux "S.". "S." ? Je sais bien qui m'a offert ce livre. C'est même parce que je sais qui me l'a offert que je ne l'ai pas lu. Aujourd'hui, je ne suis pas capable de mettre un prénom sur ce "S.". J'ai cherché, je n'ai pas trouvé. C'est bizarre, je ne devrais pas m'en soucier outre mesure. Après tout, le fait que je ne me souvienne pas du prénom est plutôt bon signe, signe que j'ai oublié, que la blessure n'est plus béante, que la cicatrisation est faite. "S.". "S." comme Sylvie, Sophie, Séverine, Sandrine ou Ségolène... Sauf que je suis certain (sûr et certain) que ce n'est aucune de celles-ci qui m'a offert ce livre. Ça fait un drôle d'effet de constater comment le cerveau parvient à effacer certaines informations. Pas réellement effacées, d'ailleurs. Je sais bien qu'il suffira de peu de chose pour que le prénom ressurgisse au moment où je l'attendrai le moins. Ce qui est intéressant, c'est bien que cette absence de prénom perturbe la lecture du livre et que je reviens sur cette recherche tous les deux paragraphes en moyenne.
C'est donc un roman américain. Au bout de quelques pages, il y a déjà des détails qui m'ennuient. Je suis un obsédé du détail. On peut me raconter les histoires les plus improbables, me raconter qu'un dragon rouge cracheur de feu sème la panique sur une île perdue de l'océan Pacifique et qu'un explorateur va parvenir à le tuer et à faire revenir la joie de vivre dans l'île et, qu'en guise de récompense, le roi local lui donnera la main de sa fille, une ravissante personne, qui refusera qu'on la lui coupe, cette main, parce que, justement, elle juge qu'elle le sera beaucoup moins, ravissante, une fois qu'elle sera manchote, la fille du roi local. Oui, on peut me raconter des histoires stupides de ce genre et je ne trouverai rien à y redire. Je goûterai même le bonheur de se laisser mener par le bout du nez par l'imagination de l'auteur de l'histoire. Je suis plutôt bon public. Mais alors, que l'on s'avise de faire une faute dans le récit et là, je suis impardonnable. Tenez, un exemple au hasard... Je ne sais pas si vous avez vu le film La Grande Evasion de John Sturges avec Steve McQueen... Enfin peu importe. Dans ce film, donc, il y a une scène où Steve McQueen parvient à s'évader du stalag où il est détenu au guidon d'une moto. Sauf que, ce stalag étant un peu allemand sur les bords et que, d'autre part, l'action se situe clairement dans la première partie des années 40, on peut légitimement s'étonner que le héros utilise une Triumph bien plus récente pour accomplir son exploit. Je sais bien que l'explication a été donnée à maintes reprises, que l'acteur a refusé d'être doublé et qu'il refusait d'effectuer la cascade au guidon d'une moto allemande des années 40... Mais tout de même. Dans le même registre, il y a une scène de je ne sais plus quel opus de Indiana Jones où un side-car allemand des années 40 (oui, je suis mono maniaque) laisse voir très nettement des couvre-culbuteurs de BMW bien plus récente. Bref, ça, je n'aime pas du tout... Et donc, dans ce bouquin, l'auteur nous présente sa collection d'appareils photo et nous parle d'un Leica M9 et d'un objectif Summicaron 300mm. Je suis bien conscient que celles et ceux qui n'y connaissent rien ne verront rien de bien méchant dans tout cela, mais pour ma part, je trouve que ça la fout mal. Enfin passons.
Donc, ce livre est écrit par un romancier américain. Il s'appelle même Douglas Kennedy, cet auteur. Le titre du livre, quant à lui est "L'homme qui voulait vivre sa vie". Là où j'en suis de sa lecture, il est bien trop tôt pour faire un compte-rendu ou une critique. Disons qu'il apparaît assez tôt que le personnage principal est un homme, sans doute d'une quarantaine d'années, avocat, marié et père de deux enfants. Tout ne va pas pour le mieux au sein du couple et je ne sais pas encore très bien pourquoi cela ne va pas très bien. La famille vit dans une belle maison de style colonial. Il semble que l'on ne connaisse pas de problèmes d'argent. Pour ce qui est du style de l'écriture, je pense que l'on peut reprocher le penchant habituel des romanciers américains pour farcir leurs récits de descriptions dont, honnêtement, on se passerait bien. Surtout si c'est émaillé de fautes.
Mais le sujet n'est pas de vous raconter le bouquin. Si vous avez envie de savoir ce qu'il raconte, vous n'avez qu'à l'acheter ou aller voir à la bibliothèque s'ils ne l'auraient pas, par hasard. Non, le vrai sujet, c'est bien le mystère du prénom de la personne qui m'a offert ce bouquin. Au fond, à présent, à l'heure où j'écris ces lignes, j'en suis presque à espérer que je ne le retrouverai pas. Je ne me fais pas beaucoup d'illusion. Si cela se trouve, il va rejaillir avant même que j'aie terminé ce billet. Ce serait vraiment de la malchance, convenez-en. Un roman, c'est toujours un peu de mystère. On va à la découverte d'un livre avec envie et l'esprit ouvert à tout (ou presque). On pourrait bien faire un parallèle avec le cinéma mais, sans savoir bien expliquer pourquoi, il me semble que ça ne fonctionne pas du tout de la même manière. Sans doute parce que l'on voit un film en quelques dizaines de minutes et que l'imagination n'est mise à contribution que pour tenter de découvrir la suite donnée à une action ou à une intrigue là où, dans un roman, on va passer plusieurs heures et que ce sera à nous, lecteurs ou lectrices, de nous faire des images. Elles seront donc différentes d'un lecteur à l'autre. Elles seront donc propres à chacun.
Ce soir, alors que j'en suis au début de la lecture de ce roman, je me demande si je l'aurais ouvert si je me souvenais encore du prénom de "S.". Je suppose que, sauf si vraiment l'histoire ne me plaît pas, maintenant j'irai au bout des quelques centaines de pages du livre. Je n'aime pas beaucoup m'arrêter en cours de route.

En attendant d'aller poursuivre la lecture de ce livre, je vais aller me préparer quelque chose à manger.