Jusque là, c'était la première guerre mondiale qui semblait inspirer Jacques Tardi. Dans son dernier album, il donne la parole à son père, René Tardi, militaire engagé dès 1935, qui participera à la guerre de 39-40 comme chef de char d'assaut et connaîtra la défaite et la condition de prisonnier de guerre dans un stalag de Poméranie.
C'est cette guerre vue du côté de son père que nous raconte Jacques Tardi. Au début des années 80, il a demandé à son père de consigner ses souvenirs par écrit. C'est en partant de ces carnets de mémoire qu'est né cet album de BD. L'auteur prend la liberté de se représenter en jeune garçon au long des pages alors qu'il n'était même pas né.
Jacques Tardi laisse parler son penchant antimilitariste qui, semble-t-il et dans une certaine mesure, était partagé par son père. Militaire de carrière, sous-officier engagé, René Tardi est confronté à la bêtise des responsables politiques et militaires dans la gestion de cette guerre. Les munitions introuvables, le matériel obsolète, la certitude chevillée au corps d'avoir la meilleure armée du monde et celle que Hitler n'oserait jamais passer par la Belgique pour atteindre le territoire français. On sait ce qu'il en sera, on sait la déroute de l'armée française. On sait moins le ressenti des prisonniers de guerre, vaincus, anéantis. Jacques Tardi, dans ce premier album sur l'histoire de son père[1], Jacques Tardi explique les conditions de vie à l'intérieur d'un stalag jusqu'au débarquement allié en Normandie. On est très très loin de la série (méprisable ?) "Stalag 13" avec son Papa Shultz ou de "La vache et le prisonnier" ou d'autres films réalisés après guerre et qui tentent de ridiculiser l'Allemand et de glorifier le génie français. Dans les faits, les militaires français étaient les vaincus et ils portaient la honte de la défaite sur leurs épaules. Après guerre, ils n'ont pas été fêtés.
Cet ouvrage volumineux est construit sur le principe de cases allongées qui font la largeur de la page. L'ensemble est principalement décliné dans des tons de gris et j'ai eu du mal à ne pas le lire d'un seul coup. J'aime faire durer un peu les livres que j'aime bien. Celui-ci, je vous le conseille. Il coûte environ 25 euros et est édité chez Casterman.
Note
[1] D'autres suivront bientôt.
1 De clafy, fan de Hell-MIche - 15/12/2012, 15:34
Cela me rappelle un peu le format de MAUS que j'ai lu et aimé. Merci pour le conseil.
2 De michel - 15/12/2012, 15:49
@clafy, fan de Hell-MIche : J'ai lu MAUS et j'ai été bouleversé par ce livre. Ce n'est cependant pas la même chose. Tardi se défend d'ailleurs d'avoir "voulu" faire son MAUS. Le sujet est moins grave, le ton l'est aussi bien moins. Je pense que l'ouvrage de Tardi restera moins dans l'histoire que celui de Art Spiegelman.
En outre, je ne sais pas si vous trouverez ce livre aux Etats-Unis d'Amérique.
3 De shanti - 15/12/2012, 18:39
Je viens de commencer un roman qui traite de la même période.
Bon, ça n'est pas une grande oeuvre littéraire, l'histoire débute dans une famille de paysans relativement aisés, qui s'en sorte convenablement à la sueur de leur front. Cette famille demeure près de Laon, et du jour au lendemain elle se retrouve à devoir fuir l'ennemie qui arrive.
C'est alors l'exode.
Entassés dans deux chariots, les cinq enfants, parents, et un jeune homme recueilli à la D.D.A.S.S.se dirige vers le sud.
Longue colonne de véhicule en tout genre, brouettes, charrettes ... Chacun emporte avec soi le peu transportable. Laissant maisons, basse-cour, cheptel, moissons à venir ...
On est en Juin.
Une longue colonne bien en vue des bombardiers qui ne tarderont pas à faire feu ...
Merci pour votre conseil, j'essaierai de me procurer l'ouvrage de Tardi. Je crois que je n'ai jamais rien lu de lui, mais ai écouté un "reportage" sur F.I. qui traitait de la "chose".
Bonne soirée, à tous !
4 De shanti - 15/12/2012, 18:41
Excusez l'orthographe j'ai oublié pas mal d'accord de "sujet-verbe", je ferai mieux la prochaine fois, promis, mais ce soir ... j'ai mal aux pieds !!!
5 De michel - 15/12/2012, 18:54
@shanti : Et quels sont les titre et auteur de ce roman ?
Pour le Tardi, je l'ai prêté à mon frangin. Je peux vous le prêter une fois que je l'aurai récupéré.
6 De shanti - 15/12/2012, 19:08
@michel :
Le titre : Les Jonchères
L'auteur : Alice Collignon.
Mais je ne pense pas qu'il vous plaira, c'est du facile à lire.
D'accord pour le prêt, je dois par ailleurs vous rapporter "14" que j'ai beaucoup aimé.
7 De shanti - 15/12/2012, 19:57
Bon, je pense que vous avez trouvé le livre et que vous vous dites que c'est un roman à l'eau de rose, édulcoré.
Certes, je n'ai pas à me justifier, mais tiens à dire que c'est un bouquin que j'ai pris au "vestiaire" ...
Ceci dit cette histoire "à l'eau de rose" retrace malgré tout des situations vécues.
Je n'ai connu mes oncles et tantes, bref, je ne vais pas vous faire un portrait de ce que j'appelle "mon désert familial", mais une histoire similaire à celle narrée dans ce bouquin m'a été comptée par ma mère.
Une de ses soeurs s'est prise d'amour pour un allemand, durant l'occupation.
A la libération, elle fut tondue. Personne de sa famille ne l'a comprise, ni soutenue !
Ces vécus sont divers et variés.
Comme le disait très justement un jour Arielle, chaque vie est un livre potentiel !
8 De michel - 15/12/2012, 20:06
@shanti : De cette guerre, je n'ai pas beaucoup d'histoires familiales. Mon grand-père maternel prisonnier de guerre et qui est tombé malade ce qui a valu à ma mère le statut de pupille de l'état (ou quelque chose du genre), ma mère née en 1940, des années passées en Normandie où la vie ne semblait pas si difficile que ça.
Du côté de mes grands-parents paternels, par contre, mis à part un court séjour en Dordogne, à Saint-Rabier, sans doute au moment de l'exode, il me semble que la guerre s'est plutôt bien passée. J'ai comme l'impression que la présence allemande ne les dérangeait pas vraiment, pour tout dire.
9 De Liaan - 15/12/2012, 20:14
Tardi Jacques, auteur de BD français, né en ...
je ne vais pas faire la biographie de Tardi, mais, Tardi, je l'ai connu dans Pilote (le journal qui s'amuse à réfléchir) dans les années 1973/1974 avec "Rumeurs sur le Rouergue", j'aimais la façon dont il dessinait les nanas. Ah ! Cette brune aux cheveux longs, lisses...Puis, il y a eu 1976, et "Adieu Brindavoine", Là, j'ai été épaté par son ambiance "1900" !
Le temps a passé. Des heurts, des malheurs, l"Adieu Brindavoine" a disparu contre une modique somme lors d'une vente aux Puces... Puis, je me suis refaits et ai racheté toute la séries des "Adèle Blan-Sec", j'ai pu trouver "Polonius", puis ce furent les Daenincks, les Manchette, les Siniac, bref "tout Tardi", tout ce que réalise Tardi est un plaisir pour moi !
Je n'ai pas encore acheté "Moi, René Tardi..." mais, inutile de le dire, je vais l'acheter, je ne dirais pas "les yeux fermés", mais parce que c'est du Tardi. J'aime ce qu'il fait, j'aime sa démarche, j'aime son dessin, bref, je suis un inconditionnel. Je l"ai cité par rapport au TFCDM, car je pense qu'il pourrait être l'illustrateur de ce feuilleton rocambolesque qui nous fait surgir des Renault 4 en plein XXIème siècle, lui, Tardi qui avoue ne pas aimer dessiner les bagnoles actuelles (dans sa BD "griffu", il accepte de dessiner des 4L, dans les romans de Manchette, il s'agit toujours de bagnoles classiques (Mercedes, Ford, Jaguar, etc.), sinon dans l'histoire du chômeur dans une cage (j'avoue que je ne l'ai pas lu, qui se passe à notre époque, il ne dessine que des "Smart', pour toute bagnole; Il n'aime pas les bagnoles, et il a bien raison ! )
Bref, j'aime Tardi !
10 De Liaan - 15/12/2012, 20:53
Esthétique, la présentation de l'album de Tardi dans l"environnement de la photo "si vi pasem et cœtera","le noir et le rouge ne se marient-ils pas ?"
11 De Liaan - 15/12/2012, 21:02
À propos de la guerre 1939/1945, du côté de mon père, c'est François Cavana, et ses "Ruskoffs" qui rappelaient le plus de souvenirs (l'exode, les bombardement des "avions italiens, ceux avec une cocarde") et les privations durant l'occup. Les fameux rutabagas et autres topinambours. Du côté de ma mère, c'était les premiers Allemands, en moto, qui "filochaient" avec leurs machines... @michel : Comme quoi, hein, les "Boches", y z'avaient de sacrés chiottes ! Par rapports à nos Monet-Grognons et autres Terrot, pas étonnant que les japs, forces de l'Axe, y z'ont copié ce qu'il y avait de meilleurs sur la planète de l'époque !
12 De Liaan - 15/12/2012, 21:03
François Cavana ou François Cavanna ?
J'ai la flemme de vérifier.
13 De Liaan - 15/12/2012, 21:13
Dire que le père de Jacques, René Tardi a rempilé (chez les militaires) après 1945 !
Pas étonnant, l'antimilitarisme de Jacques Tardi !
14 De shanti - 16/12/2012, 09:18
J'étais vraiment fatiguée hier soir, que de fautes ... Fermez les yeux, c'est un conseil !
15 De michel - 16/12/2012, 09:22
@Liaan : Cavanna. J'ai beaucoup aimé lire tous ses bouquins autobiographiques. Je n'ai pas lu le dernier. Il faudra peut-être ? C'est une personne que j'aimais beaucoup, le François Cavanna. Et puis, je ne sais plus ni pourquoi ni quand, il m'a lassé. Il me semble qu'il a eu quelques prises de position pour je ne sais plus quels sujets qui ne m'avaient pas plu. Les Russkofs, va falloir que je le retrouve et le relise.
16 De shanti - 16/12/2012, 09:25
@michel :
Vous n'avez donc pas connu votre grand-père maternel ?
Ou est-il rentré, tout de même ?
17 De michel - 16/12/2012, 09:27
@shanti : Si, si, je l'ai connu. Il est mort il y a environ deux ans. Il était donné pour mort lorsqu'il était prisonnier mais finalement, non.
18 De shanti - 16/12/2012, 09:47
@michel :
Ah ! C'est bien ce qu'il me semblait.
Vous a-t-il parlé de sa vie de détenu ?
19 De michel - 16/12/2012, 09:50
@shanti : Oui, quelques histoires, toujours les mêmes. Pas grand chose, au final.
20 De shanti - 16/12/2012, 09:59
@michel :
Il me semble que c'est souvent le cas.
Il n'y a pas tant de récit que cela. Sans doute était-il difficile de replonger dans le vécu, ou une sorte de pudeur. Ou peut-être aussi, ces témoins ne voulaient pas déranger avec leur histoire, ou peut-être encore ne sentait-il pas leur auditoire très intéressé.
Quelque part c'est dommage, ces témoignages font partie d'un patrimoine qu'il faudrait pouvoir conserver.
21 De michel - 16/12/2012, 10:02
@shanti : Je pense aussi qu'au fond, il n'y a pas grand chose à en dire dans la majeure partie des cas. Les journées devaient se suivre et se ressembler. Ce ne devait pas être une vie bien palpitante. La faim, les poux, la vermine, le froid, les combines, les petits plaisirs.
22 De shanti - 16/12/2012, 10:07
@michel :
Sans doute, mais tout ce que vous citer est déjà une partie d'histoire.
Une blessure, les suites, les personnes rencontrées, les joies, les peines ...
Il y a matière, mais voilà pour connaitre tout cela il faudrait faire parler les "témoins" et là ça n'est pas si facile.
L'histoire contée par Tardi ne contient pas davantage que ces points, seulement ils ont été développés.
23 De MaPY - 16/12/2012, 20:10
Merci pour cette petite présentation de cet album. J'adore aussi ce que fait Tardi. Lors de mon prochain passage à la fnac, je ne manquerai pas d'y jeter un oeil.
24 De MITO-MITO - 17/12/2012, 01:43
@michel : "au final"... décidément, à part au spectacle où il est bienvenu, je n'aime pas ce truc inepte pendu au bout des cartes de presse audiovisuelles. Enfin... finalement, ce n'est pas plus mal pour finir, même à la fin !