L'art de perdre son temps

On ne peut pas prétendre que j'aie jamais brillé à la course à pied, au saut en hauteur ou en longueur, au lancer de poids ou de javelot, à la baballe ou à quelque autre sport qui soit. De même, je ne suis pas un champion avec les chiffres, avec les langues étrangères, avec le ménage ou encore avec le courage. Mais il est un point sur lequel je pense être presque imbattable, c'est dès lors qu'il est question de perdre son temps.

Il y a des années, pour rendre service, j'ai fait une sorte de site Internet pour quelqu'un. Ça ne m'a strictement rien rapporté, même pas la satisfaction de l'avoir fait. Je le trouvais moche et ça ne s'est pas arrangé. Ce site est basé sur Joomla!. C'est une sorte de cms que certains aiment et que d'autres n'aiment pas. J'aime plutôt bien.
Ce site a été livré fonctionnel il y a bien des années. Je dirais que je l'ai fait aux alentours de 2006. J'ai expliqué à la personne responsable de l'association comment se débrouiller avec ça pour créer de nouveaux articles, pour mettre des photos et ce genre de choses. Le site est hébergé gratuitement chez Free avec toutes les réserves que cela comporte. Bien.

Ce matin, je vais rendre visite à ma chirurgienne-dentiste. Oui, je fais gaffe, maintenant, à bien féminiser les professions, après les déconvenues du brave député UMP Julien Aubert. C'est que je n'ai pas envie d'être sanctionné, moi. Donc, je vais me faire triturer la bouche par des mains expertes et je rentre en mes pénates avec une lèvre encore anesthésiée. Je me fais du café et découvre, heureux, que j'ai une idée de dessin. Je prends une feuille et commence quelques croquis préparatoires. Je suis un peu content, vous pensez bien ! Surtout que ce n'est pas une idée de dessin de moto.
Le café est passé, j'en ai déjà bu une belle grande tasse pleine et je continue de bosser sur mon personnage. Ça va bien. Le téléphone sonne. Je pense que ça doit être encore un téléprospecteur ou trice. La plupart des appels téléphoniques qui parviennent jusqu'à moi viennent d'eux. Je regarde l'écran du téléphone, j'hésite, je décroche. J'aurais pas dû.
La personne qui est au bout du fil m'explique qu'elle s'appelle "machin" et qu'elle m'appelle parce qu'elle a pris la suite de "truc" à l'association "bidule" et qu'elle a un "gros souci" avec le site que j'ai fait pour l'association.
Je mets un peu de temps pour remettre tout ça en ordre. Ça date d'un peu loin et j'avais tout oublié de tout ça.

— Le site ne marche plus.
— Hum ? C'est quoi l'adresse, au fait ?

On me donne l'adresse et je constate que ça ne marche plus du tout. C'est même tout à fait en panne. Une belle panne avec de beaux messages d'erreurs php. Bon.

— C'est en panne depuis quand ?
— Oh ! Disons une semaine ?
— Vous avez fait quoi ? Vous avez touché à quelque chose ?
— Non, non.
— Je veux bien regarder vite fait mais je suis en train de faire un dessin, là. Vous avez les codes d'accès ?
— ...
— Allo ?
— Oui, oui.
— Vous avez les codes ?
— C'est à dire que...
— Si je n'ai pas les codes, je ne vais pas pouvoir faire grand chose.

Un léger flottement. Je sens que la décision est difficile à prendre. Peut-on me faire confiance ? Ne serais-je pas un dangereux pirate qui chercherait à mettre la main sur de précieuses données ? On hésite, on pèse le pour et le contre, on tergiverse, on s'excuse, on dit que l'on va demander au président.

Là, j'aurais dû dire que je n'avais pas le temps de m'occuper de ça et raccrocher. Mais voilà, je suis bête. J'ai insisté, tenté de prouver ma bonne foi et j'ai obtenu les codes ftp. Bien.

Là, je vous passe les détails mais je constate que la version de Joomla! est très ancienne. Je me dis que je ferai la mise à jour si j'ai le temps, plus tard. Je constate que la partie "administration" fonctionne et il ne me faut pas longtemps pour vérifier que le site fonctionne en changeant de template. Donc, j'incrimine le template. Normal et logique. Je sais que j'ai une copie de ce site (ou du moins de ce template) quelque part. Je démarre le G4, je cherche dans les disques, je trouve. Je renomme le template du site et place le même, tout neuf, sans les quelques modifications que j'avais apporté. Je rapatrie le template malade en local et commence à chercher l'origine du problème. Je vois bien quelques bricoles mais rien de flagrant.
Pendant que j'y suis, je fais les mises à jour de Joomla! et des quelques extensions. Pendant que ça se fait, j'en profite pour écrire un texte pour un roman collaboratif auquel je participe de temps en temps.
Et puis, je cherche l'origine de la panne. Je compare les fichiers qui peuvent être responsable entre la version "neuve" et la version "cassée". J'y ai mis le temps mais j'ai trouvé. Ah oui, j'ai trouvé et ça n'a pas pu se faire tout seul. La panne était dû à l'absence de quelques caractères. J'ai remis un "<?php" là où il avait disparu et, comme par magie, ça s'est remis en marche.

J'étais à la fois content et un peu énervé, tout de même. J'ai terminé les mises à jour puis j'ai remis le fichier réparé puis j'ai envoyé un mail pour dire que ça marchait. Il était un peu plus de 18 heures. Je n'ai pas réussi à me remettre au dessin et maintenant, je me prépare à manger.

Tout de même, j'ai eu droit à un "Merci !" suivi d'une émoticône rigolarde. Je n'ai pas perdu ma journée !

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