Déménagement

Aujourd'hui, j'ai aidé un copain à déménager.

Tantôt, tandis que nous délaissions la terrasse d'un estaminet jouxtant la halle du marché couvert de la place du Coderc de Périgueux en raison des températures par trop glaciales pour préférer nous réfugier dans la salle chauffée et agréablement agencée et décorée, nous devisions, un copain et moi-même de l'actualité de l'art. Nous fûmes en accord sur le fait que, ni l'un ni l'autre, étions capable de citer le nom d'un artiste œuvrant dans le domaine de la peinture ou de la sculpture et reconnu par le milieu artistique présent. Nous pûmes citer les noms d'artistes des années cinquante, soixante ou quatre-vingt sans problème majeur, les critiquant le cas échéant et reconnaissant leur tartufferie patente si bon nous semblait mais nous nous révélions incapables de donner le nom d'un artiste frais, vivant et novateur. Nous en connûmes une profonde honte et finîmes notre tasse de café avant de prendre congé l'un de l'autre.
C'est parce que je l'aidais à déménager que nous retrouvâmes en cette belle ville de Périgueux ce jour. Habituellement, je dois l'avouer, il est rare que l'on puisse me trouver en cette cité deux fois millénaire en dehors des heures de travail. Ce n'est pourtant pas manque de louer les beautés de la vieille ville et de son architecture empreinte des mille beautés léguées par la Renaissance.
Nous venions de terminer le déménagement et nous octroyions une pause. Nos pas nous guidèrent vers un premier établissement qui s'avérait fermé. Nous marchâmes jusqu'à un second qui l'était tout autant et, délaissant un troisième, nous nous décidâmes à jeter notre dévolu sur un quatrième. Il s'agissait d'un bar-tabac à caractère un peu intello-branché. Point trop toutefois. Juste ce qu'il faut pour permettre que le bas peuple s'y sente inopportun. La clientèle y était chenue. Quelques habitués dont l'un qui semblait avoir quelque rapport d'intimité avec la personne qui officiait derrière le comptoir. Peut-être étaient-ce la mère et le fils. Il n'y avait pas affluence et c'était tout aussi bien. Nous nous installâmes à une petite table et commandâmes deux cafés. Je prêtais une oreille aussi amusée qu'indiscrète aux propos tenus par le groupe des trois jeunes gens attablés à proximité. Je sentais que ces jeunes ci ne connaissaient guère de problème matériel. Jeunesse dorée périgourdine qui affiche sa possession d'un iPhone comme signe de réussite sociale. Ils ne semblaient pas bien méchants. Sans aucun doute plus sots que néfastes.
C'est là que, je ne me souviens plus comment, la discussion a glissé sur l'art de nos années présentes. Quel était le sujet de la discussion avant cette glissade ? Je ne sais plus. Ce qui est pour le moins étonnant, c'est que ce sujet est apparu comme évident. Nous parlions d'art et principalement de peinture. A la réflexion, il est possible que nous en soyons arrivés à parler de peinture en reprenant une discussion rapide entreprise plus tôt dans la journée et qui concernait une reproduction d'un tableau de Botero. C'est bien possible. Je me souviens aussi que l'on a parlé de moi et de mes dessins. Comme à l'habitude, j'ai réfuté le statut d'artiste. Je ne le suis pas et cela ne me peine pas le moins du monde. Je préfère me dire dessinateur humoriste. C'est tout aussi prétentieux, du reste. Enfin nous parlions de peinture et nous évoquâmes les noms de Max Ernst, Magritte, Dali, Van Gogh, Soulages, Klein et Basquiat ou Di Rosa pour en arriver à la conclusion déjà exposée ici. Je me demande si la discussion n'est pas née tout simplement de la question de savoir ce qui est art et ce qui ne l'est pas. Peu importe, au fond.
Nous venions de terminer ce déménagement, nous buvions un café et dehors, il ne faisait pas chaud. C'est cela qu'il convient de retenir de cette journée.

Haut de page