La Grande Trouille

Pour moi, c'est ce soir que débute la grande peur. A partir de ce soir, ça y est, je ne nourris plus aucun optimisme pour l'avenir proche. On va vers le pire, c'est garanti sur facture.

Fallait les entendre, les invités du Téléphone sonne, sur France Inter. Calmement, posément, pédagogiquement, ils ont expliqué. Voilà où nous en sommes. Il ne sert plus à rien de le cacher, de le taire, il faut dire la vérité au peuple et c'est ce qu'il veut. Oui, parce qu'il l'a rappelé, Jacques Attali, l'Histoire est là pour le montrer. En période de crise, il faut dire la vérité au peuple. C'est ce qu'a fait François Mitterrand en 1983 et c'est pour cela qu'il a été réélu en 1988.

La crise que notre président préféré veut combattre par le sport arrive à grandes foulées. Elle va nous tomber dessus sous peu et il est à craindre que nombre d'entre nous ne s'en remettront pas. Je voudrais pas faire dans le catastrophisme. J'aimerais bien vous annoncer que le printemps est beau et que dans peu de temps vous irez faire bronzette sur une belle plage de sable fin sous un soleil radieux mais là, ça va être dur de ne pas vous saper le moral. Pour faire simple, Jean Arthuis (sénateur de l'Union Centriste), Jacques Attali (écrivain, économiste) et Michel Sapin (député socialiste de l'Indre) répondaient aux questions des auditeurs sous la direction de Alain Bédouet. Ce qui faisait froid dans le dos, c'était le calme avec lequel on nous disait comment nous étions foutus. Attali a beaucoup parlé du peuple. Le "peuple" ! Même pas besoin d'ajouter "bas" à "peuple". Ça va de soi. Tous ruinés dans dix ans, annonce-t-il en titre de son dernier livre sorti chez Fayard. Ruiné bien avant ça, le "peuple", c'est assuré.
Rien ne va plus. Les états n'ont plus d'argent. Les états vont être incapables de rembourser leurs dettes et ça va faire une belle pagaille. La solution ? La rigueur sur tous les points. On a avancé quelques pistes. A-t-on vraiment besoin de dépenser des euros partout où on les dépense ? Non. Bien sûr que non. Il va falloir faire des économies. Et pas que des petites. C'est des dizaines de milliards d'euros qu'il va falloir épargner ou ne pas dépenser. Il va falloir en finir avec les trop nombreuses niches fiscales, il va falloir que les collectivités locales soient plus sages, il va aussi falloir lever un peu plus d'impôts. Tout le monde sur le pont pour sauver l'économie mondiale qui prend l'eau.

On nous prépare aux grandes restrictions budgétaires. Ce qui m'étonne un peu, c'est que l'on ne semble pas proposer grand chose. Ça me donne la désagréable impression que l'on nous prépare à ça en nous disant que l'on va être obligés de passer par là pour épurer un peu le truc. Ce n'est pas bon signe, à mon avis. Une bonne grosse crise histoire de crever l'abcès. Il y aura des pertes mais on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs. Et pourquoi pas une bonne guerre, après tout ? L'histoire aussi est là pour nous montrer que ça n'a pas que des mauvais côtés, la guerre. Bien sûr, sur le moment, je ne dis pas. C'est désagréable. Ach ! La guerre, gross malheur ! Oui mais après ? Hein ? Après il faut reconstruire, il y a du boulot pour tout le monde (enfin pour ceux qui restent et qui sont en ordre de marche). Et puis, au sortir d'une bonne guerre, on n'est pas trop regardant. Déjà, il n'y a plus trop de risque de se recevoir un obus sur le coin de la figure alors, hein, on ne va pas se plaindre.
L'autre jour, je ne sais plus où, je lisais que l'on savait bien avant 1929 qu'une grande crise allait survenir aux Etats-Unis d'Amérique. Cette crise a gagné le monde, a contribué en partie à l'arrivée du nazisme en Allemagne et au déclenchement de la guerre. Mais je suis sot ! Bien sûr, on a évolué. On est au 21e siècle, maintenant ! On ne se fera pas avoir comme des bleus. N'empêche que n'empêche, moi, je n'aime pas beaucoup qu'il y ait des gens intelligents qui viennent nous dire dans le poste que ça va être dur comme je n'aime pas beaucoup qu'il y ait un président de la République qui vienne nous raconter que le salut viendra du sport. Ça me fout la trouille.

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