En écoutant Glenn Gould interprêter les Variations Goldberg

Il est 12h42. C'est la pause de mi-journée. J'en profite pour continuer un dessin que je suis en train de faire et aussi pour un peu réfléchir à ma condition (misérable) de dessinateur. C'est tout de même beau, Bach !

Peut-être bien que je ne suis pas un animal social, après tout. Je ne sais plus bien ce qui peut ressortir d'une certaine misanthropie et ce qui relève plutôt de la timidité. Ce qui est certain, c'est que plus les années passent et moins je suis patient et apte à supporter que l'on m'ennuie. Pourtant, si misanthrope je suis, je n'en reste pas moins capable d'apprécier la compagnie de certaines personnes. Et alors, j'en suis arrivé, au terme de nombreuses années d'introspection, à trouver une explication qui vaut ce qu'elle vaut.
Même si je n'aime pas beaucoup que l'on dise de moi que je suis un artiste, je dois reconnaître que l'activité qui me procure le plus de plaisir est bien le dessin. J'aime dessiner lorsque j'ai une idée, que j'arrive à la concrétiser et que le résultat me plaît. Par exemple, en ce moment même, alors que je suis en train d'écrire ces lignes, que j'imprime des personnalisations de cartes de voeux sur une presse numérique et que j'écoute Glenn Gould, je dessine la Peste. L'idée de ce dessin est survenue alors que l'on me faisait remarquer, pour un dessin précédent, que la Peste devait avoir bien froid dans la neige. Là, je me suis amusé à penser comment la Peste pourrait s'habiller pour se protéger et, de fil en aiguille, j'ai pensé aux notions de mode. J'ai pris un crayon et, sur un bout de papier qui traînait, j'ai griffonné une Peste qui présentait la dernière collection de Haute Couture de chez lui et un Dino qui se fendait la gueule devant le ridicule de la situation.
Ce que je veux expliquer, c'est qu'à ces moments là, à ces moments où je cherche une idée ou bien que je cherche à en exploiter une, je ne suis absolument pas disponible pour quiconque. Et le souci, c'est bien que je ne sais jamais quand l'inspiration peut survenir. On peut parfois l'attendre en vain et, par contre, la voir surgir à l'improviste au moment où on ne l'attend pas. Et alors, je me demande si toutes celles et tous ceux qui, à un moment ou à un autre se trouvent dans cette démarche de création ressentent la même chose que moi. Je suppose que oui. L'acte de création demande, à mon avis, un repli sur soi et de la concentration. Dans ce que je fais, il y a une partie de création (pas toujours) et une partie qui ressort plus du travail de l'artisan. Pour dessiner, je n'ai pas besoin d'avoir une vraie idée. Souvent, je laisse aller ma main et mon esprit et il en sort quelque chose. Il en va certainement de même pour les écrivains, les musiciens, les peintres (...). On peut faire appel à des automatismes que l'on a acquis et s'en servir pour produire quelque chose. Mais là, on sort de l'exercice de la création, il me semble.
Mais dans ce cas, on sort aussi de la pure misanthropie de bon aloi pour s'enfoncer dans quelque chose qui est nettement moins réfléchi. Et ça, ça ne me plaît pas beaucoup. Et puis aussi, dans ces conditions arrive la question de savoir si oui ou non je suis un artiste. Suis-je ou ne suis-je pas un artiste ? Finalement, c'est possible, oui. Pas toujours, pas à longueur de temps, mais à certains instants, oui. Probablement. Après, ce n'est pas une question de valeur. Peu importe que je sois un bon ou un mauvais dessinateur. Ce n'est pas le sujet. Et puis, c'est très subjectif, après tout. Par exemple, là, le dessin de la Peste que je suis en train de faire, je le trouve plutôt réussi. Il y a aussi, sans doute, que l'oeuvre artistique est la plupart du temps détachée de toute idée commerciale. Du moins, il me semble qu'il devrait en être ainsi.
Bien... Le dessin à présent !

La Peste, elle s'habille bien.
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