La 2cv roule

Cela faisait plusieurs mois que la 2cv fonctionnait mal... ou plus du tout. Après avoir accusé un carburateur encrassé puis un filtre à essence colmaté, une pompe à essence défaillante puis un vilain coup du sort, arrive enfin un moment, où, après de longues nuits de cogitations, je me résous à admettre l'évidence la plus simple : si l'essence n'arrive pas, c'est que c'est bouché quelque part.

C'est souvent comme ça, avec moi. J'ai beaucoup de difficulté à croire que le plus simple est aussi parfois le plus sûr. Par exemple, dans le cas qui nous occupe, j'avais de toute évidence un souci d'arrivée d'essence. Or, que trouvons-nous principalement entre un réservoir et une pompe à essence ? Je vous le donne en mille, oui ! Une canalisation !
En fait, la solution a été trouvée le jour où, par dépit, j'ai plongé le tuyau d'arrivée d'essence arrivant à la pompe directement dans un bocal contenant le carburant. Là, comme par magie, la 2cv a daigné démarrer et à rugir de ses multiples chevaux en avalant goulûment le précieux nectar. La preuve était ainsi établie que le problème se situait bien entre cette pompe et le réservoir. Et là, il n'y avait pas beaucoup de possibilité. Soit c'était colmaté, soit c'était percé. Étant entendu qu'il n'y avait pas de trace de fuite, il était raisonnable de penser qu'il y avait quelque chose qui s'était déposé dans la tubulure. Or, voyez-vous, il y a de cela quelques mois, j'avais eu la somptueuse idée d'ajouter dans le réservoir une substance magique qui promettait de désencrasser tout le système d'admission du réservoir au carburateur. Il y a fort à parier que cette sombre merde a bien rempli sa mission et qu'elle a tant et tant décollé les parois de la canalisation que toutes ces particules de vieille essence sont venues former un bouchon.
Mais voilà que ni la force de mes poumons ni la tentative de débouchage au moyen d'un fil de cuivre ne me permirent de venir à bout du problème. La solution la plus évidente était bien d'en passer par l'usage d'un compresseur d'air qui viendrait bien m'aider à chasser les intrus de cette canalisation. Le souci était que je n'avais pas de compresseur. Bien. Alors, j'ai réfléchi et je me suis dit que je pourrais très bien installer un récipient quelque part, le remplir d'essence, y faire plonger un bout de tuyau et de rejoindre ainsi le domicile de mes parents. Là, mon papa aurait sans aucun doute résolu le problème d'une chiquenaude et d'un vif coup d'air comprimé. J'aurais pu faire ceci mais un collègue m'informe qu'un compresseur est en vente à prix cassé dans un magasin d'outillage et d'autres bricoles sur l'agglomération périgourdine. Moins de cent euros le compresseur lorsque l'on sait les services que cet outillage peut rendre, ce n'est pas un mauvais investissement. Et me voilà parti ce samedi pour Périgueux. J'achète le compresseur, le charge dans la R19 (320 000 bornes passées) et je rentre à Azerat sans avoir oublié de faire quelques courses au passage.
Ce matin, de bonne heure et de bonne humeur, me voilà occupé à l'installation de ce compresseur. Je monte les roues, je vais chercher une rallonge électrique et je branche. Le moteur se met à tourner mais la cuve ne se remplit pas des masses. Par contre, j'entends l'air qui s'échappe avec entrain de cette même cuve. Je regarde cela de plus près... Il manque le robinet de purge ! Enfer et damnation ! J'ai été eu. Je ne m'énerve pas, je fouille dans ma boîte à outils et je trouve une vis du bon diamètre et du bon pas pour boucher cette cuve. Il est évident que je réclamerai ce robinet assez rapidement. Non mais !
Pendant que le compresseur compresse, je dépose le dessus du carburateur pour lui faire un brin de toilette. J'en profite aussi pour vérifier le niveau d'huile et pour faire deux ou trois autres bricoles. Enfin, je me saisis de la soufflette et je souffle dans cette canalisation ennuyeuse. D'un coup, j'entends comme un bouchon qui saute et un "glou-glou" bien sympathique dans le réservoir. C'en est joué, j'en suis certain.
J'agis sur le levier de la pompe à essence pour remplir la cuve du carburateur puis je prends place aux commandes. J'insère la clé de contact et la tourne, j'attrape la tirette de starter puis celle de démarreur, après quelques tours, le moteur démarre. Je repousse doucement la manette de starter, le moteur se calme. Je la pousse encore, le moteur tourne régulièrement au ralenti. Un ralenti que je juge un poil bas. Avec un tournevis plat, j'agis sur la vis de ralenti, le moteur tourne alors très rond, sans donner de signe de fatigue. C'est une grande joie pour moi.
En début d'après-midi, je charge la caisse à outils dans la 2cv (il faut savoir être prudent) et je m'en vais me promener durant une bonne heure dans les villages d'Azerat. La Contarie, Veyre, Lastours, le Puy... Un vrai plaisir de parcourir la campagne à allure modérée, au son du petit bicylindre vaillant, derrière le volant d'une voiture de plus de cinquante ans. Dans les petits bourgs traversés, les gens croisés ouvraient de grands yeux et affichaient un tendre sourire amusé et bienveillant. A quelques reprises, je me suis arrêté pour vérifier que tout allait bien. Et puis, je me suis arrêté pour faire une photo de la 2cv devant un de ses petits frères en bien moins bon état.

deux chevaux et HY Citroën

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