En fouillant un peu dans mon bazar, je suis tombé sur un vénérable ancêtre de la photo numérique, un Apple© QuickTake© 100 de 1994.
Je n'ose même pas imaginer combien valait ce photoscope en 1994. Connaissant un peu les tarifs pratiqués par Apple© à l'époque, je peux supposer que ça valait quelques bonnes poignées de francs.
A l'époque, la photo numérique faisait figure de curiosité amusante. Les photographes regardaient la chose avec une moue dédaigneuse et n'imaginaient pas un instant que les jours (du moins les années) de la photo argentique étaient comptés. Ce QuickTake© 100 produit des images de 640 sur 480 pixels ou, en résolution standard, des images de 320 sur 240 pixels, le tout sur une profondeur de couleurs de 24 bits. On ne parlait pas encore de capteurs avec des megapixels à tous les étages. Si l'on achetait un QuickTake©, c'était que l'on voulait être à la pointe du progrès et que l'on avait un Macintosh©. Enfin... On pouvait l'utiliser sur un PC tournant sous Windows, mais, en général, on avait un Mac. Et on faisait quoi avec cette merveille technologique ? On faisait des photos, des photos minuscules que l'on pouvait afficher sur son écran et que l'on pouvait imprimer en tout petit. Autant dire que ça ne servait pas à grand chose. Et ceci d'autant plus que l'on ne pouvait stocker que 8 images à la plus haute résolution sur la mémoire EPROM de 1Mo et que l'appareil se révèle gourmand en piles.
Dans le coffret, nous pouvions trouver le QuickTake©, un câble série, un chargeur de batteries accompagné de trois piles rechargeables, une bandoulière, trois disquettes et le manuel d'utilisateur. Pour installer le logiciel nécessaire, il était nécessaire d'avoir, au moins, un Macintosh© (ou un PC mais là, on va dire que je n'en ai rien à foutre) doté d'un processeur 68020 ou supérieur équipé d'un système 7.0.1 ou supérieur, de 4Mo de RAM, d'un lecteur de disquettes et d'un disque dur comportant au moins 10Mo de libre. Ça fait frémir !

Le Test...
Pour ce test, j'essaie de mettre en charge les trois batteries d'origine. Au bout de deux bonnes heures de charge, j'essaie de faire fonctionner le QuickTake© sans résultat. Bon. Je prends des piles R6 et j'essaie de nouveau. Ça marche. Bien. Je sors et je fais une photo. L'appareil est d'une discrétion remarquable. Plus silencieux qu'un Leica M ou qu'un Minox. C'est bien.
La prise en mains est très intuitive. Le déclencheur tombe parfaitement sous l'index droit, on comprend bien par quel bout viser. L'appareil semble un peu encombrant mais il est léger. Les réglages se limitent au choix de résolution, au mode d'exposition au flash (avec, sans ou forcé) et au mode "retardateur". La mise sous tension se fait en faisant coulisser la protection de l'optique. Ce n'est pas idiot. Nous trouvons aussi un écrou de fixation de pied. Bien. Par contre, pas question de réglage de mise au point, d'ouverture de diaphragme ou de vitesse d'obturation. C'est du "fix focus" et du tout automatique pur et dur !
Si l'on se souvient un peu de la technologie des écrans LCD d'il y a 13 ans, on comprend qu'il n'y ait aucun écran pour visualiser l'image qui vient d'être prise. Pour cela, il faut aller sur l'ordinateur. J'y vais.
Premier souci, le Macintosh que j'utilise actuellement n'a ni port série ni lecteur de disquettes. Ce n'est pas bien grave. Pour l'occasion, je redémarre un G3. J'attrape les trois disquettes et je commence à procéder à l'installation du logiciel et des extensions nécessaires. Dans un premier temps, le lecteur de disquettes a un peu de mal à lire les données mais, à force de persuasion (et au prix d'un redémarrage), je parviens à mes fins. Je redémarre le Macintosh© après avoir connecté le câble série. Je branche le câble sur l'appareil, lance l'application du QuickTake© et charge la photo. Sans être véritablement déçu (je ne m'attendais pas à un miracle) je constate que la qualité de l'image n'est vraiment pas terrible. C'est pas grave.
Maintenant, il est question de récupérer cette photo sur le G4 pour la préparer à être utilisée sur Internet. Là, les choses se compliquent un peu. Si je parviens bien à transférer par le réseau local la photo du G3 au G4, la tentative d'ouverture sur Photoshop se solde par un message éloquent me prévenant qu'il me faut le logiciel QuickTake© pour permettre cela. Tiens ? Bon. J'essaie d'utiliser un autre logiciel, GraphicConverter, pour le même résultat. Bien. On va passer aux choses sérieuses. Toujours par le réseau, je vais chercher l'application et les extensions sur le disque dur du G3 et place tout cela sans plus de délicatesse et d'état d'âme sur le disque dur du G4 qui contient un Mac OS 9 (je sais que les personnes n'utilisant pas de Macintosh© vont être larguées). Grâce à tout ça, je parviens à ouvrir le fichier et à l'enregistrer dans un autre format que Photoshop saura lire (TIFF en l'occurrence).
Voilà ce que ça donne :

Conclusion
A moins de vraiment chercher à vous amuser, il n'y a aucun intérêt à utiliser ce genre d'appareil aujourd'hui.