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vendredi 17 janvier 2014

Société de consommation

L'autre jour, je suis allé jeter des trucs à la déchèterie. J'en suis revenu presque aussi chargé qu'à l'aller.

Et si la plus belle preuve de l'ineptie de la société de consommation était dans nos poubelles ? La consommation, c'est la vie. Pas de vie sans consommation. Les plantes, les bactéries, l'ensemble du règne animal consomment. L'homme, tout là haut au sommet de l'échelle de l'évolution, consomme plus que les autres, de tout et de rien. Ce ne serait pas franchement un souci s'il consommait réellement. Mais en fait, il a passé le stade de la consommation pour devenir dépensier.
Il y a quelque temps, j'entendais une émission à la radio qui dénonçait la quantité de produits alimentaires jetés parce qu'achetés en trop grande quantité ou parce que ça ne fait plus envie ou parce que la date limite de consommation est légèrement dépassée. Ça s'appelle du gaspillage. C'est la maladie des gens trop riches. Avoir trop d'argent, c'est perdre la valeur des choses. Avoir de l'argent incite à consommer. C'est plutôt sain. L'argent n'est intéressant que pour ce qu'il permet de faire. En lui-même, un compte en banque bien garni n'est pas une source de joie sauf pour les gens radins, comme moi. Les avares, les grippe-sou, les rapiats refusent de consommer et se gardent leur matelas bien gonflé de billets de banque. C'est leur problème, on peut trouver à y redire mais, reconnaissons-le, ils ont au moins le mérite de ne pas dépenser et gaspiller à tire-larigot.
La vie moderne nous offre tout un tas d'objets ou de produits utiles. Il ne faut pas aller contre le progrès et la modernité. On ne peut plus faire marche arrière. Aujourd'hui, peu sont ceux qui peuvent caresser l'espoir de vivre en parfaite autarcie, en auto-suffisance alimentaire et énergétique. Je ne doute pas qu'il fut un temps où cela était la règle. On mangeait ce que l'on était parvenu à cultiver, élever ou transformer. On se chauffait en récoltant le bois mort et on vivait dans des maisons ou des cabanes que l'on pouvait construire de ses mains. Les moyens étaient au niveau des besoins ou peu s'en faut. On peut supposer qu'il existait plus de besoins que de moyens, toutefois.
Longtemps, le rêve, le but de l'homme a été de satisfaire ses besoins et de s'en créer de nouveaux. Dans le récent débat concernant la demande et l'offre, on peut supposer que longtemps c'est la demande qui commandait. Il était difficile de satisfaire toutes ces demandes et l'on n'avait pas à trop se soucier de l'offre. Le paysan savait qu'il vendrait sans mal son blé, le boulanger savait qu'il vendrait son pain. Le consommateur espérait qu'il reste encore du pain pour lui et qu'il puisse se l'acheter. Et puis, allez savoir pourquoi et comment, les moyens sont devenus supérieurs aux besoins. On s'est mis à produire trop de blé, trop de pain. Le consommateur s'est lassé de cela. Il se refusait à acheter nettement plus de pain qu'il n'en pouvait manger et il s'est mis à lorgner du côté de l'offre. Il avait de l'argent au fond des poches et cet argent, il convenait de le dépenser. Alors, il a commencé à acheter de l'inutile, de la marchandise dont il n'avait même pas conscience que ça pouvait seulement exister. Il s'est mis à consommer pour l'idée de consommer. Et alors, il s'est aussi mis à jeter.
Le phénomène a pris une telle ampleur que l'on a vu fleurir des décharges publiques. Au début, c'était très anarchique. On trouvait un bout de terrain qui ne servait à rien et ne plaisait à personne et on permettait à la population de venir jeter là ce qu'il avait en trop. Les archéologues seront heureux. Vaisselle ébréchée, vieux outils cassés, poteries fendues, vieux clous rouillés et j'en passe. Evidemment, on a commencé aussi à se débarrasser des rebuts de la vie moderne et sont arrivés les restes de produits chimiques les plus divers. Il a fallu mettre de l'ordre à tout ça parce que l'on s'est aperçu, pas trop rapidement, que l'on était en train de pas mal polluer le territoire. On a pris des décisions et on a créé des déchèteries où l'on a mis en place un système de tri et de bacs. Les machins ici, les choses là. Tout ça avec plus ou moins de succès et de rigueur. C'était un progrès. Enfin du moins, on nous a dit que c'en était un.
Le vrai progrès, celui qui arrivera peut-être un jour, ce serait de lutter contre les déchets, contre le gaspillage. Mais ça, c'est une autre affaire. Enfin bref. Donc, l'autre jour, je vais jeter des trucs à la déchèterie et je vois deux belles caisses en bois qui n'avaient pas été jetées à la benne. Moi, je me dis que des belles caisses en bois comme ça, qui me semblent bien solides et en bon état, ça pourrait m'être utile pour ranger des affaires qui traînent. Des outils, par exemple. Je demande à l'employé de la déchèterie si je peux prendre les caisses et il hausse les épaules pour me signifier avec une belle économie de parole qu'il n'en a rien à foutre. Je jette ce que j'ai à jeter et je charge la voiture.
Revenu chez moi, je regarde ce qu'il y a dans ces caisses. Des tas de vieilles partitions de musique et quelques vieux disques 45 tours. Je ne sais vraiment pas ce que je vais faire de tout ça. Peut-être que je vais jeter à mon tour en conservant les deux caisses ?

Déchets

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